L'autorité et l'école : fin de système |
Patrick
BÉRANGER (*)
Jacques PAIN (**)
(*) Instituteur.
(**) Professeur de sciences de léducation, responsable du
secteur de recherche " École, crise, terrains sensibles
".
| À
chaque méthode pédagogique est lié un certain type
dautorité. Dans quelles conditions lexercice
de lautorité favorise-t-il effectivement
lapprentissage et la socialisation de lenfant
? Les stratégies des enseignants sappuient sur deux grands registres dattitudes : le registre préventif et le registre répressif, contenant chacun plusieurs indicateurs. On peut ainsi dégager une échelle de modèles dautorité. Lécole française va-t-elle dépasser ses contradictions et " produire " une autorité fondée sur les dimensions de la relation, du groupe, de linstitution, et non plus centrée avant tout sur lenseignant et lenseignement ? |
" Quand on ne
parvient pas à se fabriquer des transcendances de bonne
qualité, on se rabat sur les produits de remplacement. "
Yves Barel (" Lintégration, le sens, le lien social
", conférence, 1990).
1. Autorité et rapport à lautorité : recherche dune " définition compréhensive "
Lautorité peut être située comme le pouvoir de (se) faire obéir, sans contrainte physique. Létymologie nous montre bien quil sagit dun lien moral spécifique, où la personne qui fait autorité est autorisée de fait à exercer cette autorité, autant quelle sy autorise (XIe siècle), dans la pleine reconnaissance réciproque. Lautorité est en effet ce lien moral spécifique que les Romains distinguaient comme auctoritas de la potestas, pouvoir légal, ou encore puissance publique. Cette séparation indique avec netteté que la puissance ou le pouvoir administratifs, voire politiques, ne suffisent pas à déterminer cette ascendance, cette influence, qui caractérisent lautorité des " chefs ", des " leaders ", plus ou moins naturels.
En fait, lautorité est un phénomène social, psychologique, où celui ou celle qui fait autorité est investi(e) à la fois dune compétence identifiable sur le terrain, mais en même temps dune capacité à représenter des idées, les institutions, qui probablement le (la) désignent au respect et à laffection publics. Cest ce qui rend cette position difficile et problématique, entre le charisme dune autorité personnelle, dont un leader tout aussi bien négatif peut être imprégné, et lexercice tyrannique de la personnalité autoritaire. Lautorité de certaines personnes est alors une résultante complexe, où dominent la maîtrise (dune compétence) et la capacité (à représenter linstitution sociale) de l" élu ", mais dans la double volonté de reconnaissance et daliénation, dans la sécurité, du nombre.
2. Autorité et rapport à lautorité : quelques repères
2.1. En termes de droit, il est clair que la substitution de lautorité parentale à la " puissance paternelle " (1971) a marqué un tournant dans la démocratisation des rapports culturels et des rapports sociaux didentité, illustrant lintention dune institutionnalisation plus collective de lautorité, mais aussi marquant le passage dune société à tendance autoritaire à une société libérale, avec toute lopacité sociologique qui sy rattache.
Notons que la crise économique a depuis lors radicalisé les problèmes liés à ladolescence ou à la responsabilité familiale et que le développement des droits de lenfant, joint à un certain flottement des institutions, a contribué à vider lautorité traditionnelle et le rapport (ancestral) à lautorité de leur sens historique. La famille, comme lécole, sont dès lors nécessairement de vraies questions sociales, renvoyées, en pratique, à la jurisprudence, entre une conception où linstitution tient de fait la puissance publique, en terme de droit " romain ", et une conception où linstitution implique la négociation et la contractualisation libérales dans lapproche pragmatique dun droit plus " anglo-saxon ".
2.2. En termes de sociologie, les auteurs saccordent à souligner que nous sommes aujourdhui pris dans le délitement dun modèle de société intégrée, totale, volontariste, pensée et reconnue par tous comme transcendante à lindividu, modèle bien représenté par Durkheim, et un modèle de société inter-individuelle dominée par la liberté personnelle et lintérêt de lindividu. Cest le contexte même de lidéologie sociale daujourdhui, " individualiste ", dans laquelle la société de consommation se défait en partie sur le pouvoir dachat et la croissance, toujours plus limités. Dans des périodes sociales de ce type, où la crise étend linsécurité et lanxiété au système, on comprend alors mieux que les réflexes et les attitudes aussi bien autoritaires quantiautoritaires puissent être ouvertement, voire violemment, revendiqués. En même temps que les grenouilles ont besoin dun roi, elles lui refusent laffiliation et lallégeance. Le flottement des images parentales, des références sociales et scolaires, la banalisation de lÉtat, déportent sur linstitution lambivalence actuelle du rapport à lautorité et renforcent le déterminisme individuel, au détriment du statut sociologique de la règle et de la loi collectives. On oscille de la croyance au doute et le rapport à lautorité se déconstitue par incertitude.
2.3. En termes de psychologie sociale, de psychologie, de psychanalyse, on peut penser que lautorité est aussi nécessaire aux enfants que laffection, et que labsence dautorité déstructure, installe dans lanxiété et linconsistance. Encore faut-il sentendre sur lautorité et, si comme G. Mendel on y voit un archaïsme parental inconscient, il est certain quon préférera la fermeté, la rigueur, lattitude et le rôle de la décision, au parangon incarné dautorité. On sait cependant que le rapport à la loi introduit à une société et que la violence ordinaire que nous retrouvons dans une certaine ignorance ou un certain mépris du lien social, quasi systématisés , sest enracinée dans le premier entourage, familial et voisinant. On peut dailleurs plus facilement produire une analyse des carences ou des abus dautorité, que des dispositions ou du dispositif qui font lautorité. Ainsi, on peut noter que les réactions à lautorité " formelle ", chez des jeunes de moins de 16 ans, assimilent parfois sans nuance policiers et enseignants comme des représentants, ou des représentations, de cette autorité formelle, cest-à-dire publique, qui sans doute a perdu de sa crédibilité et de son pouvoir social. Toutes choses égales par ailleurs, les attaques contre " linstitution " au sens où nous lavons entendue ici , à la fois infantiles et sociales, rassemblent clairement les attaques contre les édifices publics, les abribus, les commissariats et les écoles plutôt les collèges dailleurs, lieux préadolescents et adolescents, donc " pré-sociaux ". Les violences contre lautorité seraient-elles des violences qui visent linstitution, en tant que symbole du lien social reconnu ?
3. Autorité et pédagogie
Si lon suppose que lautorité en classe facilite lacte éducatif, les points de rencontre entre autorité et pédagogie vont sarticuler autour de deux points : le savoir (et avec lui lévolution des méthodes pédagogiques) et la socialisation. Considérons ici que lautorité est nécessaire pour enseigner : pas de transmission du savoir dans la confusion, pas dapprentissage ni de consolidation de celui-ci dans le bruit et le désordre. Découvrir, lire, apprendre, compter, mémoriser, doivent seffectuer dans un minimum dorganisation. Sur le plan de la socialisation, lautorité semble aussi souhaitée : pour apprendre à vivre en société, il est nécessaire de respecter des règles contribuant au respect de la liberté des uns et des autres.
Le savoir
Lapprentissage
Une étude de S. Weber (1) auprès de parents brésiliens montre combien lautorité est perçue comme participant de la finalité de faire acquérir un savoir. Se soumettre, obéir, sont considérés comme des éléments favorables non seulement à lacquisition mais aussi à la consolidation des connaissances. Ici apparaît un premier lien entre autorité et pédagogie : lacquisition de connaissances et leur maintien dans la durée. Lautorité a donc pour fonction un contrôle qualitatif de lapprentissage et des acquisitions.
