Le blues des bleus |
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| Cela fait trente ans que Les Tuniques bleues galopent au fil des pages, offrant à la BD lune de ces sagas sur lesquelles les années nont pas de prise. Cauvin (qui porte la plume depuis le début de la série) et Lambil (qui tient le pinceau depuis la mort de Salverius, en 1973) s'entendent comme larrons en foire pour peindre lAmérique de la guerre de Sécession, qui nous fait sourire sans jamais perdre de son authenticité. La série se situe nettement du côté de la comédie, mais ne donne vie à aucun héros invincible (tel Lucky Luke) ni ne verse dans la bluette parodique (comme le fait Chick Bill). Cet épisode raconte la rencontre de nos hommes en bleu (recherchés par les leurs pour désertion) avec les baladins dun cirque ambulant, qui leur remontent le moral et leur permettent de triompher de ladversité. Toute lhabileté des auteurs tient à léquilibre réussi entre premier et second degré sans jamais tomber dans la facilité |
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C'est vert mais juste |
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Si Achille Talon est un monument de la BD, ce nest pas à cause de sa corpulence. Enfin, pas seulement. En fait, cet anti-héros gaffeur est, en termes de ventes, presque légal des plus grands, les Tintin, Spirou ou Astérix. Cela fait trente-cinq ans (excusez du peu) quil se bat contre des moulins à vent, qu'il pique des colères d'anthologie, quil fait enrager son triste voisin Lefuneste et quil se perd en logorrhées verbales qui nont rien à envier à celles de Groucho Marx. Même si le renouvellement de la série est inexistant (mais cest peut-être son charme), même si labsence du père fondateur, le très actif Greg, se fait parfois sentir, les retrouvailles périodiques auxquelles nous sommes invités relèvent du plaisir pur parce que lunivers très splapstick de la série nous réjouit toujours autant, que le lettrage (les bulles sont à la limite dexploser) fait partie de la composition graphique, et que vulgarité et mièvrerie n'ont jamais été invitées chez l'homme au gros nez et au gilet jaune | |||||||
Initiales B B |
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| Dire que Bolas Bug ne ressemble pas aux autres BD est un euphémisme. Pour sen pénétrer, il est absolument nécessaire doublier tous ses repères. Le trait est volontairement simpliste, parfois à la limite de labstraction. Mais il est vrai que les aventures qui sont contées riment plus avec labsurde quavec les pesanteurs du réel. A travers les personnages de Bolas Bug le Rechercheur de fautes, correcteur dans un journal, La Tête, qui fait office de chirurgien, Mou, inventeur déphasé, ou Le Monstre, qui veut se venger d'avoir reçu un colis piégé, il est loisible de reconnaître différents types de la comédie humaine. Mais il est aussi recommandable de se laisser aller à la rêverie, en traversant un pays où tout est possible. Si Bolas Bug devait trouver un cousinage, ce serait celui des Shadoks, qui hantent encore notre mémoire télévisuelle. Dailleurs il ne faudrait pas grand-chose pour que les traits de lalbum saniment, comme si les planches étaient autant de rampes de lancement pour le petit ou le grand écran. Les amateurs dun certain cinéma danimation de recherche plus proches de Trnka que de Walt Disney apprécieront. |
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L'âge des doutes |
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| En traçant imperturbablement le tableau des murs adolescentes daujourd'hui, Tendre Banlieue pratique la demi-teinte de préférence à la surenchère. La série de Tito met en scène des ados semblables à ceux qui nous entourent et qui peuplent lycées et collèges. Au fil des albums, cest une Carte du tendre daujourd'hui qui nous est présentée, avec ses bonheurs et ses zones dombres. Lhéroïne qui nous intéresse ici à des problèmes auditifs. Problèmes qui accentuent les difficultés habituelles du passage à lâge adulte, liées à un manque patent de confiance en soi. Mais Tito a de la générosité à revendre, et son message d'ouverture au monde ne tombe jamais dans l'oreille d'un sourd |
