Rencontre avec
Claire Bertrand
professeur d'anglais
 
eTwinning : The European Touch
Claire Bertrand
Nelly Mok

Claire Bertrand et Nelly Mok, professeurs d'anglais au lycée Louis-Armand d'Eaubonne (95), expliquent ici leur trajectoire avec eTwinning.

Dans quel lycée travaillez-vous ?
Le lycée Louis-Armand est situé dans le Val d’Oise, à Eaubonne. C’est un lycée polyvalent qui abrite des sections générales et des sections professionnelles. Les sections générales y sont récentes, elles ont moins de dix ans. L’établissement est actuellement en cours de rénovation et les sections générales ont été déplacées sur un autre site, dans le (tout) petit village de Montlignon. D’où la nécessité de créer des projets qui fassent sortir les élèves de ce cadre très restreint !

Que représente eTwinning pour vous ?
L’action eTwinning contribue à construire une passerelle entre les pays d’Europe, au-delà des normalisations et harmonisations scolaires. Un projet eTwinning permet aux élèves de mieux apprécier les similitudes et les différences culturelles au sein de l'espace européen et d'appréhender la notion de citoyenneté européenne. C'est avant tout un cadre souple d’échanges et de communication interculturels, un jumelage plus linguistique et humain qu'électronique, une opportunité pour les élèves comme pour les enseignants de collaborer vers la réalisation d’un projet commun.
C'est aussi une façon de travailler totalement différente. Nous fonctionnons sous forme de club : les seize élèves de classes de 1re et de 2nde ont été recrutés sur leur motivation. Les rôles des élèves et des professeurs ont été redéfinis.

C'est l'occasion pour les élèves de faire appel à leurs ressources propres (connaissances et compétences scolaires comme extrascolaires) et de les mettre en œuvre sans la perpétuelle pression de l'évaluation. Pour les professeurs (nous sommes deux collègues professeurs d’anglais), il s'agit plutôt d'encadrer le groupe, de guider et de conseiller les élèves dans leurs démarches et actions, et non d'imposer des choix de thèmes, de supports, d'activités et de formats d'évaluation comme lors d'une séance de cours.

En quoi consiste exactement votre projet ?
L'idée de départ consistait à créer un magazine web pour ados, The European Touch, avec d'autres élèves européens. Le premier objectif est de publier trois numéros par an, avec des articles et reportages sur supports variés – de l'écrit mais aussi de la vidéo et des podcasts.

Le magazine comprendra un article phare par numéro, dont le thème permettra aux différents élèves partenaires de croiser leurs points de vue, d'enrichir leur réflexion des références culturelles de leur pays. Il y aura aussi quelques rubriques récurrentes plus « fun » (mode, culture et actualités, cuisine, courriers du cœur, humour, etc.) pour qu’ils échangent sur leurs préoccupations du moment, les choses qu'ils aiment au quotidien, ce qui les tracasse. Sont également prévus des affiches et des « flyers » pour promouvoir les numéros dans le lycée et les établissements voisins. Les élèves ont même repéré une station de radio qui pourrait les inviter pour parler de leur initiative. Dans un second temps, quand le projet sera bien avancé, nous voudrions partir à la rencontre de nos partenaires et organiser un voyage dans un pays d'Europe.

Quel bénéfice pensez-vous que les élèves puissent en tirer ?
C'est pour eux l'occasion de découvrir comment vivent et pensent d'autres citoyens européens de leur âge, et de mettre en avant leur propre culture et leur langue puisque le magazine sera publié en deux versions : anglaise et française.

Par ailleurs, ils réinvestissent concrètement et activement des savoirs et des compétences acquis en classe (utilisation de l'anglais dans un contexte de communication authentique, recours à leurs connaissances dans d'autres matières, comme l'histoire par exemple, pour traiter leurs différents sujets) ou en dehors de l'école (particulièrement concernant les TICE). Ils acquièrent aussi de nouvelles compétences, avec la création d'un site web, les démarches vers les imprimeurs, les institutions, les agences de voyage, etc. En réalité, l'occasion leur est fournie de réaliser des activités qui ont du sens : la langue étrangère, au lieu d'être envisagée comme un objet d'étude, est ici utilisée comme un réel outil de communication ; en outre, la pratique des TICE (courriels, logiciels de présentation et de création d'un site web avec des supports textes, audio et vidéo) est au cœur de l'échange et de la réalisation de la tâche finale.
Les élèves considèrent le club comme un foyer d'autonomisation, un espace où l'initiative individuelle ou collective est primordiale et fortement sollicitée. Ils sont contents de pouvoir s'émanciper d'un guidage parfois trop pesant.
La diversité des profils (les élèves ont été recrutés en fonction de leurs compétences linguistiques et/ou techniques, de leur dynamisme et de leur motivation) est un atout pour une collaboration fructueuse. Cette complémentarité a notamment contribué à la bonne entente et à la solidarité entre les membres de l'équipe.

