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Tendresse et férocité
de Daumier
Une
grande rétrospective, la première depuis sa mort
il y a plus dun siècle, est consacrée à
un artiste très connu à létranger et
pourtant bien méconnu en France. Daumier ne fut pas seulement
un lithographe de génie, un dessinateur virtuose, mais
aussi et avant tout un peintre. |
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Il
est rare de voir rire le public au Grand Palais. Cest ce
plaisir quoffre lexposition consacrée à
Daumier qui se tient là jusquen janvier. Dès
les premières salles, le ton est donné : sont
exposés les portraits charges que lartiste modela
dans la glaise pour dessiner ses caricatures. Ces féroces
effigies immortalisent les ténors du Juste milieu
sous Louis-Philippe. Lenseignant aurait tout intérêt
à y conduire sa classe plutôt que dattendre
leur retour au musée dOrsay. La série, parfaitement
éclairée, occupe deux vitrines en arc de cercle
qui la mettent en valeur et, surtout, qui permettent de la contempler
à loisir sans bousculade, même pour un groupe important.
Il lui faudra aussi résister à la tentation de prêter
des identités contemporaines à ces figurines où
se lisent la sottise, lautosatisfaction et la méchanceté.
Daumier se sentait proche des offensés et des humiliés,
il haïssait toute forme doppression et mit tout son
talent à fustiger la suffisance, létroitesse
desprit et la cruauté des élites : Les
Fugitifs, Rue
Transnonain témoignent de son indignation. Dans
la même veine, les lithographies consacrées au monde
judiciaire fustigent la dureté dun monde sans tendresse
envers les victimes. Ces uvres sont bien connues, mais ce
qui lest moins, ce sont les merveilleuses aquarelles qui
leur ont servi de carton. Les gris, les bleus, le dessin nerveux
sont dune subtile austérité.
En avance sur son temps
Le regard aigu, parfois féroce, que le lithographe, le
dessinateur, porte sur le monde nexclut cependant ni la
tendresse ni la complicité. Dans la série des Saltimbanques,
il a paré ces pauvres diables dune dignité
résignée qui contraste avec la férocité
dont il use envers le bourgeois. On retrouve la même tendresse
envers les amateurs destampes quil a représentés,
soit seuls fouillant un carton à dessin, soit en groupe
analysant une feuille, en une amicale controverse.
Lexposition révélera surtout aux Français
qui lignorent souvent que Daumier fut un grand peintre.
Cest la première fois, depuis sa mort, quautant
de ses tableaux sont réunis. LEcce homo,
qui se trouve en Allemagne, est la plus grande toile quil
ait peinte, une des plus ambitieuses aussi : le Christ, simple
silhouette qui se détache sur le fond clair, domine la
foule gesticulante. La toile étonnamment moderne par le
traitement de la foule annonce Rouault. Lexposition se termine
sur lensemble des tableaux consacrés à Don
Quichotte. Le thème le hanta toute sa vie, lui qui
se sentait proche du prosaïsme de Sancho Pança et,
en même temps, tenté par lidéalisme
utopique du chevalier à la triste figure.
Daumier peinait à peindre et nachevait pas toujours
ses tableaux. Cela leur donne un ton, une facture en avance sur
son temps. Rouault vient dêtre cité, on peut
aussi penser au jeune Picasso avec Le Fardeau. La
pauvreté et la prison furent le salaire de cet étrange
personnage qui refusa toute sa vie les compromissions mais qui
eut la joie dêtre apprécié des meilleurs
esprits de son temps.
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Daumier (1808-1879),
jusquau 3 janvier 2000, aux Galeries nationales
du Grand Palais, 75008 Paris,
tél. : 01.44.13.17.17,
3611 Galeries nationales, www.expo-daumier.rmn.fr
(présentation commentée duvres,
vie de lartiste, informations complémentaires).
Visites guidées : réservation obligatoire,
informations au 01.44.13.17.37, fax : 01.44.13.17.60.
Animation : programmes de films, colloque Daumier
dans son siècle, les 8 et 9 décembre.
Publications
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G. C.
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Daumier précurseur des Guignols de linfo
Effigie modelée de Jean-Auguste Chevandier de Valdrome,
député et pair de France, terre crue coloriée,
1833, Paris, musée dOrsay.

Daumier
lhistorien
Rue Transnonain, le 15
avril 1834, lithographie, 1834, Association des amis dHonoré
Daumier.

Daumier fustige la dureté
du monde judiciaire.
Un avocat et sa cliente, crayon et aquarelle sur papier,
1862, Stuttgart, Staatsgalerie. |
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La mort
nen saura rien |
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Franziska et Margaret Kuen, Sainte
Coelestina, Suisse, Neu-ST. Johann-im-Thurtal, avant
1773, os, tissu, perles, fils dargent, verre coloré,
bois peint et doré. |
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Sait-on
que les nonnes allemandes au XVIIe siècle gainaient
de gaze les crânes et les squelettes de saints,
quelles les habillaient de velours brodé,
les chaussaient de pantoufles et les ornaient de fleurs
de papier, de verroteries, de perles, de dentelles ? Le
musée des Art dAfrique et dOcéanie
a eu lheureuse idée de comparer ces créations
surréalistes aux crânes surmodelés
et décorés, aux squelettes reconstitués
que les peuples de lOcéanie vénéraient
et dont ils sentouraient.
Dépassant la simple curiosité pour des murs
qui paraissent aussi étranges, la visite de cette
belle exposition, par les lycéens et même
par les plus jeunes, devrait servir de base à une
réflexion personnelle et à un travail collectif
sur quelques questions essentielles : la place de
la mort et du deuil dans la société contemporaine,
par exemple. La réponse des sauvages
dont on montre ici les pratiques ne vaut-elle pas mieux
que le silence qui entoure le deuil aujourdhui ?
Peut-on appeler primitifs des peuples dont
les liturgies suivent un chemin étonnamment parallèle
à celui des catholiques de lépoque
baroque ? Ne sagit-il pas dans un cas comme
dans lautre de sattirer les bonnes grâces
de lau-delà ?
Enfin, que dire du sacré ? Peut-on enfermer
dans des musées ce que des hommes ont vénéré ?
Et ne remplace-t-on pas une sacralisation par une autre ?
Lobjet de culte devenant objet culturel.
La mort nen dira rien
Priez les dévots mornes
Nous dansons sur les tombes
La mort nen saura rien (Apollinaire)
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La mort
nen saura rien, reliques dEurope
et dOcéanie, au musée national
des Arts dAfrique et dOcéanie,
293, avenue Daumesnil, 75012 Paris, tél. :
01.44.74.84.80, 01.43.46.51.61 (répondeur).
Publications
Catalogue, éd. RMN/Seuil, 264 p., 90
ill. coul., 290F.
Petit journal en noir et blanc, 15F.
Visites-conférences,
visites-découvertes et ateliers, sur
demande écrite auprès du service réservations,
tél. : 01.44.74.85.01, fax : 01.43.43.27.53. |
Gilles Coÿne
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TDC Magazine n° 782 - du 20 octobre au 3 novembre
1999
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