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Lire, écrire : cela n’a de sens qu’en tant qu’actes de communication et d’information.
Mais comment organiser concrètement les activités de la classe pour favoriser cette prise de sens ? Les technologies nouvelles, et particulièrement messagerie et journal vidéotext, peuvent y contribuer.
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Notre société est le cadre d’un paradoxe évident : jamais le pouvoir de l’image n’a été aussi grand et, dans le même temps, jamais il n’a été aussi nécessaire de maîtriser l’écrit pour garder un libre arbitre de citoyen. Les techniques modernes de communication permettent de mettre en valeur cette nécessité de la lecture et de l’écriture en donnant à tout enfant, quel que soit le lieu géographique qu’il habite, la possibilité de communiquer avec d’autres territoires, d’autres cultures et de construire ainsi peu à peu sa conscience du monde.
Écrire et lire pour communiquer sont indispensables pour favoriser au mieux les apprentissages.
Depuis plusieurs années déjà, les enfants avec lesquels je travaille sont des sections enfantines (5 ans), des CP (6 ans) et des CE1 (7 ans). Cette hétérogénéité de niveau permet d’observer chez les enfants la montée progressive de la conscience des partenaires extérieurs à la classe.
Le « réseau », principal partenaire
« Réseau », entre guillemets, parce que ce mot représente une réalité très complexe dont il est difficile de rendre compte à des personnes extérieures. D’abord, parce que cette entité qui fait depuis longtemps partie de notre quotidien s’est constituée lentement au fil des années. Ensuite, parce que nous assistons à un renouvellement constant des éléments moteurs, qui modifie sans cesse la nature de l’information qui circule.
Si le mot réseau a fait apparaître un Minitel à votre esprit, vous avez une image très réductrice de cet environnement. Certes, le Minitel, par l’intermédiaire du serveur ACTI de la ville de Châtellerault, est un organe très puissant de communication dans le réseau dans la mesure où il possède des qualités exceptionnelles pour la régulation et la concertation. Mais il n’est pas le seul outil de communication utilisé, loin s’en faut. La correspondance papier n’a pas perdu de sa superbe, bien au contraire. Les échanges de lettres, de journaux sont très nombreux, soit par la voie traditionnelle des enveloppes glissées dans une boîte aux lettres, soit par la voie téléphonique via le télécopieur. Les échanges de cassettes audio et vidéo sont aussi utilisés chaque fois que nécessaire (et possible).
Bref, le « réseau » est d’abord un regroupement de classes qui ont mis la communication au centre de leur activité pédagogique et qui utilisent tous les moyens mis à leur disposition pour assurer aux mieux la circulation des échanges. L’organe existe indépendamment de l’outil, ce qui explique la facilité avec laquelle nous avons pu intégrer dans nos pratiques les technologies nouvelles qui sont passées à notre portée.
Nous utilisons des outils de communication parce que nous communiquons. Nous ne communiquons pas parce que nous avons des outils de communication. Cela ressemble à une lapalissade, mais c’est une réalité que les « commerciaux » et autres techniciens ont du mal à appréhender et que nous avons souvent nous-mêmes du mal à matérialiser.
Cette année, nous vivons le réseau selon quatre axes principaux :
- la liste PCLAS qui regroupe l’ensemble des classes qui vident régulièrement leur BAL (boîte aux lettres) sur la messagerie ACTI et qui assurent l’entrée régulière et journalière d’un flot — parfois tumultueux — d’informations dans la classe ;
- les échanges de journaux scolaires de formes très diverses qui sont toujours réclamés avec impatience par les enfants ;
- la correspondance individuelle avec les enfants de Ploërdut (Bretagne), en continuité avec les échanges de l’année précédente, qui nous a conduits à préparer pour le mois de mai une « classe Bretagne traditionnelle » qui permettra de découvrir cette lointaine région ;
- les échanges sur la liste MINI regroupant les classes maternelles présentes sur le serveur télématique et qui n’ont pas souhaité recevoir l’ensemble des informations provenant des classes primaires ou secondaires.
Le village, second partenaire de la communication
Le village reste pour nous le second partenaire privilégié de la communication. Le village, c’est-à-dire les parents, la municipalité, la bibliothèque municipale, la maison de retraite et toutes les personnes qui vivent dans notre environnement proche.
