La période anglaise : du muet au parlant
 Alfred Hitchcock
© Collection Christophe L. |
Alfred Hitchcock naît le 13 août 1899 à Leytonstone, banlieue de Londres, de parents épiciers en gros. Il a un frère et une sœur plus âgés que lui. Cadet de trois enfants, il se montre timoré et solitaire. De cette enfance resteront dans ses films : ses allusions à la profession d’épicier, sa méfiance des policiers et son regard critique vis-à-vis des religieux. Des études dans une école technique puis aux Beaux-Arts de Londres lui apportent de grandes compétences dans la précision du dessin. Son premier emploi pour le cinéma consiste d’ailleurs à dessiner des cartons pour illustrer les films muets. Dès l’âge de 23 ans, il débute comme réalisateur du film Number Thirteen. Ce premier essai n’aboutira pas. Il se tourne alors vers les métiers d’assistant metteur en scène, co-scénariste, décorateur, assistant réalisateur, monteur. Il reprend la réalisation en 1925 avec The Pleasure Garden. Il tourne une petite dizaine de films jusqu’à la fin de la période du muet, en 1929. Le film Blackmail lui ouvre de nouveaux horizons, puisque Hitchcock en réalise deux versions, l’une muette et l’autre parlante. Lorsque naît le cinéma parlant, les cinéastes se demandent comment tirer le meilleur parti du son comme de la musique. Dans ses films, Hitchcock intègre d’abord discrètement la musique de façon diégétique (voir Glossaire).

La période américaine : la musique gagne en importance
 Alfred Hitchcock avec David O. Selznick
© Collection Christophe L. |
La musique prend plus d’importance lorsque Hitchcock arrive à Hollywood. David O. Selznick, producteur avec lequel il signe un contrat, lui impose des contraintes, notamment le choix du compositeur et la place accordée à la musique. Hitchcock, ayant déjà beaucoup de points à débattre avec lui, ne s’opposera pas à ses caprices musicaux. À cette époque, à Hollywood, il est d’ailleurs fréquent qu’on ne se préoccupe de la musique qu’au moment du montage et Hitchcock n’y participe pas encore. À partir de 1954, la musique comme le son jouent un rôle de plus en plus conséquent dans ses films. Dans Fenêtre sur cour, même si Hitchcock se dit déçu du résultat, la partition du musicien, qui prend peu à peu vie tout au long du film, a un effet déterminant sur l’intrigue. Les compositeurs avec lesquels il a travaillé ne l’ont que peu rencontré, mais ont réussi néanmoins à entrer en cohérence avec les images de ses films. Ils auront tout essayé, de l’absence de musique jusqu’à son omniprésence, avec des effectifs instrumentaux très variés. Hitchcock ne reconnaîtra guère la part d’initiative artistique qui revient au compositeur et évitera même soigneusement d’en parler dans ses entretiens… En dépit de cette réticence, il reconnaissait quand même, dès 1934, que « négliger la musique est […] se priver, volontairement ou non, d’une occasion dans l’art de filmer1. »
Pendant la réalisation de La Main au collet (1955), Alfred Hitchcock rencontre le compositeur Bernard Herrmann. Ce sera lui qui créera la musique de ses neuf films suivants, neuf de ses plus grands chefs-d’œuvre ! Hitchcock devient américain en 1956. Quand il réalise La Mort aux Trousses, en 1959, il est dans une période de succès. Sa technique, sa minutie et la conduite de ses intrigues sont maintenant reconnues. Bernard Herrmann est, pour sa part, inventif et créateur d’une ambiance sonore à la fois mystérieuse et angoissante qui s’adapte parfaitement au déroulement des films d’Hitchcock. L’association des deux personnalités fait des miracles… La Mort aux trousses en est un des meilleurs exemples, comme Sueurs froides et Psychose.
Hitchcock rencontrera le succès jusqu’en 1963. Ce grand cinéaste est pourtant beaucoup critiqué à la sortie de chacune de ses œuvres : on lui reproche de faire toujours le même film ! Sa fameuse « recette » de suspense consiste principalement dans le choix d’un héros qui s’ignore et de l’insouciance de celui-ci face au danger couru ; l’angoisse du spectateur va alors crescendo jusqu’à ce que le héros soit confronté à l’événement redouté. Hitchcock cherche toujours à correspondre au mieux aux aspirations de ses contemporains. Mais, comme Herrmann, il arrive un moment où il s’enferme dans ses habitudes. Sur la fin de sa vie, il devient malheureusement incapable de s’adapter aux évolutions nouvelles. Il meurt le 29 avril 1980 à Los Angeles, en Californie.
Isabelle Baudrillart
Sylvie Masson

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