L'euro en douze thèmes

2. Avant l'euro 
 

Introduction

Préface

L'euro en douze thèmes
1. Généralités sur la monnaie
2. Avant l'euro
3. En préparant l'euro
4. Avec l'euro
5. Billets et pièces en euro
6. Critères de convergence
7. Performance de l'euro
8. L'euro et les marchés financiers
9. Implications fiscales, sociales et économiques
10. Le citoyen et l'intégration politique
11. Les institutions européennes
12. Pays hors zone euro

Glossaire
Personnalités et accords internationaux
Termes financiers

Illustrations
Avant l'euro
Convergence et performance de l'euro
L'impact de l'euro
Les enjeux politiques

Chronologie
Avant l'euro
En attendant l'euro
Aujourd'hui l'euro

Bibliographie

Traité de Maastricht (dit de l'Union, extraits)

Traduction
Vidéos anglaises
Vidéos allemandes

A propos
 

 

2.1. Y a-t-il eu, dans le passé, d'autres tentatives d'union monétaire en Europe ?      
Même si l'histoire n'est pas un éternel recommencement, les faits historiques témoignent d'une constance dans la relation des hommes avec leurs monnaies : les expériences d'alliances monétaires se sont répétées. Dans l'Antiquité, les villes grecques s'allient pour frapper monnaie commune et, plus tard, Rome s'impose comme capitale du monde en répandant sa monnaie dans tous les territoires conquis.
Le Moyen Âge, lui, connaît des périodes où une monnaie commune l'emporte ; d'autres lui succèdent au cours desquelles les monnaies locales ou nationales s'affirment (en témoignent les expériences du Luxembourg, de la Catalogne et de la Scandinavie).
Empire romain. Hadrien. Aureus, or. 134 ap. J.-C. (photo Wenger)



En 1834, les régions allemandes se réunirent, sous l'égide de la Prusse, dans une union douanière (Zollverein) qui aboutit en 1871 au Münzverein, union monétaire totale qui a donné naissance en 1875 au Reichsmark. Ce n'est qu'en 1948, à la suite d'une réforme monétaire*, qu'est né le Deutsche Mark (DEM). De 1865 à 1914, la Belgique, la France, l'Italie et la Suisse, rejointes ultérieurement par la Grèce, créèrent une union monétaire dénommée l'Union latine. En 1873, c'est au tour des trois pays scandinaves - le Danemark, la Suède et la Norvège - de former une union monétaire qui s'est poursuivie jusqu'en 1924.
U ne monnaie unique pour l'Europe : Victor Hugo y pensait déjà
© Promeuro - Illustration 2a




2.2. Et dans un passé plus récent ?      
La période de l'entre-deux-guerres fait apparaître, pour les États souverains, la nécessité d'organiser leurs relations économiques et monétaires (conférence de Gênes en 1922). Cette époque coïncide avec la perte du statut de la GBP comme monnaie internationale de référence. Cette inertie est vue comme la démonstration que le Système monétaire international requiert une hégémonie*, assurée par les États-Unis à partir de 1944, mais qui fait défaut pendant la période de l'entre-deux-guerres. Le régime de taux de change fixes et de l'étalon-or (délaissé dans les années 1920) nécessite alors des ajustements* de prix qui entraînent des niveaux désastreux de chômage, politiquement inacceptables. Mais des nationalismes exacerbés, l'insuffisance des connaissances économiques, les erreurs de jugement des responsables politiques, l'attachement à des références du passé et la pression mal orientée de l'opinion publique continuent de déterminer des politiques monétaires nationales « harcelées par les circonstances ». Les désordres financiers entre États, causés par des dévaluations compétitives, sont la règle (plus la monnaie d'un pays est dévaluée par rapport à celle des autres, plus les prix de ses produits sont comparativement bas sur les marchés internationaux).
2.3. Le Système monétaire international institué après la deuxième guerre mondiale ne pouvait-il pas régler les problèmes monétaires européens ?      
Dans l'immédiat après-guerre, l'accord de Bretton Woods* (1944) vise
une solution financière mondiale et ignore purement et simplement l'éventualité
d'une organisation régionale : les statuts du Fonds monétaire international (FMI) n'en font pas mention. On estime alors que le système de taux de change* fixes instauré autour
de la nouvelle monnaie de référence internationale, le dollar convertible en or, suffira à maintenir la stabilité du Système monétaire international.
© Promeuro - Illustration 2b
Appel des utilisateurs de l'espéranto pour une monnaie unique en Europe

Les accords de Bretton-Wood (http://www.ibiblio.org) sur le site ibiblio.