Pour que la communication soit possible, elle doit être au centre de toute la vie de la classe. Nous avons donc mis en place une structure qui permette à la fois de recevoir, d’analyser, de traiter, d’envoyer et de conserver avec un maximum de souplesse, de plaisir et d’efficacité.
Recevoir l’information
L’information arrive dans la classe par quatre canaux différents :
- le conseil du matin, qui permet à chaque enfant de s’exprimer devant l’ensemble du groupe ;
- le courrier postal, qui nous achemine les lettres individuelles des correspondants, les réponses aux courriers que nous avons envoyés (ex. : lettre du maire), les journaux scolaires, etc. ;
- la messagerie télématique (entre dix et trente messages selon les jours) ;
- le télécopieur, qui nous imprime chaque jour trois journaux quotidiens des classes de Ploërdut en Bretagne, Les-Salles dans la Loire et Clair-Joie à Saint-Just-d’Avray dans le Rhône ; la machine nous imprime aussi régulièrement des lettres collectives et des lettres individuelles en provenance de Ploërdut.
Analyser l’information
- Le courrier postal est ouvert à la fin du conseil. S’il s’agit de courrier individuel, il est remis aussitôt à son destinataire. S’il s’agit d’un journal, je note sur une fiche en face du nom de l’école la date et le numéro, et l’exemplaire est mis dans le circuit de lecture. Tous les jours, les CE1 s’échangent les journaux entre eux (oui, il y en a pour tous et même davantage). Ils ont la possibilité de présenter leurs remarques ou leurs demandes au conseil du lendemain. Certains écrivent à propos d’un texte ou d’un article (lettre ou message télématique). Quand le journal est passé entre toutes les mains, je photocopie à la demande les pages ou les articles que certains souhaitent conserver avant de l’archiver. Il nous arrive d’utiliser une page pour faire des fiches (exemple : les dessins géométriques de Chipie la galette, journal de l’école de Brest).
- La BAL télématique est lue chaque matin par une équipe de deux enfants. Les messages sont enregistrés automatiquement par l’ordinateur de la classe le matin avant 8 heures. Les enfants travaillent donc hors connexion. Ils ont une fiche pour les aider à analyser les contenus :
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combien de messages ce matin ? ;
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combien nous sont personnellement destinés ? ;
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quel a été le coût de la relève automatique ? ;
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« Je réponds à... »
La consigne est d’imprimer systématiquement les messages qui nous sont adressés et ceux auxquels on désire répondre. Il y a des emplacements sur la fiche pour écrire la réponse. Souvent aussi, les enfants impriment un message qu’il leur paraît intéressant de discuter avec toute la classe. L’équipe présente son travail au plus tard au conseil du lendemain.
- Le télécopieur lui, par le dérangement qu’il provoque, induit une analyse immédiate du document reçu, même si l’approfondissement du travail est reporté à plus tard. Dans la pratique, un consensus s’est établi entre les classes pour, dans la mesure du possible, grouper les envois entre 13 heures et 14 heures.
Traiter l’information
- Les messages télématiques. Je recopie sur un cahier spécial tous les messages individuels et/ou collectifs. Je note alors dans la marge le nom de celui qui devra le taper à l’ordinateur. Chacun vient à tour de rôle mettre en forme son texte. J’utilise pour cela un logiciel réalisé par P. Hyvert : c’est un outil sur mesure que les enfants maîtrisent très facilement. L’enfant tape son texte, y inclus les codes d’envoi et les destinataires et sauvegarde le tout sur la disquette. Dès que je le peux, je corrige les textes, les imprime pour qu’ils puissent être collés dans les cahiers. En fin de journée, tous les messages sont regroupés dans un fichier appelé « DÉPART ».
- Les lettres individuelles sont réalisées dans la matinée qui suit la réception. Les CE1 et les CP disposent d’un cahier pour écrire le premier jet en s’aidant des lettres reçues, des dictionnaires et autres recueils de mots à leur disposition dans la classe. Les sections enfantines me dictent leur réponse que je copie directement au propre sur la feuille en sautant des lignes pour qu’ils puissent la recopier et la décorer. Pour les courriers au coup par coup, l’enfant concerné le réalise en lieu et place des autres travaux écrits prévus au plan de travail que je modifie en conséquence.
