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La collaboration Hitchcock-Herrmann

Bernard Herrmann et Alfred Hitchcock
© Collection Christophe L.
La musique pose problème à un cinéaste, même musicien, car son élaboration est très peu contrôlable, contrairement à la mise en scène ou aux décors. Hitchcock, qui n’a aucune expérience musicale, s’en méfie, car elle lui échappe.

À la différence de certains cinéastes qui s’attachent une personnalité musicale, il va travailler avec une vingtaine de compositeurs différents ! Mais il est remarquable de constater que Hermann est pratiquement le seul compositeur cité lorsque l’on parle des films d’Hitchcock.

Au cinéma, on retrouve ainsi d’autres associations entre réalisateur et compositeur : celles de Sergio Leone avec Ennio Morricone, de Federico Fellini avec Nino Rota, de Tim Burton avec Danny Elfman par exemple.

Entre Herrmann, caractériel et sûr de sa musique, et Hitchcock, imbu de ses qualités et dédaignant les artistes, comment une collaboration fut-elle possible ? Herrmann n’écrit-il pas à la fin de sa vie : « Hitchcock faisait seulement 60 % d’un film, je le finissais pour lui »1.

Et pourtant…

Tout commence avec The Trouble with Harry (Mais qui a tué Harry ?, 1955) qui signe le début de leur collaboration.

Dans le remake de The Man Who Knew Too Much (L’Homme qui en savait trop, 1956), le duo Hitchcock-Herrmann apparaît au grand jour. Dans une scène qui se déroule dans une salle de concert, le compositeur dirige d’ailleurs lui-même l’orchestre du Albert Hall de Londres ! Les espions ont charge de tuer l’ambassadeur pendant l’interprétation de la cantate. Le tueur doit tirer au seul coup de cymbale de la pièce. Hitchcock fait monter le suspense tout au long d’une partition de dix minutes sans dialogue ! « Pour que cette scène obtînt sa force maximale, l’idéal eût été que tous les spectateurs sachent lire la musique, déclare Herrmann lors d’un entretien avec François Truffaut2. Pendant ce travelling sur la portée, la caméra parcourt tous ces espaces vides et se rapproche de la seule note que devra jouer l’homme des cymbales. Le suspense serait plus fort si le public pouvait déchiffrer la partition. »

Le contraste est grand avec The Wrong Man (Le Faux Coupable, 1957) où Herrmann donne une allure plutôt jazz au film.

Les arpèges de Vertigo (Sueurs froides, 1958) resteront dans l’histoire de la musique du cinéma.

Vient alors la musique de North by Northwest (La Mort aux trousses, 1959), bien menée avec ses thèmes caractéristiques et pleins d’allant. Elle est considérée par beaucoup comme la meilleure de Herrmann.

Psycho (Psychose, 1960) est un film inquiétant, à moitié muet : ici, c’est la musique, associée au montage des images, qui fait monter l’angoisse. Herrmann écrit une partition originale pour un simple orchestre à cordes, car Hitchcock souhaitait ne pas faire un film cher, ignorant si ce serait ou non un succès.

Dans The Birds (Les Oiseaux, 1963), le réalisateur veut un film sans musique et sans cris d’oiseaux et leur préfère des sons électroniques. Ainsi à la fin du film, lorsque les oiseaux envahissent le ciel, afin de renforcer la tension dramatique, s’entendent soudain dans un silence obsédant les sons qu’Hermann parvient à créer électroniquement pour évoquer les cris d’oiseaux. Il utilise pour ce faire le « Studio Trautonium », une machine inventée à Berlin par Friedrich Adolf Trautwein en 1930 et développée par Oskar Sala en 1952.

Puis c’est Marnie (Pas de printemps pour Marnie, 1964), qui ne donne guère de satisfaction à Hitchcock. Herrmann est même soupçonné d’avoir laissé planer une tristesse ambiante par l’intermédiaire de sa musique.

La collaboration Herrmann-Hitchcock s’interrompt avec The Torn Curtain (Le Rideau déchiré, 1966) dont le titre peut sembler prémonitoire de leur séparation... Les spécialistes diront que c’est aussi la fin des grands films de Hitchcock. Celui-ci se laisse imposer le choix des acteurs mais souhaite aussi changer d’orientation musicale.
Herrmann écrit une partition de cinquante minutes avec des idées originales, notamment dans les timbres (flûtes grinçantes pour le meurtre). Mais, influencé par le studio Universal, Hitchcock veut suivre le courant de la mode de l’époque qui réclame de la musique pop au cinéma. Les disques des bandes originales peuvent alors s’entendre dans les boîtes de nuit et se vendre plus facilement. Herrmann ne peut accepter une telle honte ! C’est donc la rupture entre les deux hommes.

De ce fait, l’écriture de la musique du film Le Rideau déchiré sera confiée à John Addison.

Isabelle Baudrillart
Sylvie Masson


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