Et toujours d'actualité 

Retour de l’enfant prodigue
Nous sommes à Roche, dans les Ardennes, chez Vitalie Cuif, épouse Rimbaud, et sa fille Isabelle (interprétée avec beaucoup d’intelligence et de finesse par Ophélie Orrechia, très bien dirigée par Nada Strancar). Le lit et le couvert sont préparés pour le retour de l’enfant prodigue. Quand Arthur franchit le seuil accroché à ses béquilles, tous trois savent immédiatement que l’enfer est tel qu’ils l’avaient quitté voilà onze ans. Cette ultime confrontation qui durera un mois scelle leur destin pathétique. Rimbaud aura tout essayé pour accéder à cet absolu qui lui échappe. Poésie, dérèglement des sens, errance africaine, pragmatisme du négoce, enfin la photographie, dans laquelle il avait mis ses derniers espoirs. C’est un homme mourant, mutilé physiquement et moralement, qui vient chercher refuge auprès d’une famille affectivement infirme. Laurent Malet, parfois excessif, incarne un Rimbaud brutal, injuste, fou de lucidité aveuglante, méchant à force de souffrance. La mise en scène fait sonner avec précision et justesse les silences pesants, la violence des émotions contenues qui explosent. Le texte est inégal et trop long, mais on conseillera quand même ce spectacle aux lycéens en point d’orgue à une étude de l’œuvre.

Arthur Rimbaud (Laurent Malet).

Rimbaud, dernière escale,
texte de Michel Rachline
à partir de la correspondance familiale,
mise en scène Nada Strancar,
avec Laurent Malet, Madeleine Marion, Ophélie Orrechia,
jusqu’au 21 mars,
à Paris, Maison de la poésie,
157, rue Saint-Martin
tél. : 01.44.54.53.00.
Tarif : 120F, réduit : 80F.


Sens de la farce

Anne Marbeau et Yann Bondy dans une scène du “Mariage forcé”.

Le metteur en scène Christophe Thiry a habilement cousu ensemble trois farces de Molière pour faire un spectacle de variations sur l'amour. Le Mariage forcé, La Jalousie du Barbouillé et Le Sicilien ou l'Amour Peintre dénoncent sur trois modes différents les abus de pouvoir de l'homme en matière de mariage et composent un véritable éloge de l'amour, entre bouffonnerie et poésie. Thiry a le sens de la farce, de ses rythmes et de ses ruptures, des changements de ton et du comique de situation. Les comédiens semblent rompus au spectacle de tréteaux, à la “commedia dell' arte” et à ses jeux de scène parfois étourdissants. Ils retrouvent dans leur jeu très physique la tradition du spectacle de rue qui devait savoir s'imposer. Tout cela est très joyeux et l'on se laisse prendre aux pitreries du talentueux Pierre Marzin qui mène la danse avec l'entrain d'Arlequin.

Les Trois Molière,
le 26 mars à Limoges au Théâtre de l'Union tél : 05.55.79.90.00
le 9 avril au centre culturel Juliette-Drouet à Fougères tél. : 02.99.94.41.39.

 


Une fable celtique
Prenez un écrivain dramatique, Laurent Rogero, fortement attiré par la mythologie celtique, doué d'une écriture débordante d'aphorismes (un peu trop), et de jeux sur les mots, surtout un talentueux créateur d'images. Donnez-lui une princesse, un chevalier, une sorcière, son crapaud baveux, son hiboux cracheux et son chaudron ajoutez-y un méchant mercenaire et complétez, pour faire bon poids, avec un dragon plus dragon que nature, un arbre qui parle et une tortue sans carapace qui a élu domicile dans le bouclier du chevalier sans oublier l'inoubliable elfe qui volette de ses petites ailes jaunes de par le vaste monde cruel. Voilà pour les personnages. Joignez des marionnettes qui s'animent pour prolonger de manière troublante les gestes des comédiens, et bien sûr des manipulateurs de l'ombre sans lesquels toute cette magie n'existerait pas. Vous connaissez maintenant tous les ingrédients qui, sous la baguette du metteur en scène, ont contribué à la création d'un très beau spectacle dont la beauté et l'imagination feront pardonner un bavardage impénitent qui fait parfois perdre le fil de l'histoire. A partir de 7 ans.

 

Le chevalier et l'elfe à la recherche de la princesse.

La Princesse et l'Homme-sans-cœur, texte et mise en scène de Laurent Rogero
le 13 avril à Pauillac, centre culturel municipal tél. : 05.56.59.07.56
le 4 mai à Talences, à l'office culturel et éducatif tél. : 05.56.84.78.82
le 18 mai à Bayonne, SC.nAT. tél. : 05.59.55.65.05
les 4-5 juin à Toulouse, théâtre de la Cité tél. : 05.61.52.95.50.


Pouce !
Jean Signé a eu la bonne idée d'adapter pour le théâtre la charmante histoire de Tistou et les pouces verts, imaginée par Maurice Druon ! Inadapté pour une vie à grise mine, Tistou découvre qu’il a l’art d’embellir la vie des autres et de faire d’un monde de misère un rêve de bonheur semé de fleurs multicolores. La mise en scène joue subtilement la carte symboliste, entre conte et théâtralisation. Sur le plateau nu, un arbre stylisé porte sur ses branches le chapeau de chaque personnage, et l’imagination du spectacteur fait le reste. C’est léger et grave, fin et drôle, servi avec grâce et poésie par deux comédiens qui assurent tous les rôles, personnages et conteurs. Le spectacle est rythmé par des chansons. Les enfants chantent la chanson de Tistou avec les comédiens et retiendront sûrement la vilaine politique des marchands de canon qui font fortune sur le dos des belligérants.

Les parents de Tistou (Brigitte Joinnault et Alain Serve).

Tistou, d’après Tistou et les pouces verts de Maurice Druon, adaptation et mise en scène de Jean Signé, le 1er avril à Vic-en-Bigorre (Salle multimédia), le 2 avril à Tarbes (théâtre des Nouveautés), le 3 avril à Tosta (salle des Fêtes), tél.  : 05.62.44.50.50.


Le gant retourné

Alceste (Hubert Jappelle) en conversation avec Philinte.

Le Misanthrope, adaptation et mise en scène de Dominique Houdard, figures, décor et costumes de Jean-Pierre Conin, avec Hubert Jappelle, Jeanne Heuclin et les marionnettistes Catherine Larue, Philippe Payraud, Phiippe Drouot, Mohand Saci,
le 8 mai à Aubergenville (Compagnie La Nacelle), tél. : 01.30.95.37.76.

Dominique Houdard a pris le contre-pied des mises en scène traditionnelles du Misanthrope en s’intéressant uniquement au point de vue d’Alceste. En retenant les seules scènes où le personnage est présent, le metteur en scène a “retourné le gant” pour nous faire pénétrer de plein pied dans la névrose idéaliste du héros que la psychanalyse aurait catalogué de maniaque obsessionnel. La belle Célimène, objet conflictuel de son amour, est le seul autre personnage interprété par une comédienne, Jeanne Heuclin. Elle prête cependant sa voix aux autres personnages représentés par d’incroyables marionnettes, bestiaire fantasmagorique tout droit sorti de l’esprit malade d’Alceste. Le théâtre noir contribue à déstabiliser le spectateur, prisonnier de la bulle mentale où le misanthrope se débat. Visions fortes et troublantes traversées d’humour, qui évoquent la peinture de Jérôme Bosch. Ce spectacle, qui a demandé dix années de réflexion, conjugue une recherche scénographique et un travail sur le texte très personnels qui ne manqueront pas d’ouvrir sur des perspectives inattendues.