En outre, on peut noter que les contraintes liées à lautorité du maître bénéficient dune légitimité parentale, variant selon les milieux familiaux. La question de la légitimité de lautorité se pose alors dans deux cas de figure. Premier cas : dans un milieu parental dans lequel lautorité répressive bénéficie dune forte acceptation, un échec dapprentissage dû à une carence dautorité du maître sera perçu comme sensible. Deuxième cas : enseigner dans un milieu où la " répression " ne sera pas légitimée. Ici, lenseignant est contraint dévoluer sur le plan pédagogique. Il existe donc chez des enseignants, professant dans certains types denvironnements, une contrainte implicite exigeant de leur part une évolution pédagogique doù lautorité coercitive devra être exclue. Cette contrainte peut être aussi institutionnelle.
Notre lien est donc celui du savoir. En fait, " lautorité est bel et bien une articulation des trois axes du triangle pédagogique " (2). Rappelons que J. Houssaye décrit la situation pédagogique comme un triangle composé des trois éléments (savoir, enseignant, élève) dont deux se constituent comme sujet tandis que le troisième tient la place du mort. Ce triangle sinscrit dans un cercle représentant linstitution. Trois processus se dégagent : " enseigner ", qui privilégie laxe enseignant-savoir et donne aux élèves la place du mort ; le processus " apprendre ", privilégiant laxe élève-savoir et excluant le maître ; et " former ", qui privilégie laxe " enseignant-élève ", et donne au savoir la place du mort. Cest sur ce dernier axe que se tient lautorité, dans la mesure où elle se joue dans les rapports maître-élève. Par conséquent, le rapport maître-élève dépend déjà du rapport élève-savoir, " à lexclusion " du maître. Mais, en même temps, le système justificatif de lautorité relève du processus " enseigner ", cest-à-dire du rapport du maître au savoir. Leffet de " transcendance " du savoir peut ici ne jouer que pour lenseignant modèle.
Enfin, si lautorité permet lacquisition du savoir, son but est autant de favoriser lautonomie du sujet. Cest là une contradiction éducative supplémentaire : maintenir hétéronome un sujet parfois de façon coercitive pour le rendre, au bout du compte, autonome. Ce " double lien " enseignant et éducateur est un paradigme paradoxal plus spécifiquement français bien illustré par des expressions quemploient par exemple des spécialistes allemands, parlant de lenseignement " frontal " de nos écoles.
Lévolution des méthodes pédagogiques
Si lautorité peut favoriser lapprentissage, il devient nécessaire de prendre en considération lévolution des méthodes pédagogiques. A. Prost (3) a noté que les problèmes de discipline, attribués généralement à laccès des enfants défavorisés dans lenseignement secondaire, tiennent en large partie aux modifications des méthodes déducation. Le rapport de lenfant quelle que soit sa condition sociale à ladulte a changé, induisant aussi un nouveau rapport dautorité, pas nécessairement occulté, mais nécessairement différent.Lorsque lenseignant était détenteur quasi exclusif du savoir transmis à lécole, lautorité du maître se fondait sur ce savoir, qui lui attribuait un charisme ayant pour origine daprès G. Ferry (1972) " la transcendance sacerdotale attribuée par la dimension sacrée de la mission de professeur et par sa position de médiateur, la transcendance de sa personne morale, la transcendance du don pédagogique reposant sur une vocation engendrée par lamour, la transcendance dun compromis qui exigeait le dévouement total et désintéressé et la transcendance, enfin, du parcours culturel qui faisait du professeur le porteur dun modèle que les disciples recevaient par imprégnation " (4). En réalité, cest toute la relation pédagogique, liée à la détention dun savoir possédé par lenseignant et non par les élèves, qui engendre une relation de domination, sinon de violence. Les caractéristiques de cette relation pédagogique sont axées autour du couple savoir-pouvoir, le savoir légitimant le pouvoir social attribué à lenseignant. Et lintentionnalité de lacte pédagogique aboutit à la notion dinfluence : transmettre son savoir et transformer lautre. Cette asymétrie institutionnalisée est encore renforcée par les limites imposées, du temps et de lespace scolaire.
Sil est vrai que, dans la relation pédagogique, lautorité du maître sappuie sur des savoirs collectifs et des acquis personnels, il est donc nécessaire de rechercher dautres formes dautorité : distance vis-à-vis de la personnalité du maître, concertation, confiance, coopération. Mais ces nouvelles formes ne pourront exister sans des méthodes, desquelles dépendront de nouvelles formes dautorité. Ainsi, Freinet a compris que la discipline du groupe est structurée, voire dynamisée, lorsquelle est la conséquence dune bonne organisation du travail coopératif et du climat moral, et non le fruit dune volonté extérieure. Le maintien dune autorité résulte alors dune tâche collective, de lorganisation du travail, et de la relation pédagogique qui leur convient.
On peut établir un lien curieux entre méthodes pédagogiques et autorité en classe, grâce à un aperçu historique. Rappelons, à cet effet, la période de grands choix et de modifications de méthodes au début du XIXe siècle (1830) : la querelle entre les modes individuel, simultané et mutuel. Le mode individuel, majoritairement pratiqué par les instituteurs, consiste à appeler à tour de rôle chaque élève dans le but de le faire lire, pour finalement le renvoyer à sa place et faire venir un autre élève. La discipline y est quasiment impossible, puisque lenseignant est dans limpossibilité de mobiliser les attentions en permanence (5), ce qui aboutit à une coercition accrue et une abondance de punitions.
Quant au mode mutuel, il consiste à réunir dans une même classe huit sections de quinze élèves en fonction de leur niveau dans chaque matière. Les exercices, gradués, seffectuent sous la conduite de " moniteurs ", choisis parmi les meilleurs élèves. Le maître, " véritable chef dorchestre, coordonne du haut de sa chaire cette machine complexe, par un système de signaux visuels et sonores " (6). La discipline seffectue au moyen dune émulation par placements et changements de places, selon la qualité du travail fourni. Le maître se charge de déléguer son autorité en nommant quelques élèves qui instruiront le procès et prononceront la sentence. Lenfant doit alors apprendre à contrôler ses élans, son comportement.
Un changement de pédagogie samorce avec le mode simultané, introduisant une discipline plus humaine. En 1834, les statuts de Guizot, inspirés des frères congréganistes des écoles chrétiennes, préconisent une répartition des élèves en trois divisions, selon lâge et le niveau. Le maître enseigne simultanément à tous les élèves dune même division. La gestion du groupe est facilitée, mais " lobéissance y devient la première vertu, car obéir en classe, cest soumettre sa volonté et son jugement à un homme qui représente Dieu " (7). Lautorité se traduit alors par une distance affective. Dès lors, le problème de lautorité sinscrit dans la pédagogie et sera lié à la diminution des effectifs. Le système se développe et se perfectionne dans les villes jusquà ce que, en 1868, Octave Gréard impose aux écoliers de lacadémie de Paris une division en trois cours (élémentaire, moyen, supérieur), à chacun desquels on attribue un programme précis. Jules Ferry étend ce modèle au pays entier en 1882. Lautorité quitte le domaine de la justice et du maintien de lordre, pour celui des conditions dapprentissage et de savoir. Quen est-il des pratiques actuelles ?
