Introduction
Janine BARDONNET
Ex-directrice de l’École normale des Batignolles.
 
S’interroger sur les entrées en lecture comme façon de faire échec à l’illettrisme, c’est faire une double hypothèse.
La première, c’est que l’école, institutionnellement chargée de faire entrer en apprentissage de la lecture les enfants qui lui sont confiés, dispose pour ce faire d’une pluralité de stratégies et de méthodes, et qu’il lui appartient de les adapter à la pluralité des démarches enfantines. Ce discours n’est pas nouveau. Mais sans doute ne l’avons-nous pas exploré dans toutes ses dimensions. En effet, même si la liberté pédagogique des maîtres est sans cesse affirmée dans son principe, les faits prouvent que l’institution s’est peu ou prou stabilisée autour de méthodes mixtes que préconisent généralement les manuels en cours. Certes, bon nombre de maîtres ont conscience de l’intérêt que présentent d’autres supports de lecture que le seul manuel : textes d’enfants, affichages publicitaires, vidéo-textes, etc. Mais il est temps que l’institution scolaire reconnaisse que le mouvement ICEM/Pédagogie Freinet est allé très loin dans cette exploration de la pluralité des supports, et s’avance hardiment dans l’utilisation des techniques contemporaines de communication à des fins d’apprentissage de la lecture. Parallèlement, il est temps que les militants de l’ICEM/Pédagogie Freinet reconnaissent que c’est par le dialogue avec l’institution scolaire, et non dans le repli du militantisme, que peuvent s’opérer les progrès mutuels des uns et des autres.
En préparant et en conduisant ensemble ce colloque, l’école normale de Paris-Batignolles et l’ICEM/Pédagogie Freinet ont voulu affirmer qu’un tel dialogue était possible, et qu’il serait fructueux. Cette volonté ne paraîtra simple qu’aux lecteurs peu avertis des marques que laisse toujours l’histoire dans les mentalités et les attitudes.
La seconde hypothèse est celle-là même qui sous-tend aujourd’hui une définition de plus en plus précise du partenariat. Elle consiste à dire que l’école ne peut réussir dans son entreprise que si la volonté éducative se manifeste dans tout le tissu social et prend la forme de coopérations concrètes où chacun des acteurs sociaux joue son rôle en complémentarité de celui des autres et se le voit reconnu. Ainsi des instituteurs et des chercheurs, des ministères et des pouvoirs locaux, des associations et des parents d’élèves, du monde médical et social et du monde de la culture, etc. Ce partenariat, aujourd’hui mobilisé en urgence pour réparer les méfaits de l’illettrisme adulte, devrait rapidement faire la preuve de son efficacité dans l’art de prévenir l’échec et d’accompagner les enfants et les jeunes dans leur démarche personnelle d’entrées en lecture.
En s’inscrivant dans cette double perspective, le colloque s’inscrit dans la logique de la loi d’orientation de juillet 1989.


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