En avril 1949, la Conférence économique de Westminster, organisée par le Mouvement européen dans la lancée du Congrès de La Haye (1948), émet une résolution en faveur d'une union monétaire européenne. Winston Churchill* y déclare que cette conférence lance un processus qui aboutira à l'union de l'Europe.
Winston Churchill



2.4. Quelles sont les premières manifestations d'une union monétaire européenne ?      
En 1950, la mise en œuvre du plan Marshall* exige l'amélioration des modes de paiement intra-européens, entraînant la création d'une Union européenne des paiements (UEP), dans le cadre des dix-sept pays de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) et substitue un système de compensation* multilatérale au système étroit des accords bilatéraux de paiement. (Pour chaque participant, on établit en fin de mois une position créditrice ou débitrice qui donne lieu à un règlement.)
Dans ce système, excédents et déficits* de chaque pays membre sont compensés pour aboutir à un solde multilatéral réglé non pas en or ou en USD mais essentiellement en crédits.
Les pères fondateurs de l'Europe

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L'UEP adopte une unité de compte européenne (UCE) définie, comme l'USD, par un poids de 0,888 gramme d'or fin. Les pays membres déclarent une parité entre leur propre monnaie et l'UCE. L'UEP fait ainsi figure d'« union monétaire régionale » sans que cela implique une réelle coopération monétaire. C'est l'époque de la « transférabilité » des monnaies, c'est-à-dire la possibilité de les utiliser entre pays participant à une zone monétaire donnée - comme l'UEP - sous contrôle d'un règlement de changes, appliqué à certaines opérations à l'intérieur de la zone. Comme ils comportent le même poids d'or, 1 UCE = 1 USD.

En 1958, l'UEP disparaît et cède la place à l'Accord monétaire européen (AME). La même unité de compte que celle de l'UEP est adoptée. L'AME institue un Fonds européen destiné à fournir des crédits aux pays affrontant des difficultés de balance des paiements*. C'est l'époque de la convertibilité - du moins externe - des monnaies. Elle remplace la transférabilité : les non-résidents peuvent échanger librement les monnaies contre de l'or ou contre des devises. Plus tard, la convertibilité totale (externe et interne) est devenue générale.
2.5. Le traité de Rome avait-il prévu une union monétaire ?      
En 1957, les rédacteurs du traité de Rome, qui institue la Communauté économique européenne (CEE), se soucient peu de son identité monétaire : le système mis en place à Bretton Woods avait mission de régler, sur le plan international, les relations financières entre États, et l'expérience de l'UEP avait contribué à instaurer, sinon une véritable coopération, du moins des relations ordonnées entre les nations européennes.

D'où la timidité des dispositions d'ordre monétaire prévues dans ce traité : coordination des politiques monétaires (art. 105), libre circulation des capitaux (art. 106), stabilité des taux de change (art. 107), équilibre de la balance des paiements (art.108 et 109).

Le traité de Rome (http://europa.eu.int) sur le site Europa de l'Union européenne
2.6. Comment et pourquoi est née l'idée d'une union économique et monétaire (UEM) ?      
À partir des années 1960, l'évolution de la situation monétaire internationale modifie profondément le contexte et donne une nouvelle orientation à l'identité monétaire européenne.

Dès 1962, dans son programme monétaire, la Commission européenne (CE) recommande une coopération monétaire entre les banques centrales des pays membres. Cette recommandation est suivie d'effets plus ou moins tardifs : la création d'un Comité des gouverneurs des banques centrales est décidée le 8 mai 1964.