Prost (8) souligne que, depuis linstauration des lois laïques, les textes officiels ont régulièrement prôné la démarche intuitive et la méthode active, alors que dans la pratique, les enseignants continuent daffirmer la démarche impositive et la méthode de la contrainte. Vincent (in : Houssaye [J.], p. 53), en 1980, suite à une étude sur les pratiques actuelles, a relevé les contradictions des deux systèmes : dialogues et punitions. Ainsi, en école élémentaire, il est courant de pratiquer des travaux de groupes, nécessitant une organisation spatiale spécifique : tables face à face... Ce choix de travail favorise la communication entre élèves, mais rend difficile lobtention du silence. " Or, leçons et interrogations demeurent collectives, et les élèves sont réprimandés lorsquils parlent. " Dès lors, un enseignement collectif, structuré, cadré dans ses moindres détails, savère à la fois plus facile et rassurant.
La socialisation
Autre lien : la socialisation. Lautorité a pour fonction dacculturer, de faire accéder à un savoir et à des attitudes de moins en moins " infantiles ", et de permettre à lenfant de vivre une évolution qui le lie à la société et au tout premier abord à ses compagnons de classe. Si, pour Durkheim, la discipline constituait la forme scolaire de la moralité, " la socialisation est ici considérée comme le processus par lequel la société impose à lenfant ses règles et ses normes " (9). Durkheim justifie ici une pédagogie dautorité, voire autoritaire.Mais le problème de la socialisation est aussi caractérisé par la gestion de la classe. Or, cette gestion passe nécessairement par une pédagogie dont les effets varieront : de lapproche expositive traditionnelle laissant peu de place à la socialisation, jusquaux pédagogies nouvelles favorisant les interactions, la communication intragroupe, ou la personnalisation Lléventail est large. On peut donc penser quune méthode pédagogique implique un type dautorité favorisant, ou non, la socialisation.
Ainsi, Legrand (10) nous montre que les textes officiels de 1978 insistent sur le comportement, les habitudes à prendre, limportance de la socialisation, aboutissant à recommander en classe linstauration dune " vie scolaire " où le maître " deviendra l" animateur ", le metteur en uvre de structures socialisantes : coopératives scolaires, projets, travaux déquipe, et ce dans lensemble des activités scolaires ". Il resterait à vérifier si ces textes datant de vingt ans sont appliqués !
Vers de nouvelles finalités de lautorité dans la relation pédagogique ?
Si lexercice dune autorité suggère une aide à la construction du psychisme, une voie daccès propice à lapprentissage et à la socialisation de lenfant, elle suggère en même temps tout le contraire ! Une relation dautorité, telle quelle est traditionnellement exercée, constitue en effet, pour un pédagogue comme Gloton (11), un obstacle à une véritable élaboration de la connaissance et donc au rapport au savoir comme au progrès opératoire de lintelligence, lequel exige la communication la plus libre de lenfant avec autrui (camarades, adultes). Lautorité décrite ici freine donc bien la socialisation... Nous retrouvons notre paradoxe, où chaque pédagogue oublie la " part du maître ", comme aurait dit Freinet, sa part, et bien sûr sa propre maîtrise du pouvoir. Faire lécole, ou faire école ? ajoute Jean Oury, dans la préface de De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle.Piaget (12) sannonçait convaincu des idées de réciprocité et dégalité chez lenfant de 7 à 12 ans ; une coopération prévalant sur un système de sanctions arbitraires. Une nouvelle éducation est prônée (Gloton, Houssaye...), au sein de laquelle lenfant émerge de son statut denfant en faisant lapprentissage de nouvelles responsabilités, des pouvoirs à exercer, des influences. La perspective de linteraction autorité-éducation nouvelle laisse alors envisager de nouvelles finalités au sein de la relation pédagogique.
Lapproche de ces liens entre pédagogie et autorité permet délaborer deux hypothèses générales :
lapplication dune méthode pédagogique implique linstauration dun certain type dautorité ;
lapprentissage et la socialisation de lenfant dépendent dune relation dautorité, " médiée " par une pédagogie.
Nous allons le vérifier par la recherche conduite en Sciences de léducation, à Paris-X-Nanterre, par Patrick Béranger.
4. Les relations pédagogiques devant lautorité
Nous pouvons alors parler de stratégies la stratégie " sous-tend une action ", dixit D. Gayet (13), comme vecteur dautorité. Ces stratégies sappuient sur des " registres ", " préventifs " ou " répressifs ", utilisés par lenseignant selon deux critères principaux : sa propre réceptivité, ou plasticité ; le climat de la relation pédagogique. Quelles que soient la pédagogie utilisée et la personnalité de lenseignant, il est possible de mettre en évidence plusieurs variantes, interchangeables selon les circonstances.
Partons du constat suivant :
pour établir une autorité, lenseignant agit sur un ou plusieurs registres dattitudes ;
moins le groupe-classe répond aux attentes du maître, plus celui-ci renforce son autorité (ou ce quil croit être de lautorité), en travaillant sur un ou plusieurs de ces registres.
Létude théorique laisse apparaître plusieurs dimensions :
structurelle : relative aux lieu et temps, à lorganisation de la classe (spatiotemporelle, matérielle...) ;
affective : relative à la réceptivité émotionnelle de lenseignant ;
pédagogique : relative à la mise en place de pratiques qui diffèrent, mais peuvent alterner ;
comportementale : celle des enseignés.
Enfin, les indicateurs dautorité sarticulent autour de trois axes :
verbal ;
comportemental ;
organisationnel.
La recherche a été poursuivie dans une perspective psychosociologique. Lanalyse de contenu laissa apparaître lexistence de deux registres prévention, répression contenant chacun plusieurs indicateurs. Le premier registre préventif concerne les attitudes denseignants tentant dimposer des règles, de les réitérer, de prendre des mesures voulant limiter des débordements comportementaux, de lélève ou du groupe, ou de différer une répression envisagée, au cur même de lenseignement. La prévention peut viser des comportements, comme elle peut vouloir réfreiner lintensité de la relation, par un contournement de type organisationnel et pédagogique. Elle passe donc soit par la relation duelle, frontale, soit par la médiation, selon le type de pédagogie institué par le maître.
Le registre préventif
La dissuasion : dispensée de façon ponctuelle, elle est généralement déterminée dans le temps, en début de période scolaire (année, trimestre, semaine, jour...), afin dénoncer ou de répéter les règles de classe et/ou les exigences de lenseignant. Sa fonction est préventive, visant à informer lenseigné, dans un but de non-transgression des règles. Lautorité " dissuasive " fait alors partie dune stratégie de lenseignant, qui vise à créer une série de représentations chez lenseigné. Ce que les enfants perçoivent dune personne au début dune relation " fait " cette relation.La motivation : revendiquée abstraitement, elle ne va plus de soi ! Comment sortir lenfant de lennui, et donc limiter les débordements possibles, liés à cet ennui ? Mais comment " mettre en uvre " la motivation, notamment dans le cadre des matières fondamentales, qui sont dabord les matières des maîtres et des professeurs ? Parfois, la motivation peut faire partie dune forme de contrat moral entre lenfant et lenseignant : on motive lélève en proposant une activité attendue, après lexécution dun travail exigé. Nous ne quittons pas le conditionnement, mais il est soit personnalisé, soit situationnel.
Le " chantage " social : mesures utilisées par lenseignant pour obtenir un type de comportement de lenseigné (récompenses matérielles ou affectives, suppressions, références à une autorité extérieure à la classe...). Il peut seffectuer par lintermédiaire de récompenses affectives, pouvant prendre une forme matérielle ou gestuelle. Mais le chantage peut aussi porter sur la suppression de la matière enseignée... Le dernier aspect du chantage énoncé par les enseignants porte sur la référence, notamment aux parents parfois au moyen dun système évaluatif sophistiqué ou au directeur détablissement... (Il ny a chantage que lorsque les critères dévaluation ne sont ni connus, ni expliqués, ni discutés.) Notons que la référence constitue à la fois un chantage préventif et une forme dautorité répressive, lorsque la menace liée au référent est appliquée.
