Un nouveau musée à Paris
Musée d'Art et d'histoire du judaïsme

 

Le 6 décembre s'ouvre à Paris le musée d'Art et d'histoire du judaïsme. Situé au coeur du Marais, dans l'hôtel de Saint-Aignan, il regroupe deux collections importantes, celle du musée de Cluny et celle de l'ancien musée d'Art juif (dont il est le successeur). Du Moyen-Age au XXe siècle, il évoque l'évolution des communautés juives, à travers leurs différentes formes d'expression artistique, leur patrimoine et leurs traditions. Une architecture et un aménagement somptueux, un parti pris muséographique subtil, un service pédagogique remarquable, tout concourt ici au plaisir des yeux et de l'esprit.

Une architecture adaptée
Le parcours à travers les salles : le passé
Le parcours à travers les salles : la modernité
Le centre de documentation
Le service pédagogique

 
Une architecture adaptée

Le vestibule conduisant
aux salles d'exposition.

Entièrement restauré pour abriter le musée d'Art et d'histoire du judaïsme, l'Hôtel de Saint-Aignan, achevé en 1650, avait déjà pour lui les atouts historiques qu'il fallait à ses nouvelles missions. Il a, en effet, abrité à la fin du siècle dernier et au début du XXe siècle des artisans juifs immigrés de Pologne, de Roumanie et d'Ukraine, dans un quartier traditionnellement habité par la population juive de Paris.
Le parti pris muséographique a donc consisté à jouer sans cesse avec le cadre historique et les aménagements contemporains. Mobilier réalisé dans des matériaux à la fois nobles et sobres, jeux entre les volumes larges des bâtiments d'origine et d'autres volontairement brisés et resserrés correspondant aux bouleversements du début du siècle. De l'escalier d'honneur, monumental, à l'évocation des petites boutiques massées autour d'une cour profonde…

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Le parcours à travers les salles : la modernité
Le centre de documentation
Le service pédagogique

 
Le parcours à travers les salles : le passé

Lampe de Arnouccah,
Italie, XVIe siècle.
Dépôt du musée de Cluny.

Après un espace d'introduction qui donne des repères au visiteur sur la civilisation juive dans sa perennité et sa diversité, chaque salle correspond à une époque et à un thème dans une ère géographique et culturelle. Par exemple, la vie des Juifs en France au Moyen-âge est évoquée par des stèles funéraires, la présentation de manuscrits précieux et quelques objets rares antérieurs à l'expulsion des Juifs de France; on appréhende l'existence des Juifs en Italie de la Renaissance au XVIIIe siècle à travers des objets liturgiques de toute beauté et des objets de vie, entre autres des contrats de mariage très ornementés, ce qui est une exception dans une civilisation où la question de la (non) représentation est centrale. Une salle, réservée à la rencontre des deux diasporas à Amsterdam au XVIIe, comporte une enclave très émouvante, entièrement consacrée aux lampes de Arnouccah à travers le monde. Cette fête commémore le miracle qui s'est produit lorsque le Temple de Jérusalem fut repris et purifié par les Juifs. La place centrale de Jérusalem dans le coeur des Juifs dispersés est représentée par une splendide soukkah (cabane), par une série d'objets de pélerinage et de textes essentiels ainsi que par une installation de Sophie Calle qui explore le thème de l'érouv.
Pour rendre compte du monde ashkenase traditionnel, une série de maquettes en bois de synagogues, d'autant plus précieuses qu'elles sont la seule trace de cette architecture religieuse, les synagogues elles-mêmes ayant disparu pendant la dernière guerre. Quant au monde sépharade traditionnel, il est représenté en grande partie par des textiles, dont de magnifiques costumes de Juifs du Magheb. On peut mesurer ici les parentés, les influences d'une culture sur l'autre mais aussi leur grande diversité et originalité.

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Une architecture adaptée
Le parcours à travers les salles : la modernité
Le centre de documentation
Le service pédagogique

 
Le parcours à travers les salles : la modernité

Le Père, Marc Chagall,
huile sur toile, Paris, 1911,
dépôt du musée d'Art Moderne.

