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Repères > Histoire - Le couple franco-allemand de 1945 à nos jours
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Au lendemain de la guerre
Après 1945, l’Allemagne est un pays isolé, occupé par les quatre grands vainqueurs de la guerre en Europe. Politiquement, elle est divisée, à partir de 1949, en deux États : la RFA, tournée vers l’Occident, et la RDA, satellisée par le camp socialiste soviétique.
De son côté, si elle fait partie des vainqueurs, la France ne peut oublier sa défaite initiale de 1940 et le grave affaiblissement qu’elle a subi en conséquence.
Dès 1944, Charles de Gaulle a pour ambition de replacer le pays au rang des grandes puissances ; mais en 1946, il quitte le pouvoir, qu’il ne retrouvera qu’en 1958.
La RFA souhaite sortir de l’isolement et de la méfiance provoqués par le souvenir du régime nazi. Elle reconstitue rapidement son économie après 1945 au prix d’intenses efforts de sa population, et bénéficie de l’aide américaine et de la coopération européenne qui se mettent en place.
La France a des atouts politiques ; membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, elle y dispose du droit de veto ; elle s’est dotée au début des années 1960 de l’arme atomique, insigne des grandes puissances, et affirme son indépendance face à la tutelle, parfois pesante, des États-Unis. Mais il lui manque un poids économique pour prolonger ses positions politiques.
L’intérêt de la RFA et de la France est de s’entendre pacifiquement et d’abandonner définitivement une rivalité guerrière qui leur a coûté si cher, un point de vue que partagent l’Italie et le Benelux. Sans la France et la RFA, jamais la grande aventure européenne n’aurait vu le jour. En 1950, la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) inaugure une nouvelle ère des relations européennes dont la France et l’Allemagne ne peuvent être que les principaux garants, puisque cette entente se fait sur deux produits symboliques de la guerre. Le traité de Rome, signé en 1957 par ces six États, conforte l’orientation prise en 1950.
Mais, à l’intégration des économies, il manque la réconciliation des âmes et des esprits…

La réconciliation franco-allemande
De Gaulle et Adenauer en sont les artisans. Tous deux ont été des résistants actifs contre le nazisme. À la fin des années 1950, ils font partie des très rares personnalités à pouvoir parler de réconciliation franco-allemande sans être soupçonnés d’arrière-pensées inavouables de domination ou de collaboration. Quel homme politique français pouvait publiquement dire aux Allemands en 1962 : « Vous êtes un grand peuple » ? (Sie sind ein grosses Volk.) L’époque des « maudits Allemands » et de la « maudite Allemagne » appartient dès lors au passé.
Une solidarité basée sur des intérêts communs devient le fondement d’une estime bien réelle entre les deux chefs d’État, et le point de départ du changement de nature des relations entre les deux peuples. Un authentique désir de rapprochement peut enfin s’exprimer au terme de soixante-dix ans de conflits destructeurs et stériles. Français et Allemands comprennent qu’ils sont le miroir réciproque l’un de l’autre.
« … Si la solidarité [franco-allemande] n’existait pas ou cessait d’être, l’Europe tout entière serait exposée à être la carrière du démon des malheurs. »
(Général de Gaulle, conférence de presse du 15 mai 1962.)
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C’est dans cet état d’esprit qu’est signé le traité de l’Élysée au mois de janvier 1963. Peu souvent évoqué par la suite, ce traité, dont on a ranimé le souvenir en 2003, a donné lieu à de nombreuses applications : des échanges culturels, des jumelages et de multiples coopérations. C’est peut-être là l’essentiel.

La nouvelle dynamique de l’axe franco-allemand
Le chancelier Helmut Schmidt et le président Valéry Giscard d’Estaing souhaitent faire franchir une nouvelle étape à la construction européenne.
Grâce à l’impulsion donnée par ces deux dirigeants, des initiatives sont proposées. Le couple franco-allemand redevient le moteur de l’intégration européenne. Dynamisée, la Communauté économique européenne (CEE) enchaîne propositions et décisions.
• Lors de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) en juillet 1975 à Helsinki, les neuf États membres de la CEE jouent un rôle dynamique et parviennent à une position commune sur la question des droits de l’homme.
• En 1979, grâce à l’initiative du président Giscard d’Estaing, soutenu par le chancelier Schmidt, les neuf États décident que les députés du Parlement européen seront, pour la première fois, élus au suffrage universel direct. C’est une étape importante dans la démocratisation des institutions et la construction d’une Europe politique, retardée à maintes reprises.
• Toujours grâce à l’initiative de Helmut Schmidt et de Valéry Giscard d’Estaing, le Conseil européen de Copenhague, en avril 1978, adopte le principe du Système monétaire européen (SME). Ce projet est réalisé le 13 mars 1979 en s’appuyant sur les travaux préparatoires des experts français et allemands. Le SME est un accord monétaire qui donne naissance à l’ECU (European Currency Unit). Il lie les monnaies des États européens participants, en limitant leurs fluctuations dans un cadre fixé autour d’un cours pivot (écart de plus ou moins 2,25 % en principe, avec des exceptions tolérées dans les faits). L’appartenance au SME est devenue une condition nécessaire du passage à l’euro.
• Enfin, l’adhésion de la Grèce, candidate depuis 1975 après une période de dictature (1967-1974), prend effet le 1er janvier 1981, élargissant la Communauté à dix membres.
La construction européenne est sortie du domaine strictement économique. Le Parlement européen et l’ECU sont un grand pas en direction de l’unité politique européenne, même s’il reste alors beaucoup à faire dans ce sens.