Lautonomisation : elle passe par la responsabilisation et la délégation de certains pouvoirs. La responsabilisation de lenfant ou du groupe permet de garantir lordre, la sécurité et lapplication des règles de communication au sein de la classe. La délégation de responsabilités, quand on est maître de la classe, consiste à " supporter lidée de ne pas avoir tout pouvoir ".
Lexplicitation : lenseignant justifie ses interdictions, consignes, ordres, dans le but dune prise de conscience de lenseigné. Notons que la règle instaurée par lenseignant doit conserver un caractère irréversible. Ce qui est dit, est dit. On voit bien alors le dilemme, entre le maître et la classe, si lautorité ne repose pas sur la " loi ".
Lélaboration de la relation enseignant-enseigné : aucun enseignant néchappe à cette élaboration. On pourrait ici parler dune élaboration et dune perlaboration de la relation pédagogique.
Lorganisation pédagogique : elle sétablit grâce à lapport du maître et se construit selon plusieurs paramètres. La préparation de la classe semble nécessaire pour obtenir une autorité stable et procure de lassurance à lenseignant débutant. Les matières enseignées, voire le type dapplication (oral ou écrit) influent sur le climat de la classe. Certaines matières, telles que les matières déveil et de création artistique, soulèvent des propos contradictoires : vécues comme étant propices à des débordements (le chant), tandis que dautres, telle linformatique, procurent à lenfant dans la représentation des enseignants l" impression de ne pas travailler ". Le sport canalise les énergies, au point de préserver des conflits, et les activités dexpression (théâtre...) constituent un exutoire. Ici, le deuxième degré et le collège sont pratiquement préfigurés ! La souplesse pédagogique soppose à lacharnement pédagogique de lenseignant, et se compose de plusieurs éléments : larrêt dactivités ; leur changement ; les activités de transition (chant, jeux) ; la variabilité des situations dapprentissage (collectives, interactives, individuelles, individualisées) ; le respect des zones proximales de développement (lindividualisation bien pensée) ; ladaptation à long terme de lenseignant.
Les méthodes pédagogiques : les enseignants pratiquant la pédagogie institutionnelle ou des méthodes actives lassocient à une verbalisation dans la classe : " exprimer les choses " ; ce qui nexclut pas le rôle déterminant du maître dans lexercice dune autorité, cumulant les rôles de référent, de détenteur de connaissance, de garant de la loi, et favorisant lexplicitation. Les travaux de groupes, les ateliers, nécessitent une organisation et donc une autorité, disséminée ou déléguée, sans que celle-ci demande à être installée sur le rapport de forces.
Laménagement spatial (position des tables, tableaux, bureaux...) favorise lattention des élèves et la qualité dapprentissage, tout en créant une adéquation avec le type de communication mis en place. Ainsi, à chaque situation pédagogique et type dactivité engagés correspond une organisation spatiale précise : emplacement précis des tables pour les travaux de groupes ; coin " repos " ; permanences " changer dair "... En réservant des espaces aménagés, pour une occupation à effectif limité, on favorise lisolement de lenfant en cas de conflit, la régression quand celle-ci est nécessaire, ou lassouvissement de la curiosité intellectuelle. Une école, un établissement, peuvent le faire.
Le temps, la durée : il est possible de sécuriser ses élèves en ritualisant certaines activités : lenseigné connaît à lavance les activités qui ponctueront la journée, grâce à un emploi du temps La durée des séquences est adaptée au temps de concentration de lenfant : un quart dheure, une demi-heure, trois quarts dheure ; lemploi du temps est un " emploi de vie scolaire ", en définitive.
La relation positive et le renforcement : certains enseignants préfèrent valoriser, encourager lélève. Dautres, en terrain difficile, en feront une " attitude ".
La médiation, pour tous, sert à différer, à contourner, laffrontement. Certains recourent aux contrats de comportement, denseignement.
Notons que certains enseignants tentent de prévenir la violence en exerçant une autorité " civique ". Celle-ci veut instaurer la justice au sein des relations denseignement : le maître est alors le garant de la sécurité de chacun et des relations sociales. Les médiations, dès lors, simposent. Autrement dit, la prévention de la violence passe non seulement par labsence de violence de lenseignant, mais par une autorité non répressive, " structurale ", " en réseau ". Considérée dans loptique du registre préventif, lautorité apparaît davantage comme une mise en réseau " sociétaire ", préservant les relations sociales, régulant les phénomènes de violence, pour mieux autonomiser et libérer lenfant dans sa quête de savoir.
Le registre répressif
La verbalisation de la répression : le langage constitue un outil facilitant la répression. On pourrait presque prétendre que réprimer, cest dire, bien avant agir. Rappelons toutefois que le refus nest pas à proprement parler répressif, mais un lien direct favorisant laccès au principe de réalité. Syntaxe, vocabulaire, niveau de langue, constituent le " caractère " du discours. Le choix délibéré, du mot qui marque, importe. Modes et temps : le verbe est employé aux subjonctif ou impératif présents et, lorsque lenseignant réprimande, en utilisant le mode indicatif, cest au futur proche ou au présent. Le ton et les variations qui laccompagnent (degrés de directivité) semblent déterminants. Laugmentation du volume vocal est utile, si son utilisation reste ponctuelle. Mais deux enseignantes saccordent à affirmer quélever la voix nest pas une fin en soi. Le cri du maître peut être synonyme daffrontement.La rigidité pédagogique sapparente à un " système de forces " ; lélève ne doit ni se déplacer ni parler (lexigence du silence complet) et lenseignant ne met jamais en suspens une activité pédagogique prévue ou commencée.
Labsence de confiance envers lenseigné constitue une amorce de la répression. Lenseignant accroît sa surveillance.
La menace, dont le contenu doit être appliqué en cas de transgression de lélève.
La sanction est appliquée selon diverses procédures : la confiscation de biens, alimentaires ou symboliques (jeton, monnaie factice...) (notons que cette confiscation tient lieu, pour lenseignant en pédagogie institutionnelle, de réparation, discutée et institutionnalisée en groupe) ; la mise à lécart de lenseigné, qui a lieu dans la classe, hors de la classe (couloir), dans une autre classe, dans un groupe dont lâge moyen est inférieur à celui de lélève sanctionné, ou à lextérieur de lécole ; le rejet de lenfant ; limposition punitive dun comportement ; lexigence dune tâche (pensum...).
La surcharge de travail : elle est décrite comme un moyen de provoquer une crainte chez lenseigné, tout en faisant partie dun processus logique denseignement (dû aux programmes, à la préparation dexamens...).
La banalisation de léchec ou de la souffrance apparente de lélève.
Le renforcement évaluatif : lévaluation illustre la volonté de pouvoir et dautorité du maître, conscient datteindre deux publics les élèves et leur environnement familial ; la crainte inspirée par lévaluation provient essentiellement de sa communication aux parents. Si le système savère insuffisant, le maître a la possibilité de renforcer son système évaluatif : codage, notes, lettres, catégories (travail, comportement, assiduité, motivation...), appréciations, peuvent permuter, voire se surajouter à un système existant. Et certaines modifications peuvent toujours être apportées quant au support même de lévaluation (cahier, carnet, carte), ainsi quà la fréquence de celle-ci. Lévaluation induit donc la crainte, de par son ouverture au monde extérieur à lécole ; on peut alors dire quune autorité existe quand certains éléments propres à la vie interne de lécole sont soumis au regard de lautre : subir lautorité, cest avant tout être vu, voire jugé. Par ailleurs, une évaluation renforcée à ce point ne peut quaboutir à une sélection, même implicite.
