Rencontre avec
Marie-Héléna Taquet
DARIC d'Orléans-Tours
 
Un projet régional original

Marie-Héléna Taquet travaille à la DARIC1 d’Orléans-Tours et nous invite à découvrir un projet original, Trans’Europe Centre, projet qui pourrait faire des émules.

Pouvez-vous expliquer ce qu’est Trans’Europe Centre et comment cette action est née ?
Cette action est née à l’initiative de la Région Centre qui s’est engagée à offrir à chaque lycéen un séjour éducatif en Europe de cinq jours consécutifs au minimum, hors déplacement.
Un comité de pilotage et un comité technique ont été constitués, associant des représentants des trois instances impliquées et une convention a été signée en novembre 2005 par la Région Centre, la Direction régionale de l’agriculture et des forêts (Draf) et le rectorat, officialisant le lancement de ce dispositif.
Toutes les catégories de lycées sont donc concernées : les lycées agricoles, les lycées d’enseignement général et technique et les lycées professionnels. Suite aux travaux menés par les comités, les premiers projets ont été déposés peu après la rentrée 2005.

Quel est l’objectif du dispositif ?
L’objectif est de permettre à chaque lycéen d’effectuer un séjour en Europe au cours de sa scolarité. La Région Centre finance donc à hauteur de 95 % maximum le montant du séjour. Pour les 5 % restants, on invite l’établissement scolaire à en rechercher le financement ou à compléter avec son propre budget. Un barème par pays a été fixé selon une estimation moyenne prenant en compte le coût du transport, de l’hébergement/restauration dans le cas d’un séjour sans échange, et des activités liées au séjour. Un forfait repas est demandé aux familles sur la base de deux repas par jour. C’est un gros effort de la Région qui a voulu s’engager dans l’Europe, et qui consacre près de 60 % de son budget à l’éducation. Il nous semble essentiel de favoriser l’ouverture culturelle et sociale des lycéens de la Région et de contribuer au développement d’une véritable citoyenneté européenne.

En quoi consiste un projet Trans’Europe Centre ?
Il s’agit d’un projet de séjour éducatif avec objectifs pédagogiques. Les établissements doivent compléter une « fiche identité projet », renseignée par un professeur coordonnateur qui explique les activités conduites en amont du voyage, celles prévues sur place, et enfin, ce qui sera fait au retour. Par ailleurs, les contenus doivent s’intégrer aux programmes des disciplines. Les projets doivent être pluridisciplinaires, et comporter trois disciplines au moins, ce qui permet d’apporter une perspective plus large à l’ensemble : un projet se construit autour d’un ou de plusieurs thèmes portant sur la citoyenneté européenne, l’économie, les arts, les sciences et techniques, le monde du travail, l’environnement, les techniques agricoles, le patrimoine, l’histoire et les traditions… Nous souhaitons ainsi que soient évités des séjours purement linguistiques : ce que l’on privilégie, c’est la découverte culturelle d’un pays européen.

Comment définiriez-vous la différence entre Trans’Europe Centre et les grands projets européens Comenius ou autres ?
Dans cette initiative du Conseil régional, tous les lycéens peuvent partir. Le seul programme européen qui puisse concerner des classes entières est le projet linguistique Comenius 1. Il s’agit d’un échange impliquant une mobilité de deux semaines dans le pays partenaire et réciproquement dans la même année scolaire, soit au total un mois, ce qui peut être long pour des lycéens. Les autres programmes européens touchent de petits nombres d’élèves. Un projet Trans’Europe Centre, au contraire, s’adresse à une classe entière ou à un regroupement de classes ayant des activités communes. Ces dispositifs sont cependant complémentaires.

Comment les dossiers sont-ils sélectionnés?
Les premiers retours sont très positifs. Certains lycées ont déposé jusqu’à trois projets. Le suivi pédagogique est assuré au rectorat ou à la Draf. Les dossiers qui ne satisfont pas aux exigences sont renvoyés pour être retravaillés selon les conseils prodigués. Nous nous sommes déplacés pour rencontrer les professeurs, ou nous les avons contactés par téléphone pour leur expliquer ce qui est attendu en termes d’objectifs européens. Nous sommes là pour conseiller les établissements à chaque étape. Sur un plan plus technique, le projet doit être soumis au conseil d’administration de l’établissement et validé puis transmis pour examen et avis au Conseil régional pour la partie administrative, organisationnelle et financière et au rectorat ou à la Draf pour la partie pédagogique et éducative. Le projet doit être soumis à la commission tripartite, composée de représentants du Conseil régional, du rectorat et de la Draf pour examen de la conformité au règlement et pour avis. Sur avis favorable, le projet est alors soumis pour validation aux instances compétentes du Conseil régional. Cette année, qui était l’année de l’expérimentation, avec quatorze établissements concernés, nous nous sommes réunis environ une fois tous les deux mois. Nous envisageons deux ou trois réunions par an par la suite.

Pourriez-vous donner un exemple de projet ?
Je pense par exemple à un des lycées expérimentaux qui organise un départ en Pologne sans aucune intégration linguistique. Les élèves ont été impliqués à toutes les étapes du projet intitulé : « Devoir de mémoire ». Ils ont pris l’initiative de faire visionner un film sur la seconde guerre mondiale (La Maison de Nina) dans un cinéma d’art et d’essai et d’organiser une rencontre avec l’historienne qui a contribué à la réalisation de ce film. Dans le périple qu’ils vont faire, il sera question de cinéma, d’histoire-géographie, de littérature, de citoyenneté européenne, de musique et de patrimoine mais pas de langue étrangère.
Les thématiques des projets présentés sont très variées. Par exemple : la découverte de l’archipel maltais et l’incidence de l’intégration dans l’Union européenne sur l’agriculture locale ; le nombre d’or et l’architecture grecque ; différents aspects de la transition vers l’économie de marché et vers l’Union européenne d’un pays de l’Europe de l’Est : le cas de la Pologne ; Islande, spectacle permanent de la genèse terrestre ; sur les chemins de la Renaissance italienne (comprenant un volet linguistique) ; À la poursuite des héros écossais (comprenant un volet linguistique).

Quel est l’avenir de ce projet ?
Nous espérons encourager la mobilité internationale en développant l'ouverture aux autres. Chaque séjour fait l'objet d'une évaluation précisant les activités effectuées et les compétences acquises qu’elles soient comportementales, culturelles ou européennes. Chaque lycéen participant se voit délivrer une attestation, qui pourra par exemple être intégrée au Portfolio européen des langues de l'élève, et un « visa européen individuel ». Il est certain que des projets de ce type contribueront, par une plus grande ouverture sur le monde, à une meilleure insertion professionnelle. Ils devraient constituer des atouts pour solliciter une entrée dans certaines formations ou accéder à certains emplois. En effet, favoriser la connaissance du monde économique, social et professionnel à l’échelle européenne participe au renforcement de l’égalité des chances dans l’accès à l’éducation et à la culture. Cette année expérimentale est une belle réussite puisque 37 projets ont été présentés et tous ont été validés. Au total, 1427 élèves auront bénéficié du dispositif Trans’Europe Centre d’ici la fin de l’année scolaire. Preuve que le Trans’Europe Centre a rencontré un vif succès auprès des lycées de la région et qu’il répond au besoin grandissant qu’éprouvent les professeurs de faire découvrir l’Europe à leurs élèves.





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