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Scènes de chasse en montagne |
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Comme le disait Alphonse Allais, ce serait épatant de transporter les villes à la campagne, où lair est plus pur. Sans aller jusque-là, Chauzy emmène son très banlieusard héros dUn Monde merveilleux dans les Pyrénées afin de lui permettre de recharger les accus. Mais, même là-bas, rien n'est simple : il se retrouve embringué dans une bataille sans merci entre les écolos qui militent pour les ours et contre le tunnel du Somport, et les chasseurs qui détestent les premiers autant qu'ils appellent le second de leurs vux. La bagarre est violente, et les coups volent bas Les accros de linfo auront peut-être reconnu larrière-plan dun fait divers à répétition qui défraye régulièrement la chronique depuis quelques années Toute ressemblance avec des faits réels est, en tout cas, intentionnelle. Ce qui n'est pas pour nous choquer tant l'auteur de la BD met de cur à défendre la nature, quitte à mettre un peu les pieds dans le plat | |||||||
Les naufragés de la calebasse |
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| Les récits fantastiques pèchent souvent par excès de dépaysement : aucun sas de décompression ne nous permet de relier lunivers visité avec le nôtre. Ce n'est pas le cas dAldébaran, qui vient dune planète noyée par les eaux, mais dont les habitants sont soumis à de très ordinaires passions humaines. Laspect socio-politique de la série est, dans ce nouvel épisode, mis entre parenthèses, au profit d'une ébouriffante aventure exotique. Nos héros doivent traverser un marécage peuplé de monstres carnivores, une espèce de Jurassic Park où la vie ne pèse pas lourd. Ils sen sortent en se réfugiant sur le dos d'un théodrore ou à l'intérieur dune calebasse Dépaysement et frissons garantis. A tel point que lon ne donne pas cher de nos héros. Pourtant, ce cinquième volet de leurs aventures clôt un cycle. Et c'est sur une autre planète que nous les retrouverons la prochaine fois. Prions pour quelle nous réserve autant de surprises que celle-ci |
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Emois émois |
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Inutile de présenter Brétécher qui, depuis le début des années 70, passe à juste titre, avec ses fameux Frustrés, pour être celle qui brocarde le mieux les tics de son temps, notamment quand ils sont les stigmates dun milieu intello et néanmoins bourgeois qu'elle semble bien connaître. En créant le personnage d'Agrippine, Brétécher na pas changé de ton, même si cette adolescente a des côtés touchants. Les idées reçues n'attendent pas pour s'épanouir que tout le monde ait du poil au menton, quitte à modifier clichés et tics, à les faire évoluer. Le langage est au centre de ce champ de bataille et, de ce point de vue, la dessinatrice n'est pas à la remorque des modes, elles les précède, les suscite au contraire. Sa novlangue fait des merveilles tant elle est ponctuée de trouvailles ludiques. Si les jeunes daujourd'hui ne parlent pas comme ça, ils le devraient. Loriginalité de ce nouvel avatar des émois ados est de confronter notre Agrippine et son arrière-grand-mère, un tout petit bout de femme enclavé dans un fauteuil trop grand. Entre la teenager et son aïeule, le courant curieusement passe, en dépit des égoïsmes croisés. Peut-être parce que le grand âge possède des vertus que la jeunesse connaît bien, notamment celle daller à l'essentiel, sans compter son temps et sans se préoccuper des conséquences sociales | |||||||
Jeunesse anar |
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| En lespace de treize épisodes, Louis la guigne nous a fait visiter le monde très chaotique de l'entre-deux guerres. Il nous a emmenés à travers lEurope de la montée des fascismes et lAmérique de la grande crise pour mieux défendre une conception plus humaniste de la société, un anarchisme bon teint. Le dernier volet de la série nous avait projetés à la lisière de la Seconde guerre. Difficile daller plus avant dans le même registre. Doù lidée des auteurs de retrouver leur héros au grand cur en 1910, alors que la Grande Guerre na pas encore éclaté. Ce qui ne signifie pas que tout soit facile pour autant. LUsine où ladolescent a été embauché est un lieu daffrontements durs où le syndicalisme n'a pas encore les coudées franches. Ce premier épisode de la nouvelle série nous conte lapprentissage politique et humain du jeune Louis Ferchot (qui na pas encore la guigne), confronté à un conflit dont il ne perçoit les enjeux que très progressivement. |