La répression ne se limite pas à provoquer larrêt dun effet ou à ralentir le progrès dun comportement : elle vise, plus ou moins implicitement, la soumission de lenseigné. On peut supposer que certains indicateurs obtiennent, plus que dautres, des effets répressifs : surveillance ; menace et sanction ; renforcement évaluatif ; surcharge de travail. Il conviendrait, pour prouver ces hypothèses, de procéder à une recherche quant aux représentations des enfants. Certains chercheurs, tels Johnson et Bany (14), par lintermédiaire dune approche psychosociologique du groupe-classe, ont décrit les effets négatifs dune autorité répressive : si les résultats ont quelquefois des effets immédiats, ils ne sont jamais durables. Toute tentative de répression engendre une résistance de la part du groupe, qui peut renforcer son unité (dans lexemple dun groupe cohérent) : ou bien il se replie sur lui-même, ou bien il se révolte ouvertement. Les réactions varient : attitude négative et hostilité ouverte, climat de tension, angoisse. On assiste parfois à une docilité apparente exprimant une attitude dhyperdépendance à légard du maître, ou bien à de lapathie, de lindifférence ou de lennui.
Sur le plan psychanalytique, Freud (15) a noté que la répression forcée de puissants instincts, par des moyens externes, na jamais eu sur lenfant leffet dune pure suppression de ces instincts ni celui de leur maîtrise. Par ailleurs, cette répression crée chez lenfant une attitude soumise : lautorité du maître bénéficie alors dune confusion des sentiments de lélève (crainte-amour), ce que remarquait déjà Cousinet (16).
Toutefois, il semble important de préciser que le refus du maître nest pas synonyme de répression, comme le notent A.-M. et F. Imbert (17). Répression et frustration diffèrent. Avant la psychanalyse, Rousseau (18) a suggéré lidée dune frustration nécessaire à léquilibre de lenfant : " Savez-vous quel est le plus sûr moyen de rendre votre enfant misérable ? Cest de laccoutumer à tout obtenir ; car ses désirs croissant incessamment par la facilité de les satisfaire, tôt ou tard, limpuissance vous forcera malgré vous den venir au refus ; et ce refus inaccoutumé lui donnera plus de tourment que la privation même de ce quil désire. "
Du point de vue psychanalytique, il ne convient pas dessayer de résoudre les difficultés des enfants en évitant systématiquement de les frustrer. Pour Mélanie Klein (19), une frustration considérée comme non nécessaire, ou arbitraire, témoignant dun manque damour et de compréhension, peut être nocive ; mais : " Il est important de se rendre compte que le développement de lenfant dépend de son aptitude à trouver le moyen de supporter les frustrations inévitables et nécessaires qui, dans une grande mesure, participent à la formation de ce développement. " La frustration au moins une certaine résistance en face de lenfant se justifie aussi dans le champ pédagogique, comme la écrit A. de Péretti (20), réfutant lidée de faciliter systématiquement les parcours des jeunes.
Rappelons en outre que la majorité des enseignants soumis aux entretiens ont parlé dautorité " naturelle ", que C. Pujade-Renaud (21) a décrite comme acquise, davantage quinnée, reposant sur des facteurs précis, voire stratégiques, tels que lutilisation de lespace, la maîtrise du regard et de la voix, le travail de la tension et de la mise en scène. J. Filloux (22), quant à elle, parle de " lartifice du mythe dune " autorité naturelle " portée par le regard de lenseignant ", cest-à-dire dun rapport dhypnose dont les enseignés ne doivent pas être conscients. Lautorité naturelle vise alors à un effacement de tout exercice manifeste de lautorité, qui na pas besoin dinstrument pour être reconnue. Pourtant, lautorité naturelle est dénoncée comme une intervention totale : " [...] Par le don total de lenseignant, elle appelle en échange le don total de lélève et, par le rôle du regard et de la clairvoyance, elle figure laction dune personne toute-puissante sur un sujet impuissant (rôle de lhypnose). Elle procède ainsi dun processus didéalisation et de toute-puissance qui met en scène, dans un clivage de lobjet, lenseignant comme bon objet idéalisé, père bienveillant et nourricier, en opposition avec une image de père castrateur, qui punit, sanctionne, réprime, etc. (père de la Horde) ; et lon comprend pourquoi on ne saurait daucune manière admettre que des problèmes de discipline se posent pour soi et que lon " doive exercer son autorité ". "
Certains chercheurs, tel M. Lobrot (23) parlent du talent comme dun aspect du " discours terroriste " ; le professeur qui, de ce fait, plaît à son auditoire, entraîne de façon positive la réceptivité de lélève vis-à-vis du discours, mais aussi une tendance à la passivité, une absence de réaction et de contradiction : " Si, dans un groupe, on peut me contredire, cest, je crois, que la personne commence à penser par elle-même. " Encore une fois, la véritable autorité favorise la liberté de penser et dagir, plutôt que lenfermement dans la séduction.
Notons que lenseignant na pas quune pratique de lautorité ; il en module plusieurs, au cours de fluctuations inhérentes à sa propre réceptivité et aux différentes interactions au sein du groupe. Par ailleurs, il na pas nécessairement conscience des indicateurs dautorité quil véhicule, ni de leurs conséquences. Précisons, enfin, que les registres dautorité cités plus haut naissent rarement spontanément comme recours défensif face au désordre de lélève ou du groupe-classe. Lenseignant élabore une stratégie, favorisée par les expériences antérieures. Il semble clair que le choix de méthodes pédagogiques constitue une stratégie, non seulement vis-à-vis de la question de lapprentissage, mais vis-à-vis de lautorité elle-même. On choisit a priori la pédagogie qui nous convient. Et on peut en rester là. La soumission à lautorité est la norme a priori.
Au départ, la fonction enseignante prédispose le maître à construire sa relation à lélève sur le principe dautorité, voire à recourir à des modèles et à des moyens autoritaires en permanence, pour trois raisons essentielles :
le maître est omniscient et omnipotent ;
il assure un enseignement collectif, ce qui nécessite un maintien de lordre ;
lenseignant est un ancien enfant, conditionné à lautorité et par lautorité dans son enfance, naturellement enclin à user des moyens quil a vu utilisés dans son enfance et dont il a pris lhabitude, pour répondre aux situations conflictuelles quil peut rencontrer dans son enseignement et qui mettent en cause le principe dautorité intériorisé, internalisé, et figé par lécole elle-même.
Soit il est possible de considérer que le maître doit remplir personnellement certaines conditions pour affirmer son autorité, soit on suppose que lenseignant sait mettre en uvre, de manière plus ou moins implicite, les moyens lui permettant de laffirmer. Dans le premier cas, Durkheim (24) affirme que certaines qualités personnelles sont nécessaires au maître : lesprit de décision pour faire appliquer les règles, la volonté, ainsi que le ressenti et la certitude du bien-fondé de la décision : " Ce nest pas du dehors, de la crainte quil inspire, que le maître doit tenir son autorité : cest de lui-même. " Il faut donc que le maître possède ce sentiment de confiance en lui-même conféré par " la grandeur de sa tâche " (ibid.). Dans le deuxième cas, cest la formation qui lemporte.