En 1962 également, la première expression monétaire de la Communauté, l'unité de compte (UC), est définie dans un but de continuité, comme l'UCE, par un même poids d'or fin que celui du dollar. L'UC est appliquée au budget, au tarif douanier commun, et rattachée aux monnaies européennes pour établir les taux de change spéciaux utilisés dans les montants compensatoires agricoles.

Au début des années 1970, l'instabilité du dollar et la spéculation qui en résulte avec des fluctuations excessives des taux de change sont à l'origine de la recherche d'une zone monétaire européenne où ces taux seraient stables mais ajustables. La différenciation croissante des politiques monétaires des États membres et le développement des sociétés multinationales révèlent l'insuffisance de la coordination monétaire au sein de la CEE.


« En l'absence d'une réforme portant création d'une véritable monnaie internationale, c'est l'utilisation de plusieurs monnaies nationales comme instruments de réserve qui se substitue aux formes manquantes et accroît encore l'instabilité du Système monétaire international. »
Encyclopédia Universalis, 1982, p. 209-213 (selon les théories de l'économiste Robert Triffin*).


C'est dans ce contexte que se développe l'impulsion monétaire européenne dont les premières manifestations sont le plan Barre* (1969) et le rapport Werner* (1970). Ce dernier est la première expression véritable de la volonté européenne de créer une union économique et monétaire.
Les ancêtres de l'euro
© Promeuro - Illustration 2c


« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de faits. » Discours de Robert Schuman* prononcé depuis le Salon de l'Horloge à Paris, le 9 mai 1950.



2.7. Pourquoi les Européens n'ont-ils pas élaboré leur propre système monétaire au moment de l'effondrement des accords de Bretton Woods ?      
Les accords de Bretton Woods s'effondrent principalement parce que les États-Unis estiment que les mesures anti-inflationnistes, nécessaires pour préserver le lien entre l'USD et l'or, sont incompatibles avec les déficits publics* liés à la poursuite de la guerre au Viêtnam. Lorsque le Système monétaire international s'effondre, après l'abandon du lien à l'or qui constituait un facteur stabilisateur des monnaies, les Européens ne créent pas leur propre union monétaire malgré les recommandations du plan Werner.

Pourquoi ? Parce que plusieurs pays s'imaginent qu'il n'est plus de leur intérêt de maintenir un régime de changes fixes. L'Allemagne laisse s'apprécier le DEM pour éviter d'importer l'inflation mondiale causée par le premier choc pétrolier de 1973. En revanche, la France, l'Italie et le Royaume-Uni espèrent s'offrir de la croissance économique en dévaluant leur monnaie pour stimuler la demande publique (comme le faisaient les États-Unis). Ces dévaluations ne leur apportent pas les bénéfices escomptés car la dévaluation de leurs monnaies alimente l'inflation domestique et impose des taux d'intérêt élevés qui freinent la croissance. Ce n'est qu'en 1983 que la France réalise que cette approche est sans issue alors qu'en Allemagne les taux d'intérêt plus faibles sous le régime des taux de change flottants assurent au pays une croissance supérieure dans la Communauté. La politique de stabilité monétaire de ce dernier devient alors le modèle pour l'Europe. Le Royaume-Uni poursuit, de son côté, une voie différente. En réponse au défi de la mondialisation des marchés, il opte pour une politique de libéralisation de son économie. Ce faisant, il donne non seulement un coup de pouce à sa reprise mais développe en même temps une stratégie que d'autres suivront plus tard. À l'époque, néanmoins, cette politique place le Royaume-Uni sur une ligne différente de celle suivie par la majorité de ses partenaires continentaux.

Au niveau européen, le besoin d'hégémonie après le vide laissé par l'abandon de la parité or de l'USD par les États-Unis, assure cette place à l'Allemagne en raison de la dimension de son économie et du succès de sa politique de stabilité monétaire.
     

 
© Promeuro - Intelvidere - L'euro pour l'Europe
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