- Le journal vidéotex (une page par semaine environ). Le choix du thème et le texte sont décidés en conseil. Ensuite, chaque enfant dispose d’une grille vidéotex simplifiée sur laquelle il réalise un dessin et essaie de positionner le texte. Nous choisissons ensuite le ou les dessins (en veillant à ce qu’au cours de l’année tous les enfants aient une page à leur nom dans le journal) qui illustrent le mieux le sujet. En général, je découpe les textes et les dessins et je reconstruis une maquette bien nette avant de coder le tout pour un envoi automatique sur ACTI.
- Le journal papier quotidien (ou presque). Chaque jour, à la fin du conseil, nous décidons du contenu du journal (histoires personnelles ou articles collectifs). Les textes sont ensuite imprimés au cours de la journée à l’aide d’un traitement de texte et, après maquettage manuel, la page sera décorée. S’il n’y a pas d’information à publier, eh bien, il n’y a pas de journal.
Envoyer l’information
- Quand les messages sont dans le fichier « DÉPART », il suffit à l’enfant de taper sur le clavier la lettre D (comme Départ) pour que l’ordinateur effectue seul toutes les opérations de connexion, d’émission, d’interruption. Il faut cependant vérifier qu’aucun message d’erreur n’apparaisse en haut de l’écran afin d’être certain que le message est bien arrivé à destination (principale cause d’erreur : mauvaise syntaxe dans les codes d’émission en fin de message), et noter le coût de l’envoi sur le cahier.
- Les lettres sont postées dès la sortie des classes (l’agence postale est à 30 m de l’école). De temps à autre, nous regroupons les quotidiens dans un recueil que nous expédions à toutes les classes qui nous font parvenir leur journal papier. J’ai tapé un jeu d’étiquettes que les enfants découpent et collent sur les enveloppes.
- Les télécopies sont expédiées dès qu’elles sont prêtes. En cas de ligne occupée, le télécopieur renouvelle automatiquement les appels. Pour la liaison avec des machines de seconde génération, nous avertissons la classe par une sonnerie avant d’expédier le fax, ce qui limite les erreurs de manipulation.
- Comme nous avons un journal de classe dans la partie magazine d’ACTI (3614 ACTI choix 1, puis 4, Pollionnay Info), je peux installer directement nos pages et les rendre consultables immédiatement ; mais c’est un travail que je réalise entièrement, car totalement hors de portée des enfants (à cause des outils logiciels dont je dispose).
- Le journal quotidien Pollionnay Info est affiché devant l’école pour les parents et les passants.
Conserver l’information
- Les journaux sont archivés dans un casier quand ils ont fini de circuler dans la classe. Il nous arrive parfois de chercher un texte sur un thème ou un dessin quand il n’a pas été photocopié pour les archives personnelles d’un enfant.
- Les lettres individuelles sont collées dans un cahier pour éviter la dispersion.
- Je ne conserve pas cette année l’intégralité de tous les messages télématiques que nous recevons. Je mets en page avec un traitement de texte ceux que les enfants ont imprimés au cours de la semaine et nous les conservons dans le classeur des messages par ordre chronologique.
- Les réponses à nos courriers sont affichées dans la classe.
- Le journal quotidien est maquetté en un ou plusieurs recueils que chaque enfant pourra conserver.
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Toutes les fonctions évoquées ici sont appelées à évoluer constamment au cours de l’année, comme évoluera en parallèle la structure de la classe. Qui fait évoluer l’autre ?
Il paraît difficile de répondre de façon catégorique à cette question, mais la structure de la classe me semble la clé de voûte incontournable de l’édifice.
Sans une adaptation permanente de cette structure pour la maintenir souple, attrayante, efficace, au fur et à mesure de l’évolution des enfants, il semble impossible de maintenir au centre de la vie de la classe « la communication », qui devient alors au mieux un dessert sucré pour les jours fades, au pire un plat trop riche provoquant une indigestion douloureuse alors qu’elle doit rester l’essence de la vie. C’est à ce prix que l’on peut maintenir un environnement aussi propice que possible pour les apprentissages fondamentaux et lutter contre l’illettrisme qui rejette les individus hors de notre société.
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