5. Quelques modèles dautorité
À partir des exemples cités plus haut, et suite à nos investigations, nous sommes en mesure de dégager une échelle de modèles dautorité.
Lenseignant autoritaire
Modèle 1 : lenseignant autoritaire
Lautoritaire strict (cest-à-dire exigeant, rigide, intransigeant) a deux possibilités dexpression : lautorité dans ses aspects purement relationnels, ou bien dans la pédagogie et le contenu du travail scolaire. En réalité, lenseignant fait preuve dinflexibilité, soit dans sa communication à lélève (injonction ) et dans lexigence dun certain type de comportement de lélève, soit dans sa demande pédagogique.
Autoritaire strict (centré sur les comportements) : exigence vis-à-vis du comportement des élèves.
1. Commandement strict et affirmation de soi : injonction, exigence qualitative et quantitative réitérée :
indicateurs de refus en cas de débordement comportemental de lélève : injonctions, augmentation du volume vocal, changement de tonalité, effets gestuels, mimiques menaçantes (regard...), langage susceptible de passer de la prévention (rappel des règles, menace, référence à des personnalités extérieures...) à la répression (sanction, exclusion...).
2. Souplesse pédagogique éventuelle (un tel enseignant pouvant être très exigeant sur le plan comportemental mais très peu sur le plan pédagogique) :
changement dactivité en cas de signes de lassitude ou dagitation du groupe ;
signes de patience en cas derreur de lélève (nouvelles explications, entretiens duels...).
3. Degré dexplicitation des règles ou commandements : peu ou pas explicités.
4. Orientation spatiale du maître : omniprésence, proximité (parcourant les rangs...), ou distance-surveillance (assis au bureau, en faction au tableau ou à un quelconque autre endroit de la classe...).
5. Langage : tournures reflétant la rigidité face à lécart comportemental.
Autoritaire strict (centré sur la pédagogie) : exigence vis-à-vis de lapprentissage, de la production.
1. Commandement strict et affirmation de soi : injonction, exigence qualitative et quantitative permanente.
2. Rigidité pédagogique :
poursuite des activités quel que soit le degré de lassitude ou dagitation du groupe ;
signes dimpatience en cas derreur de lélève.
3. Degré dexplicitation des règles ou commandements : peu ou pas explicités ;
degré dexplicitation des exercices demandés : explicités ou non.
4. Orientation spatiale du maître : proximité (surveillant les travaux délèves).
5. Langage : tournures interrogatives permettant de vérifier la compréhension de lélève, ou tournures restrictives vis-à-vis de la qualité dun travail.
Modèle 2 : lenseignant autoritaire charismatique
Le charisme est, rappelons-le, la qualité extraordinaire dun homme, supposée ou réelle. En réalité, ce modèle est avant tout affaire de représentation. On peut considérer, toutefois, que la personnalité charismatique est celle qui affirme son irréductibilité. Par exemple, par :
la physiologie (taille, poids ) ;
les apparences : vestimentaires, apprêtement (coiffure, maquillage...) ;
les déplacements, la gestuelle, les mimiques (sourires, grimaces...) ;
le contact physique avec les élèves (poser une main sur la tête, le bras, lavant-bras, la main, dans le dos donner un [léger] coup de poing sur lépaule en signe dencouragement ) ;
le langage : formules humoristiques, ton affirmé ;
les règles de classe : acceptations sans discussion possible de la part des élèves ;
la séduction : persuasion, connivence... Ensemble de facteurs plus ou moins heureusement combinés.
Modèle 3 : lenseignant autoritaire " tyranique "
Ce modèle reflète les attitudes denseignants qui finissent, en fin de compte, par laisser le groupe-classe sautogérer de façon sauvage et non préparée.
1. Commandement : passant de lexigence tyrannique (exaspération, caractère péremptoire du message) à lindulgence excessive (exaspération, lassitude, rejet, démission...).
2. Alternance de rigidité et de souplesse pédagogiques.
3. Degré dexplicitation des règles ou commandements : variant du caractère péremptoire non explicité à la discussion-débat.
4. Organisation spatiale : fluctuante. Signes dabandon : position la plus extérieure possible au groupe, ou, au contraire, proximité.
5. Langage : passant des explications ou consignes péremptoires aux questions ou remarques reflétant la demande dadhésion de lélève ou du groupe (" Vous êtes daccord ? ").
Modèle 4 : lenseignant autoritaire " indulgent "
Il sagit dun enseignant faisant preuve de rigueur dans lélaboration des règles et de leur rappel, ce qui agit de façon préventive, pas seulement à court terme : avant de quitter lécole primaire, affirme Cullingford (25), " les enfants sont déjà conscients de la fragilité des règles et ont déjà appris à manipuler le professeur " (in : Estrela [M.-T.], p. 82) ; cela renforce la nécessité de la mise en application de règles simples, explicitées, rappelées et immuables, cest-à-dire avec une fermeté dans leur application, et dont la transgression exige systématiquement une mise au point (rappel, explicitation). Mais lautoritaire souple laisse apparaître des signes dindulgence dans le cas de certains débordements comportementaux ou daccumulation derreurs scolaires (parfois liés à des profils précis délèves ; on peut alors parler de souplesse ou de compréhension psychologique).
Autoritaire souple (centré sur les comportements) : enseignant peu axé sur la discipline quotidienne.
1. Commandement : injonction, exigence alternant avec des signes dindulgence (laissant apparaître des débordements en contradiction avec le message initial...).
2. Souplesse pédagogique : variable.
3. Degré dexplicitation des règles ou commandements : variable.
4. Orientation spatiale du maître : en relation avec le comportement des élèves :
passant dune proximité importante (surveillance accrue des réactions, passage dans les rangs ) à une distance marquée (position statique (assis au bureau ) ; activité démarquée de celle des élèves (correction de cahiers ignorance du bruit, des déplacements ).
5. Langage : passant de la menace ou du rappel de règles à lindulgence, voire à la banalisation de leurs transgressions.
Autoritaire souple (centré sur la pédagogie) : enseignant dont lexigence varie suivant laspect qualitatif de la production.
1. Consignes pédagogiques : strictes en début de séance ou dexercice, passant à une mise à distance, une abstention face aux sollicitations ou aux échecs des élèves.
2. Modifiant le déroulement dune leçon en cas de crise, ou changeant dactivité si nécessaire, sadaptant à la situation (se penchant vers un élève ou sasseyant à son côté dans le but de fournir une explication ).
3. Degré dexplicitation aux élèves : courbe descendante dans le temps (abondance dexplications, puis diminution).
4. Orientation spatiale du maître : proximité en début de séance (surveillance des travaux), suivie dune distanciation (jusquà léventualité de ladoption dune position statique).
5. Langage : passant de la formulation de consignes et recommandations à des rappels de plus en plus espacés dans le temps.
