Un grand nombre d'œuvres contemporaines mobilisant des matériaux électro-acoustiques sont conçues pour un dispositif de diffusion comprenant plus de deux haut-parleurs. La restitution de ces œuvres par une chaîne hi-fi standard est réduite par la stéréophonie. Il manque un paramètre important : la spatialisation des sons. Dès lors, comment faire comprendre aux élèves cette notion particulière ?
Qu'est-ce que la spatialisation ?
Dans la vie quotidienne, les sons que nous percevons viennent de directions multiples et sont situés sur des plans psycho-acoustiques différents. Par exemple, si nous nous trouvons sur une place de centre-ville, nous percevons les conversations des passants proches, le bruit de la circulation automobile, de travaux, d'un avion qui passe. Chaque son est localisé de façon plus ou moins consciente par l'auditeur en fonction de l'intérêt qu'il représente pour celui-ci dans l'action qu'il est en train de mener. Cette localisation permet de se situer dans un espace certes sonore mais surtout signifiant sur nombre d'aspects du contexte de l'instant. Cette localisation des sons est indispensable pour en permettre une appréhension hiérarchisée selon ses besoins.
Lorsque les compositeurs composent avec l'espace tridimensionnel - comme Xu Yi dans Le Plein du Vide -, l'enregistrement et la diffusion en stéréo ne peuvent en rendre grand-chose. Pourtant, par analogie, cette dimension spatiale de la musique est indispensable pour percevoir l'intention du compositeur. Peut-on entendre Le Plein du Vide sans sa dimension spatiale ? Le Plein du Vide est-il « stéréophonico-compatible » ? L'auteur nous a donné sa réponse en autorisant l'enregistrement et la diffusion sur CD de son œuvre. Reste alors pour l'auditeur à mesurer la distance entre la diffusion spatialisée de cette œuvre en concert et le témoignage auquel le disque lui permet d'accéder.
Comment faire comprendre aux élèves cette notion particulière de la distribution des sons dans l'espace ?
On peut évidemment expliquer ce qu'est la spatialisation, mais pratiquer et ressentir les effets de cette disposition dans l'espace permet d'assimiler plus sûrement cette notion et d'en comprendre l'intérêt.
Quelques jeux musicaux à envisager
1. Disséminer les élèves (A) dans la classe, en formant un grand cercle, un élève (B) restant immobile au milieu, les yeux fermés.
a)
Les élèves (A) du cercle chantent ensemble, en boucle (par exemple le refrain d'une chanson pratiquée en commun). L'élève (B) écoute.
b)
Les élèves (A) du cercle chantent individuellement, en relais (sans changer de place). L'élève (B) écoute.
Afin que tous puissent percevoir les effets de la spatialisation, les élèves iront se placer au centre à tour de rôle, si possible pour chaque version de l'exercice. Mais par souci de temps (s'il y a plus de dix élèves, cela devient fastidieux pour ceux qui chantent), on peut faire expérimenter l'une des deux versions par une partie des élèves et l'autre version par les autres élèves.
2. Les élèves (A) se rassemblent en un point de la classe, sauf un ou deux qui se placent au centre de la pièce (B).
a)
b)
a)
Les élèves (A) chantent toujours le même refrain dans l'espace classe en tournant autour du ou des élèves (B).
b)
Le groupe d'élèves (A) s'éloigne puis se rapproche du ou des élèves (B).
À chaque étape, le ou les élèves (B) placé(s) au centre commente(nt) ce qu'il (ils) a (ont) entendu et senti. Les effets physiques et psychologiques de la spatialisation sont aisément perceptibles.