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Présentation

Le contexte
  Le contexte historique
  Le contexte biographique
  L'opus 131 dans le genre quatuor

L'œuvre et sa diffusion
  La réception par les contemporains
  La réception tardive et le « mythe »

L'organisation interne
  Le matériau thématique
  L'organisation formelle/tonale
  Lire-écouter le 7e mouvement

Questions d'interprétation

À propos

 



Le Quatuor en ut dièse mineur est publié en juin 1827 (en parties séparées) et en février 1828 (en partition) par B. Schott’s Söhne à Mayence, dédié au baron Joseph Stutterheim.

Beethoven composa ce « quatrième » quatuor (des cinq derniers quatuors) au cours de la première moitié de l’année 1826, avec sans doute des interruptions occasionnées par ses maladies de février et de mars 1826. Il l’expédia à l’éditeur B. Schott’s Söhne le 12 août 1826.

Le temps de la composition : la première moitié de l’année 1826
Beethoven commença à penser à ce qui sera le Quatuor opus 131 alors qu’il n’avait pas encore achevé le Treizième Quatuor opus 130 (celui qui se termine par la Grande Fugue).
Les premières recherches pour cet opus 131 datent du mois de décembre 1825. Dans un cahier de conversation de décembre 1825, il nota le thème de la Fugue initiale ; puis, dans un cahier de conversation de janvier 1826, il nota le thème de l’Andante (n° 4), et quelques pages plus loin il nota d’autres esquisses.
En mars 1826, son ami Karl Holz, second violon du quatuor Schuppanzigh, demandait à Beethoven quand il pensait avoir terminé son Quatuor. Puis il voulait savoir s’il l’avait vraiment promis à Schlesinger. « Was macht das Cis-mol Quartett ? », redemandait-il quelques semaines plus tard, tandis que, quelques pages plus loin, Beethoven notait des idées pour la fin du deuxième mouvement.
Beethoven sur son lit de mort. Reproduction d'un dessin de Joseph Teltscher. Paris, BN imprimés.
© Photo Hachette
Pourquoi ce nouveau quatuor ?
D’abord, parce que Beethoven débordait d’idées depuis que, en mai 1824, il s’était remis à composer des quatuors à cordes.
Depuis plusieurs années déjà, il avait envie de composer à nouveau pour quatuor à cordes : d’une part, parce qu’il était passionné par les exigences de ce type d’écriture, et d’autre part parce qu’il savait que le marché était favorable (les éditeurs cherchaient à répondre à la demande croissante des amateurs de musique de chambre). Aussi, quand un prince russe, Nikolaus Galitzine, lui demanda, en novembre 1822, s’il consentirait à lui composer au moins trois quatuors à cordes, Beethoven accepta, promettant les trois quatuors pour mars 1823 – échéance qu’il donna avant d’être accaparé totalement par le travail pour la Neuvième Symphonie.
Mais, dès que la Neuvième Symphonie fut achevée et créée (le 7 mai 1824 à Vienne, avec une reprise du concert le 23 mai), il se mit à travailler aux quatuors commandés par le prince Galitzine : en mai 1824, rien n’était encore ni écrit, ni même esquissé !