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Les noces barbares |
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| Si Martin Veyron a abandonné (provisoirement ?) son personnage fétiche, Bernard Lermite, ce nest pas pour changer denvironnement. A tel point que lon s'attend à croiser cet éternel adolescent, mélange de cynisme et de naïveté, à chaque page de ce Cru bourgeois, dont Bunuel aurait sûrement apprécié le charme discret. Lhistoire est celle dune famille aisée qui sapprête à consentir à une mésalliance. La situation est explosive, et les préparatifs du mariage une source de complications sans fin. Mais le pire reste à venir : quand le père de la mariée succombe à une crise cardiaque, le choix est fait de cacher le corps On le voit, la légèreté habituelle de Veyron, son marivaudage cru (ni vulgaire ni scabreux) ne dédaignent pas frayer avec l'humour noir. Nous ne quittons pas réellement le registre boulevardier, mais les personnages y gagnent une humanité que l'étonnant épilogue ne dément pas |
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La neige et le feu |
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Après Jacques Ferrandez et ses magnifiques Carnets dOrient, cest au tour de Lax et Giroud de nous emmener sur cette terre dAlgérie qui suscite tant de passions contraires. L'action dAzrayen (lange des ténèbres pour les Berbères) se situe dans le cadre de cette guerre qui n'osait dire son nom, en Kabylie, pendant l'hiver 1957. Le froid est intense, et la neige entoure les villages haut perchés. Ce qui n'empêche pas l'armée française, à la recherche de l'un des siens, de semer la mort et le feu. Le personnage central de lhistoire est ce soldat perdu, quon ne voit quà l'occasion de flash-backs, mais qui occupe toutes les pensées. Lalbum balance continuellement entre la douceur du souvenir, celle davant la guerre, quand la haine nétait pas encore inéluctable, et la dureté des temps présents. Au plan graphique, ce va-et-vient se retrouve dans le traitement des couleurs, locre des montagnes répondant au rouge des scènes de guerre. Une jolie façon de montrer que tout conflit, aussi juste apparaisse-il, est un déchirement dont pâtissent d'abord les êtres les moins aptes à la violence, ceux qui ne s'engagent quà contre-cur à choisir un camp Un album magique. | |||||||
Un polar à pleines dents |
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| Pour aller au plus vite, pour privilégier les scènes daction, le cinéma policier a trop souvent tendance à transformer ses personnages en silhouettes interchangeables, sans prendre le temps de leur conférer la moindre chair. La situation est souvent pire dans le domaine de la BD. Raison de plus pour saluer la réussite complète de cet Outremangeur, qui doit autant à la plume de Tonino Benacquista, auteur de jolis polars à dimension humaine, quau pinceau de Jacques Ferrandez, signataire de superbes planches irisées par le soleil de la Méditerranée. LOutremangeur est le fruit de leur travail commun, rencontre de lombre et de la lumière, celle dun certain désarroi urbain et dun volontarisme humain de tous les instants. Loutremangeur est un flic obèse, obèse parce que flic. Son ventre est comme le stigmate dun mal-être, une espèce de suicide à petit feu, jusquau jour où il fait la connaissance dune très séduisante jeune meurtrière. Il la fait chanter, lui offrant de fermer les yeux contre un peu de présence qui comblera sa solitude. Ce qui sème une joyeuse pagaille dans son enquête, mais lui redonne le goût de vivre et l'incite à faire un régime. Comme quoi la rédemption peut également avoir des incidences visibles à l'il nu. Un album au regard bienveillant sur le genre humain, superbe au plan graphique, autant dire un chef-duvre. |
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