Quel rôle particulier peut, à votre avis, jouer un chef d'établissement ?
Il est à nos yeux essentiel, car du chef d'établissement dépend la mise en œuvre et le bon fonctionnement du projet. C'est en effet à lui que revient le choix d'attribuer des heures aux enseignants, de mettre à la disposition du groupe certaines infrastructures du lycée (lieux et matériel) et d'autoriser une certaine marge de manœuvre dans les démarches des membres de l'équipe.
Une action eTwinning permet à l'établissement d'inscrire son projet dans une perspective d'ouverture à l'Europe, et ainsi de répondre aux attentes institutionnelles.
Enfin, comme nous l'avons dit plus haut, eTwinning offre un cadre souple pour l'élaboration de projets disciplinaires, interdisciplinaires et transculturels intégrés à la progression d'une classe dans une matière, ou développés au sein d'un club. Autant d'atouts que le chef d'établissement peut mettre en avant dans un discours visant à convaincre l'équipe pédagogique tout entière – et pas uniquement les professeurs de langue – de participer ou de mettre en place ce type de projet.

Justement, les autres collègues participent-ils ?
Il est à souhaiter que cette expérience, du fait de la motivation des professeurs comme des élèves, encourage d'autres collègues à tenter l'aventure avec leurs classes ou sous forme de club.

Les élèves du lycée auront ainsi l'image d'enseignants travaillant en équipe, éventuellement en interdisciplinarité –lutter contre le cloisonnement entre les matières – et dans une atmosphère conviviale. Ce serait leur montrer une représentation positive de la vie en communauté et souligner les bénéfices d'un travail en collaboration.

Cela a-t-il changé quelque chose dans votre vie de professeur ?
L'existence de tout un dispositif d'accompagnement des professeurs à l'élaboration d'un projet eTwinning (carnet de route, site, bureaux d'assistance européen et nationaux) peut rassurer l'enseignant, notamment l'enseignant débutant, et l'encourager à se lancer.
De plus, notre club nous a placées dans une nouvelle posture face aux élèves du groupe : les échanges ont lieu également à l'intérieur de l'équipe, que ce soit entre les élèves eux-mêmes ou entre les professeurs et les élèves. Là aussi, une situation de communication authentique s'est créée et le dialogue s'est instauré entre des gens d'origines sociales ou ethniques différentes. Le rapport professeur-élève a laissé place à un rapport adulte-adolescent fondé sur la confiance et le respect mutuels.
Étant professeurs d'anglais, nous sommes nous aussi heureuses de pouvoir faire utiliser la langue étrangère aux élèves dans sa fonction première, qui est de faire communiquer des personnes d'origines et de langues différentes entre elles.
Animer le club eTwinning, c'est pour nous, outre l'encadrement des élèves lors de nos séances, coordonner les échanges avec les partenaires étrangers : deux activités fondamentalement différentes du travail que nous effectuons quotidiennement. Nous rompons ainsi avec nos tâches récurrentes de professeur, et pour nous aussi, eTwinning est un nouveau souffle dans notre travail ! Notre motivation se nourrit également de l'enthousiasme des élèves.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Nous avons rencontré quelques difficultés dans les contacts et échanges avec nos partenaires européens. En effet, il s'avère parfois difficile de s'entendre véritablement sur les attentes respectives et sur la planification du travail quant à l'élaboration du « produit final ».
Les élèves n’ont pas toujours les mêmes désirs dans les différents pays : par exemple, des élèves danois, qui paraissaient pourtant très désireux de communiquer, ne répondaient que de façon épisodique – voire pas du tout – aux courriels de nos élèves, qui étaient fort déçus de la situation. On s’est rendu compte à quel point la communication par voie électronique n'est pas toujours aisée et peut prêter à des malentendus entre élèves comme entre professeurs.

Comment pensez-vous faire évoluer votre projet à plus long terme ?
Un partenariat a été validé avec les Pays-Bas à notre retour d’un atelier eTwinning consacré aux professeurs de langue à la fin du mois de février. Nous avons commencé à travailler ensemble, notamment en utilisant un ENT (moodle) et l'espace de travail mis à notre disposition sur le portail eTwinning. Nous sommes aussi en contact avec des enseignants d'autres pays qui souhaiteraient rejoindre notre projet. Nous sommes chargées de coordonner les équipes partenaires. Par ailleurs, l'idée du magazine web a séduit des enseignants de collège qui ont décidé de créer une version 11-15 ans du même magazine. Notre collègue néerlandaise, qui travaille avec des élèves âgés de 11 à 18 ans, se charge de la coordination de la version collège du European Touch.
En collaboration avec le Bureau d’assistance nationale, nous voulons définir une démarche utile aux collègues qui souhaiteraient monter un projet eTwinning sous forme de « club » (implication du chef d'établissement, recrutement des élèves, fonctionnement, activités, relations avec les partenaires, etc.).
Nous souhaitons faire promouvoir l'action eTwinning par les élèves eux-mêmes. C'est un point qui nous tient particulièrement à cœur : les faire devenir de vrais « ambassadeurs » de l'action eTwinning dans le Val d'Oise, voire dans l'académie ? Pour leur faire investir pleinement ce rôle, nous pensons organiser un court séjour à Bruxelles (qui reste à confirmer), où les élèves pourraient rencontrer leurs homologues belges ainsi que des membres de la Commission et du Parlement européen. Ils partiront avec caméscopes, appareils photos numériques et baladeurs mp3 pour créer des reportages qu'ils pourront ensuite montrer et commenter dans les autres établissements.


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