Lenseignant dautorité
Modèle 5 : le " pédagogue "
Il fait passer son autorité derrière lorganisation pédagogique et spatiale de la classe. La nécessité des règles à observer agit dans le but de favoriser lacquisition de connaissances, la résolution de problèmes, la production. On assiste à une relativisation de laspect formel de la règle, où lenseignant tolère des écarts comportementaux qui ne troublent pas outre mesure les tâches que lélève doit accomplir. Le respect des règles est exigé au nom de laccomplissement de la tâche et de sa qualité. Ici, lautorité nest pas seulement affaire de personnalité, de stratégie dattitudes (registres), mais dépend plutôt de lorganisation pédagogique de la classe, telle que Freinet la décrivait. Estrela (26) relate une étude datant de 1982, réalisée par Emmer et Evertson auprès de classes de la Junior High School : les bons organisateurs y sont décrits comme des enseignants établissant clairement les règles et donnant des directives précises, formulant précisément leurs expectatives à légard des comportements des élèves, leur répondant de manière consistante, intervenant plus promptement pour parer à lécart et utilisant plus fréquemment les règles en situation dindiscipline. En revanche, les professeurs qui sont de mauvais organisateurs utilisent des règles vagues qui ne peuvent pas être consolidées, donnent des directives imprécises, communiquent leurs attentes de façon ambiguë, répondent de façon inconsistante aux écarts des élèves, ignorent ces écarts de façon répétée, névoquent pas leurs conséquences et réagissent avec lenteur. " La fonction organisatrice assumée par le professeur a par conséquent un effet préventif de lindiscipline. "
1. Commandement : axé sur la qualité et la quantité de la production à fournir. Les consignes sont précises. Le contenu du travail et son rappel font disparaître ou contourne la notion de discipline.
2. Rigidité/souplesse pédagogique : degré dexigence variant selon les capacités et réussites scolaires des enseignés.
3. Explicitation : pédagogie se voulant axée sur la compétence : souci de clarté. Nombreuses mises en situation, explications, argumentations, répétitions, interrogations sur le contenu de la leçon et sur la compréhension des élèves, avant les exercices dapplication.
4. Organisation spatiale : indices de préparation :
disposition des tables élaborée, non traditionnelle ;
orientation et déplacements du maître : grande proximité, ou au contraire éloignement, selon le type de pédagogie utilisée.
5. Pédagogie :
méthodes : traditionnelle, ou " nouvelle " (au sens des pédagogies nouvelles, actives, institutionnelles) ;
outils utilisés par lenseignant : variés (tableau, cahiers-classeurs de préparations, fichiers, vidéos, diapositives ) ;
techniques denseignement : adaptées à des objectifs pédagogiques précis technique collective, recherche par groupe, travaux socialisants (échanges), individuelle, individualisée.
Modèle 6 : le " démocrate "
La plupart des maîtres qui délèguent leur pouvoir pratiquent généralement une pédagogie non traditionnelle, ou composée déléments appartenant aux pédagogies nouvelles. Mais le maître demeure garant du groupe (autorité-responsabilité).
1. Commandement :
initial (début dannée, de trimestre, de semaine ou de journée) ;
puis absence de commandement ; rappel de règles, injonctions éventuelles dans le but dun retour au calme ;
attribution au groupe ou à certains de ses membres de responsabilités tournant autour de lautorité.
Effacement final du commandement autoritaire du maître au profit dune coordination.
2. Souplesse pédagogique correspondant à la pédagogie mise en place.
3. Explicitation des règles : régulière en cas de débordement ou de conflit.
4. Organisation spatiale : en rapport direct avec la pédagogie utilisée. Parfois, organisée par le groupe lui-même.
5. Pédagogie : mise en autogestion, élaboration dun contrat de travail, aide individuelle.
6. Médiations : conseil de coopérative
Modèle 7 : le coopérateur
Le modèle coopératif est celui qui efface laspect normatif au profit dune entraide permettant une prise de conscience au sein du groupe et la mise en responsabilité face aux lois de la classe. Lenseignant participe, conseille, catalyse, favorise lémergence dune autonomie disciplinaire.
1. Commandement :
injonctions, menaces, rappels des règles en cas de débordement ;
amène le groupe à autocritiquer son comportement, à diagnostiquer et à résoudre ses problèmes ;
aide le groupe à améliorer ses techniques de résolution des conflits ;
conseille le groupe dans le choix de ses buts et intentions.
2. Souplesse pédagogique : autonomie, respect des rythmes individuels, des tendances du groupe.
3. Explicitation des règles, rappel de celles-ci en groupe, et parfois par le groupe (pédagogie institutionnelle).
4. Organisation spatiale : en rapport avec la pédagogie utilisée.
5. Pédagogie : autogestion, contrat de travail, aide individuelle.
Enseignant autoritaire enseignant dautorité. Vers un enseignant " autorisé ", par sa pédagogie, et par ses compétences dorganisation, de relation ? Les enjeux de l" autre école " sont cruciaux.
6. Se défaire de lautorité ? Refaire lautorité ? Ou socialiser lécole ?
Ce qui frappe, en particulier dans cette exploration des attitudes et des formes dautorité à lécole, à peine ébauchée, cest la méconnaissance, voire lignorance à lécole des dimensions de la relation, du groupe, de linstitution. Être enseignant aujourdhui, cest être progressivement un expert en savoir(s), en relation(s), en institution(s). Nous le disons, en France, depuis 1966 et le colloque dAmiens ; depuis la naissance des Sciences de léducation ; nous lavons redécouvert furtivement avec les IUFM. Et pourtant, les faux dilemmes continuent de décentrer lécole de sa double mission nationale, éducative et enseignante. Les débats sur leffondrement de lautorité sont du même tonneau que les débats sur leffondrement du savoir, de léducation, de lécole. Cest de mutations sociétales quil sagit.
Une autre recherche, européenne, que nous venons de terminer (27), nous a montré avec netteté que nous sommes les seuls en Europe à rester fixés sur nos contradictions, à agiter comme des drapeaux nos paradoxes, à ne pas vouloir dépasser nos dilemmes. Éduquer " ou " enseigner nest pas une question pour la très grande majorité des enseignants anglais et allemands interrogés, qui répondent éduquer " et " enseigner. Nos classes sont ainsi parmi les plus fermées, les plus centrées sur lenseignant, lenseignement ; celles où la relation et la parole trouvent le moins facilement leur place. Obnubilés par le Savoir, et la République, nous passons souvent à côté des élèves en chair et en os. Le caporalisme français sexerce avec la force dun système figé sur ses hiérarchies, ses statuts, à lécart des réalités, des familles, des quartiers. Les meilleurs écoles et établissements sensibles lont compris, qui remaillent avec obstination le tissu social, sociétal, qui fait lécole. Ils y gagnent le respect, et une école à la mesure de sa société, nous dirions volontiers une école " militante ", cest-à-dire combattante, qui réussit plus difficilement, mais réussit.
Lautorité fait-elle problème ? Formuler de cette façon la question, cest engager aussitôt des représentations culturelles dont on saisit toute la relativité, lorsque lon bascule de la France à lAllemagne, à lAngleterre, aux Pays-Bas, à la Belgique ou à la Suisse. Nest-il pas temps de nous dégager dune histoire dont les grands paradigmes sont en crise ? Notre école serait " à nouveau " élitaire, sursélective, parfois discriminatrice, voire peut-être raciste. Nous en avons désormais les résultats sous les yeux. Les études et les recherches sur ces points convergent.
Lautorité à lécole ? On a vu comment les enseignants se débattent entre des modèles dominants enracinés dans lhistoire sociale et scolaire, littéralement " psychofamilialisés ", et des modèles critiques à dominante démocratique, qui continuent de ne pas paraître évidents à lécole, et en général dans les institutions. Malheureusement pour nous, continuer à débattre dans le cadre de lécole actuelle tient du double discours, de surcroît pervers.