Moins thématique et davantage historique, la seconde partie de l'exposition permanente rend compte des moments essentiels de l'intégration des communautés juives dans la société moderne française, à partir de la Révolution et de la réflexion menée par des artistes sur la possibilité d'un art juif autre que liturgique. La salle dite de l'Emancipation comprend des oeuvres de peintres mais aussi un fonds très important d'archives donné par les petits enfants du capitaine Dreyfus.
La section consacrée aux mouvements intellectuels et politiques en Europe au tournant du siècle comporte un cabinet d'art graphique qui retrace les recherches formelles d'artistes importants mais parfois oubliés, autour de l'identité juive. Questionnement qui se retrouve aussi dans les salles réservées aux présences juives dans l'art du XXe siècle où l'on rencontrera des oeuvres d'artistes de l'Ecole de Paris dont Chagall, Modigliani, Krémègne, Lipchi, etc. Dans cette section se trouvent aussi une trentaine d'oeuvres MNR (biens spoliés), conservées au Centre Georges Pompidou.
A ce point du parcours, Etre juif à Paris en 39 retrace la vie des artisans qui vivaient à l'Hôtel de Saint-Aignan et qui furent déportés et exterminés. On peut voir dans la petite cour préservée dans sa forme d'alors, une installation de Christian Boltanski qui reprend simplement sur des panneaux les noms de ces personnes. Ce sera ici la seule (mais particulièrement puissante) évocation de la Shoah. La visite s'achève par une exposition temporaire qui donnera une vision de la vie contemporaine des communautés juives.

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Le centre de documentation
Le service pédagogique

 
Le centre de documentation

Femme au hennin,
Felix Barrias,
Afrique du Nord, 1890.

Situé au centre des salles d'exposition, il vient rappeler par cette situation centrale l'importance de l'écrit dans la culture juive. Espace de respiration et de recherche, il est conçu comme une étape du parcours du musée. Sa vocation de centre de ressources tout public est clairement pédagogique. Il comporte une bibliothèque, une vidéothèque et une photothèque. Approches pluridisciplinaires et larges champs couverts par les documents disponibles, en grande partie en accès libre. Un auditorium permet le visionnement de films mais aussi l'écoute de concerts, la participation à des conférences, etc. A signaler aussi la présence d'une librairie dans le musée et d'un café donnant sur jardin…

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Le parcours à travers les salles : la modernité
Le service pédagogique

 
Le service pédagogique

La cour de l'hôtel
de Saint-Aignan

 

Musée d'Art et d'histoire du judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan, 71, rue du Temple, 75003 Paris; tél. 01.53.01.86.53. Ouvert du lundi au vendredi de 11h à 18h et le dimanche de 10h à 18h. Entrée avec audioguide : 40 F, réduit : 25 F, gratuit pour les moins de 18 ans, handicapés, RMI, chômeurs.
A noter les nombreuses animations culturelles proposées, entre autres des expositions temporaires. Programme à suivre !

Responsable du service pédagogique, Anne Rothschild a conçu un programme d'activités pédagogiques - pour les groupes scolaires ou les individuels - original et ouvert, bien sûr, à tous les enfants juifs et non juifs. C'est ici un espace de rencontre et d'initiation au patrimoine juif dont chacun pourra s'approprier la richesse. Anne Rotchild a privilégié les approches sensorielles et l'expérimentation, convaincue que c'est en puisant dans la vie et dans l'émotion que l'on parvient à pénétrer l'univers des objets présentés dans le musée. Ainsi, en dehors du parcours-découverte classique avec malette pédagogique, animé par un conférencier, on peut dès 4 ans jouer à la Ronde de l'alphabet, dès 6 ans s'intéresser au Voyage d'une lumière, dès 10 ans appréhender les mystères de L'Arbre de vie, et, à l'âge du collège jusqu'au lycée, travailler sur le thème Identité, ponts et différence. Pendant les vacances scolaires, les mêmes thèmes sont proposés et, en plus, on peut découvrir dès six ans les Visages du livre ou les Contes en famille.

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TDC Magazine n°765 - du 01 au 15 décembre 1998
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