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L'atelier de construction de décors On y scie, on y soude, on y découpe, on y peint, on y assemble... Tout cela ressemble diablement à un atelier industriel avec ses machines bruyantes, ses jets d'étincelles, le calendrier avec la « pin up » du mois, les odeurs de bois, de fer, de diluants... Des différences tout de même : pas de produit standard, une logique décalée par rapport à la fabrication industrielle. Ici, en effet, on fait parfois des têtes de poupées, des quartiers de viande en résine (d'après nature). On ne fait pas de produits finis mais des quelque chose qui font « vrai » et pour faire vrai, on emploie des techniques particulières : on salit, on donne l'illusion du marbre ou du béton en travaillant la matière (peinture ou autre), on fabrique l'illusion de l'apparition d'un personnage à travers un mur, etc. On détourne l'usage habituel de certains matériaux. Cette apparente fantaisie cache une bonne dose de rigueur : il faut passer d'une maquette, d'un plan ou d'un simple croquis à la réalisation concrète en respectant des cotes et les impératifs de la représentation et des tournées. Il faut fabriquer léger, démontable, maniable si possible et à des coûts acceptables, mais aussi respecter les impératifs de sécurité. C'est que les idées artistiques les plus folles ne peuvent devenir réalité au détriment de la sécurité des spectateurs, des acteurs et des techniciens. Le respect des normes est ici un souci constant. On est attentif aux progrès techniques : l'aluminium commence à remplacer le fer dans la fabrication de décors, on emploie parfois des engins de levage très élaborés, l'électronique joue un rôle de plus en plus grand dans l'éclairage ou la machinerie. Cependant, les bonnes vieilles techniques gardent encore leur utilité sur bien des spectacles, de sorte que la gamme s'élargit... L’atelier de fabrication est peut-être l'endroit du théâtre où les aspects, économiques de l'activité artistique sont les plus visibles : le visiteur imagine les achats nécessaires, réalise que les décors sont détruits par manque de lieu de stockage, qu'on ne récupère que peu. On s'aperçoit que les personnes qui travaillent ici n'ont pas le même statut : certaines ont un emploi fixe, d'autres sont des « intermittents du spectacle » embauchés pour des périodes limitées. Les formations d'origine sont diverses, les techniciens ne sont pas spécialisés dans un domaine particulier. Bernard Voisin P. 107, Devenir spectateur, Limoges, CRDP du Limousin, 2000, 130 pages. |
© CNDP - Les écrans du théâtre / Bérénice
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