En fait, nous avons les réponses, et nous les avons vu poindre. La " pédagogie ", entendue dans son étymologie daccompagnement structuré, structural, des apprentissages, ne peut-elle faire autorité (28) ? Les pédagogies nouvelles, actives, institutionnelles, démontrent chaque jour à la fois la force de la position enseignante : garantie adulte, guidance didactique, influence culturelle, dans ce groupe " à grandir " quest une classe ; et sa fragilité radicale, son isolement, si elle ne se pense pas elle-même en groupe, dans lexercice social dune distance au savoir qui pourrait autoriser que lexpert enseignant et le tiers social viennent à coïncider, liant la compétence à la relation. Une autre recherche de maîtrise et de DEA fait ainsi apparaître que les meilleures stratégies des enseignants devant la violence en classe et à lécole sont celles dexperts, là encore, praticiens de lordinaire, mais rompus au déplacement, au différé, à la règle et à la loi, à la parole en commun : à la " pédagogie " (29). Eux " produisent " de lautorité. Quelle autorité ?
La question est le cur du dilemme. On peut schématiquement la matérialiser selon trois axes :
Un " lien social personnalisé ", capable de porter la règle et la loi, la représentation " institutionnelle ", et la compétence.
Une éthique, qui peut en substance se résumer ainsi, pour tous :
dire ;
tenir ce que lon dit ;
ne pas nuire.
Une morale au quotidien, qui amène clairement à :
définir un langage commun ;
arrêter des lieux de compétence : pour travailler ; décider ; critiquer ;
fixer des limites ;
se donner des règles, en fonction de la loi sociale et culturelle ; à lécole... en famille ?... dans la vie ?...
Nous terminerons par une définition de lautorité en classe, telle quelle sest élaborée dans la recherche utilisée ici, à la lumière de nos dernières analyses et des instructions officielles (qui, somme toute, sont parlantes) :
" Lautorité en classe est le pouvoir dobtenir un certain comportement de la part dun élève, délèves, ou dun groupe-classe, sans recours à des contraintes physiques ou morales discriminatoires (liées aux propriétés physiques, familiales, sociales, ethniques, politiques, religieuses...), ou à lhumiliation. "
Ainsi, lautorité en classe est à penser en dehors de toute violence physique, et de toute forme de coercition personnalisée a priori. Lautorité en classe, selon les textes, a des fonctions progressives qui doivent demeurer présentes à lesprit des enseignants :
le respect de lindividu : la mentalisation et la réflexion autour des injonctions et mesures de commandement ; linterdiction de toute violence physique, verbale, et de toute mesure discriminatoire ou vexatoire ;
léducation de la socialisation, au moyen de règles et de lois : lapprentissage du " vivre-ensemble " ;
la garantie dune protection physique et morale du groupe : le maître reste garant de la sécurité matérielle et mentale de chacun ;
la " libération " accompagnée de lenfant, en favorisant son autonomie et sa responsabilité ;
la décentralisation progressive de lautorité personnelle du maître ; seules les règles et les lois demeurent des points dappui permanents ; avec le temps et lâge, avec lécole, les enseignants eux-mêmes changent.
On voit bien que cette définition de lautorité en classe exclut tout amalgame entre autorité et pouvoir personnel, autorité et châtiment, autorité et discipline (celle-ci est alors considérée comme un ensemble de règles tacites, ou de règlements écrits, destinés à assurer le bon ordre et la régularité de l" institution ", à [s]autoriser un certain mode de relation collective).
Patrick BÉRANGER
Jacques PAIN
Cet article prolonge dune part un groupe de travail sur " Lautorité à lécole ", qui a été initié par des parlementaires, puis des responsables académiques, dautre part, une maîtrise et un DEA soutenus à Paris-X, en Sciences de léducation, sur " Lenseignant et lautorité ". (Le projet de recherche engagé à Paris-X portait plus précisément sur le premier degré, mais nous lavons ici élargi au deuxième degré).
NOTES
(1) Weber (S.), Modèles dominants et aspirations à léducation. Un exemple au Brésil, Paris, CNRS, 1976.
(2) Houssaye (J.), Autorité et éducation. Entre savoir et socialisation, le sens de léducation, Paris, ESF, 1996, p. 39.
(3) Prost (A.), Éducation, société et politiques, Paris, Le Seuil, 1992.
(4) In EstrEla (M.-T.), Autorité et discipline à lécole, Paris, ESF, 1994, p. 37.
(5) Prost (A.), Lenseignement en France. 1800-1967, Paris, A. Colin, 1968.
(6) Gaulupeau (Y.), La France à lécole, Paris, Gallimard, 1992, p. 70.
(7) Houssaye (J.), op. cit., p. 47.
(8) Prost (A.), 1968, op. cit.
(9) Houssaye (J.), op. cit., p. 58.
(10) Legrand (L.), " Enseigner la morale aujourdhui ", Revue française de pédagogie, n° 97, p. 55, 56.
(11) Gloton (R)., LAutorité à la dérive, Paris, Casterman, 1974, p. 50.
(12) Piaget (J.), Le Jugement moral chez lenfant, Paris, Puf, 1969, p. 174.
(13) Gayet (D.), Modèles éducatifs et relations pédagogiques, Paris, A. Colin, 1995, p. 11.
(14) Johnson (L.-V)., Bany (M.-A.), Conduite et animation de la classe, Paris, Dunod, 1974, p. 313.
(15) Freud (S.), The claims of psycho-analysis to scientific interest, Standard Edition, t. XIII, p. 189-190, 1913, traduit de langlais in Imbert (A.-M. et F.), LÉcole à la recherche dune nouvelle autorité, Paris, A. Colin, 1973, p. 286.
(16) Cousinet (R.), La Formation de léducateur, Paris, Puf, 1952.
(17) Imbert (A.-M. et F.), LÉcole à la recherche dune nouvelle autorité, op. cit., p. 250.
(18) Rousseau (J.-J.), Émile, Paris, Garnier, 1970, p. 73-74.
(19) Klein (M.), LAmour et la haine, Paris, Payot, 1989, p. 96-97.
(20) de Péretti (A.), " Autorité et pouvoir dans la classe ", Préparons lavenir, n° 24, décembre 1989.
(21) Pujade-Renaud (C.), Le Corps de lenseignant dans la classe, Paris, ESF, 1983, p. 52-79.
(22) Filloux (J.), Du contrat pédagogique, Paris, Dunod, 1974, p. 120-127.
(23) Lobrot (M.), LÉcole des parents, 1971, n° 7, p. 42-46.
(24) Durkheim (E.), LÉducation morale, Paris, Puf, 1963, p. 130. Voir aussi Filloux (J.-C.), Durkheim et léducation, Paris, Puf, 1994.
(25) Cullingford (D.), " School rules and childrens attitudes to discipline ", Educational Research, vol. 30, n° 1, 1988, p. 3-9, in Estrela (M.-T.), op. cit.
(26) Estrela (M.-T.), op. cit., p. 81.
(27) Pain (J.), Barrier (E.), Robin (D.), " Violences à lécole. Allemagne, Angleterre, France ". Une étude comparative européenne de douze établissements du deuxième degré, Vigneux, Matrice, 1997.
(28) Voir " Les classiques de la pédagogie institutionnelle ", aux éditions Matrice (71, rue des Camélias, 91270 Vigneux), qui éditent ou rééditent les livres de base du courant de pédagogie institutionnelle " psychanalytique ". Entre autres : " Qui cest lconseil ", de Pochet (C.), Oury (F.), Oury (J.) ; Une journée dans une classe coopérative. Le désir retrouvé, de Laffitte (R.) ; Chronique de lécole caserne, de Pain (J.), Oury (J.)
(29) Casanova (R.), Paris-X, Sciences de léducation, 1996-1997. Une thèse est en cours.
Ville
École Intégration n° 112 - mars 1998
© MENRT, CNDP 1998