Les années décisives
En 1981, François Mitterrand est élu président de la République française. L’année suivante Helmut Kohl devient chancelier de la RFA.
Malgré leurs différences politiques – Mitterrand est socialiste, Kohl conservateur –, l’entente franco-allemande va considérablement progresser. Les contacts entre les deux hommes montrent le rapprochement qui s’effectue : plus de cinquante rencontres en moins de sept ans ! Au fil du temps, des relations étroites se sont tissées entre eux, représentatives aussi du rapprochement entre les deux peuples.
La conclusion de l’Acte unique en 1986 élargit les compétences de l’Union dans les domaines économique et social.
Grâce aux votes à la majorité (et non plus à l’unanimité) au Conseil des ministres et à l’engagement personnel du chancelier, la présidence allemande du premier semestre 1988 aboutit à plusieurs succès.
La présence de Jacques Delors à la tête de la Commission européenne de 1985 à 1995 contribue à stimuler les velléités européennes des deux hommes d’État.
Pourtant, les événements historiques majeurs de l’année 1989 mettent à l’épreuve la solidité du rapprochement franco-allemand.

À l’épreuve des faits historiques
Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin est ouvert.
La question de la réunification des deux Allemagnes se pose aussitôt..., mais aussi celle des frontières entre la RDA et la Pologne. La RFA ne peut s’y soustraire et elle hésite. Le vieux souvenir d’une Mitteleuropa germanique resurgit et fait peur à l’Europe.
Pour Mitterrand (et les alliés occupant l’Allemagne), c’est la réunification et le retrait des troupes occupantes en échange de la reconnaissance des frontières européennes. De plus, l’accélération de l’intégration européenne doit « encadrer » l’Allemagne dans une construction pacifique et démocratique.
Helmut Kohl accepte, et la réunification a lieu le 3 octobre 1990. En 1992, le traité de Maastricht est ratifié, l’euro est créé ; la Banque centrale européenne aura son siège à Francfort.
En soutenant la réunification franco-allemande, François Mitterrand a renforcé considérablement la cohésion et la solidité de l’axe franco-allemand. En adhérant aux propositions faites, Helmut Kohl a sans doute définitivement tourné une page sombre de l’histoire de l’Europe.
L’émouvante cérémonie du 11 novembre 1984 à Verdun, où le président Mitterrand et le chancelier Kohl se tenaient la main, prend tout son sens. L’amitié franco-allemande s’exprime également dans les larmes d’Helmut Kohl lors des cérémonies officielles à la mort de François Mitterrand.
François Mitterrand et Helmut Kohl à Verdun, le 22 septembre 1984.
www.dhm.de/

L’axe franco-allemand aujourd’hui
À la fin des années 1990, de nouveaux dirigeants reprennent le flambeau de la coopération et de l’amitié franco-allemande : en 1995, Jacques Chirac est élu président de la République, Gerhard Schröder devient chancelier de la RFA.
Comme souvent, les positions politiques divergentes sur le plan intérieur des deux hommes d’État n’entravent pas la bonne entente franco-allemande.
Les problèmes de l’élargissement de l’Union européenne dominent les discussions entre les deux dirigeants.
• Surgissent parfois des divergences de point de vue sur la manière de diriger une Union passée de 12 à 25 membres en une dizaine d’années.
• Le poids de l’axe franco-allemand est diminué dans l’Union européenne par l’arrivée des nouveaux adhérents.
• L’Allemagne réunifiée est plus puissante et peut être tentée d’agir de façon plus autonome.
L’axe franco-allemand est à nouveau mis à l’épreuve après septembre 2001. Les États-Unis, qui veulent forcer les Européens à suivre leurs initiatives, ne seraient pas fâchés de voir se fissurer une Europe jugée potentiellement trop puissante : dans cette optique, la solidité de l’axe franco-allemand est un enjeu fondamental pour l’avenir de l’Europe.
Français et Allemands font preuve de solidarité et de fermeté en résistant aux pressions du président Bush sur l’intervention en Irak contre Saddam Hussein en 2003. Une fois de plus, la « vieille Europe » – selon le président américain – s’est affirmée comme le gage de l’indépendance et de la liberté européenne.
En France comme en Allemagne, les leçons du passé sont retenues pour construire l’avenir.
« Le souvenir que la France garde du 6 juin 1944 est différent de celui de l’Allemagne et pourtant, ce souvenir a fait naître chez les uns et les autres le même sentiment : nous sommes convaincus que nous voulons la paix. Nous, Allemands, savons qui sont les auteurs criminels de la guerre. Nous sommes conscients de notre responsabilité face à l’Histoire et nous l’assumons. Des milliers de soldats alliés sont morts en un seul jour, un jour d’horreur. Ils ont payé de leur vie pour la liberté. Des soldats allemands sont morts parce qu’ils avaient été entraînés dans une campagne meurtrière pour asservir l’Europe. »
(Extrait du discours prononcé le 6 juin 2004 par le chancelier Schröder à Caen lors des cérémonies du 60e anniversaire du Débarquement.)
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Jacques Nicolaus est agrégé d’histoire,
professeur au lycée Paul-Robert, Les Lilas (93).

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