Rencontre avec
Claude Beaudoin
coordonnateur pédagogique du Casnav de Paris
 
Correspondance multimédia en classes d'accueil

Claude Beaudoin, coordonnateur pédagogique du Casnav1 de Paris, explique sa motivation à monter des partenariats eTwinning.

Que représente eTwinning pour vous ?
J'ai souhaité profiter de la plate-forme eTwinning du projet européen eLearning pour développer un projet de correspondance multimédia dans nos classes d’accueil. Il s'agit de proposer une correspondance entre des groupes classes d’élèves nouveaux arrivants dans l’espace européen. Il me semble en effet important de favoriser l’échange entre divers groupes classes européens constitués d’élèves nouveaux arrivants afin que leur représentation de l’Europe soit améliorée, et partant, leur intégration facilitée.

Qui sont les élèves dont vous parlez ?
Les élèves nouveaux arrivants du monde entier entrent en Europe, dans un espace pour eux désormais ouvert comme pour les autres résidents. Si leurs déplacements entre les différents pays sont toujours liés aux possibilités d’implantation offertes d’un point de vue économique ou aux motivations d’ordre politique ou culturel de leur famille, on constate depuis une dizaine d’années une modification des flux migratoires et des stratégies d’implantation liée en grande partie à l’ouverture du marché européen et à l’évolution des législations européennes en matière d’accueil des populations migrantes. La mobilité européenne dans l’espace communautaire est donc aussi fréquente pour eux que pour les autres ressortissants européens. Or l’harmonisation des systèmes éducatifs dans les vingt-cinq pays de la communauté n’existe pas encore, ce qui suppose pour ces migrants, à chacun de leurs déplacements, un travail d’adaptation préalable à toute intégration, comme le souligne le rapport Eurydice de la Commission européenne de 2004 concernant l’intégration scolaire des enfants immigrants en Europe.

Quel bénéfice pensez-vous que les élèves puissent en tirer ?
La mise en relation de groupes classes du type « clin » (classes d’initiation) ou « cla » (classes d’accueil) à travers l’Europe permettra aux élèves migrants de prendre conscience de la diversité des dispositifs d’accueil et de scolarisation en Europe, et donc des particularismes nationaux. Ils percevront aussi la volonté des États européens de conduire des politiques éducatives tournées vers le rapprochement et encourageant la mise en relation, l’échange et les liens culturels entre les populations d’Europe.
Une intégration de ces élèves dans le pays d’accueil doit se concevoir aussi dans le cadre plus large de l’intégration européenne, ce qui n’est pas aujourd’hui suffisamment pris en compte pour entraîner une mise en œuvre locale généralisée. Un projet comme eTwinning appliqué aux populations migrantes pourrait constituer un levier dans ce sens : les populations extra-communautaires accueillies dans l’espace européen et concernées par un tel projet trouveraient là un lien plein de sens dans leur préoccupation d’intégration.

Les équipes éducatives pourraient-elles bénéficier de ces jumelages ?
On peut estimer que ce rapprochement entre élèves se doublera d’un rapprochement entre enseignants et acteurs institutionnels par élargissement naturel des intérêts : dans un partenariat eTwinning, un élève nouvel arrivant scolarisé dans une classe d’accueil à Paris explique comment il est scolarisé, intégré dans le système scolaire français à des élèves de son même pays d’origine scolarisés à Rome ; les enseignants en charge de ces élèves s’interrogent mutuellement sur les dispositifs de scolarisation, sur la didactique de l’enseignement de la langue nationale, sur les méthodologies, les pratiques pédagogiques. Se crée ainsi une dynamique de réflexion comparative, d’analyse des dispositifs et de structures mises en place chez soi et chez l’autre.

Et à plus long terme ?
On peut penser qu’à partir d’expériences de ce type, la prise de conscience de la diversité se doublera rapidement d’expérimentations lancées à partir de ce qui existe ailleurs en Europe, ce qui pourrait entraîner à plus ou moins long terme une possible modification des habitudes de travail. Les projets de type Comenius mettant en relation les stratégies pédagogiques d’intégration des élèves extra-communautaires trouveraient ainsi plus de sens dans la mesure où ils seraient inscrits dans ce projet global d’échange.
Concernant les enseignements proposés à ces élèves migrants, il me semble que le projet eTwinning pourrait conduire à la production d’un « bagage » minimal commun aux systèmes éducatifs européens, leur permettant de s’intégrer plus aisément dans n’importe quel système éducatif européen en cas de mobilité.
Il suffirait dans un premier temps de déterminer les minima de savoirs et de savoir-faire communs en Europe, indispensables à acquérir et à maîtriser pour le transfert d’un système éducatif à un autre.

Pouvez-vous donner quelques exemples par domaines ?
En sciences et mathématiques : les modalités de présentation et les codes de représentation ; en sciences humaines : les savoirs historiques et géographiques incontournables pour se repérer dans l’espace et le temps européen ; en ce qui concerne l'éducation citoyenne : les principes fondamentaux du droit européen appliqué au statut d’extracommunautaire. Pour les TIC, il pourrait s'agir des compétences prévues dans le B2I français, d'outils de traduction et de transfert.

Où en êtes-vous dans la mise en œuvre du projet ?
Nous sommes actuellement dans la phase de lancement du projet avec un premier travail d’information et de formation auprès des enseignants de nos dispositifs et en partenariat avec le Bureau national d’eTwinning, le CRDP de Paris et la Dafpen. Un groupe d’une quinzaine d’enseignants des 1er et 2nd degrés sont déjà inscrits pour ce projet et les compétences reconnues du Casnav de Paris dans les champs de l’intégration scolaire et des TIC en direction des publics ENA (élèves nouvellement arrivés) facilitent la mise en œuvre du projet. J’ai ainsi pu rencontrer des partenaires potentiels à Linz lors de la Conférence annuelle eTwinning, et j’ai pu mesurer l’intérêt réel porté par les responsables de ce projet pour notre proposition. Je suis donc très optimiste pour la suite du travail et surtout pour ce qui va se produire dans le courant de l’année 2006-2007 au niveau des échanges entre les groupes classes accueillant des enfants immigrés.




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