Quand le Deuxième Quatuor Galitzine (le Douzième, op. 132) tout juste prêt fut exécuté en privé le 9 septembre 1825, dans une auberge aux portes de Vienne, devant un public choisi, l’éditeur Maurice Schlesinger, qui était présent, l’acheta sur-le-champ, se faisant promettre le suivant (donc l’opus 130). Beethoven, qui préféra vendre cet opus 130 à un éditeur viennois, se sentait obligé d’honorer sa parole… Pourtant, ce ne fut pas Schlesinger, mais Schott qui acheta ce nouveau Quatuor opus 131 : Schlesinger dut attendre le « cinquième », c’est-à-dire l’opus 135 (le Seizième Quatuor).
Bal masqué dans la salle de la Redoute, représentation de la « Septième Symphonie » de Beethoven à l'occasion du congrès de Vienne, environ 1815. Carl Schuetz. Vienne, Kunsthistorisches Museum.
© Lessing/AKG
Pris par un intense travail de composition (comme l’atteste la quantité impressionnante d’esquisses, auxquelles s’ajoutent un manuscrit autographe, une copie corrigée et une copie d’une première version de la Fugue initiale), selon son habitude, Beethoven repoussa plusieurs fois de suite l’expédition du Quatuor à son éditeur qui se montrait fort impatient et qui redoutait que Beethoven ne lui envoie quelque œuvre plus ancienne tirée de ses cartons et retravaillée pour l’occasion. Quand la copie destinée à la gravure fut prête, Beethoven ne résista pas au plaisir de faire trembler son éditeur en inscrivant en nota bene : « zusammengestohlen aus Verschiedenem diesem u. jenem » [« rabouté à partir de bribes volées de-ci de-là »].

Quelques jours plus tard, Beethoven rassurait son éditeur en lui écrivant qu’il n’avait fait que plaisanter : son quatuor était en fait « flambant neuf » [« Funkel nagelneu »]. Beethoven adorait en effet plaisanter, il avait un plaisir inépuisable à jouer avec les mots pour dire ce qu’il est impossible de faire comprendre au moyen d’un discours rationnel – en l’occurrence, la plaisanterie de Beethoven traduisait son soulagement et sa joie d’être venu à bout de ce quatuor, d’avoir donc réussi son pari de commencer par une fugue et de mener son œuvre sans interruption jusqu’au Finale, à la manière d’une improvisation 1, – donc d’inscrire le parcours de son quatuor dans un itinéraire inédit qui remettait radicalement en question les normes de composition établies et les habitudes d’écoute.

Lire la correspondance de Beethoven avec ses éditeurs

La première exécution
Au cours de l’été 1826, alors que les membres du Quatuor Schuppanzigh, qui faisaient partie de son entourage immédiat (ils avaient pris l’habitude de créer ses nouveaux quatuors), voulaient exécuter ce dernier quatuor pour se donner une idée de la façon dont il sonnait, les circonstances dramatiques de la vie de Beethoven empêchèrent la réalisation de ce projet : à peine le Quatuor achevé, Beethoven se trouva confronté à la tentative de suicide de son neveu Karl, qui, le 6 août 1826, choisit le lieu de promenade favori de son oncle, l’Helenental près de la ville de Baden au sud de Vienne, pour se tirer une balle dans la tête. Karl ne fit que se blesser, mais Beethoven en fut complètement bouleversé, et se trouva obligé de passer l’été à Vienne pour être proche de son neveu, si bien qu’il ne trouva pas le temps de faire établir des copies et de les revoir – condition qu’il exigeait pour qu’une de ses œuvres soit présentée en public.
Ignatz Schuppanzigh. Gravure de H. Laurenz. Vienne, Kunsthistorisches Museum.
© Dagli-Orti

Le création du Quatuor n’eut pas lieu du vivant de Beethoven : tombé malade au cours du mois d’octobre 1826 – alors qu’il passait quelques semaines avec son neveu chez son frère Johann qui avait une propriété à Gneixendorf près de Krems sur le Danube en amont de Vienne –, il s’alita dès son retour à Vienne, le 29 novembre 1826, et ne quitta pas la Schwarzspanierhaus, appartement où il mourut le 26 mars 1827, au moment où éclatait le premier orage du printemps.
La première exécution publique eut lieu après sa mort, en 1828, dans la vieille ville historique d’Halberstadt (ville - évêché fondée par Charlemagne en 804, qui se situe au pied du Harz).

Élisabeth Brisson

Lire aussi le tableau chronologique « Vie et œuvre de Ludwig van Beethoven (1770-1827) » (PDF, 20 ko)




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