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Le monde antique et ses représentations
Suggestions pédagogiques
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Disciplines : français, langues anciennes, histoire, arts plastiques.
Niveaux : collège (troisième) ; lycée (seconde et première, notamment dans les options théâtre, cinéma et audiovisuel).
L'image du monde
De façon récurrente, les interventions des élèves, au cours des rencontres avec Carole Bouquet, ont porté sur la question de la représentation qu'ils ont du monde et, plus particulièrement, de l'Antiquité.
Pour résumer, la comédienne est trop âgée pour jouer le rôle de Bérénice (quand on aime, on a toujours 20 ans !) ; quant au décor, il ne correspond pas à l'image que les adolescents se font de l'Antiquité, comme l'expriment les lycéens de Sartrouville ou d'Aulnay-sous-Bois (Rencontres), il frôle même le sacrilège comme le pensent les élèves de Saint-Lô (Tribune).
Ces réactions sont en fait un excellent angle d'attaque pour aborder l'étude de Bérénice. Lorsque des élèves (surtout les filles) refusent l'image d'une Bérénice trop vieille, c'est qu'elles se projettent dans le personnage et s'identifient à lui, comme le décrit Marianne Chouchan dans son compte rendu (Tribune). Quand des adolescents rejettent le décor ou critiquent l'utilisation du buste de Gérard Depardieu pour représenter l'empereur Titus, c'est que, quel que soit leur niveau scolaire, ils ont intériorisé une image de l'Antiquité et qu'ils ont regardé le film avec une extrême attention.
Il reste à s'emparer de cette résistance aux choix opérés pour reconstruire la représentation du monde antique et formuler des choix esthétiques fondés.
Entrer dans le décor
- Un questionnement « orienté », après visionnement du film, permet à la classe d'énoncer ses représentations du personnage de Bérénice et du décor : quel âge ont Bérénice, Titus, Antiochus ? Le choix des comédiens est-il correct ? Le décor est-il très présent ? Est-il « antique » ? etc. Une approche un peu plus fouillée peut donner les clés des représentations : comment l'image de l'Antiquité s'est construite dans les esprits (documents des sites, films, visites de musées, sortie au théâtre, etc.) ?
- Une vision sélective du film et/ou du making of (À propos de Bérénice), axée sur le décor, affine l'image du palais de Titus : nombre de pièces, estimation des dimensions, présence ou non d'ouvertures sur l'extérieur, choix des couleurs, fresques (ce qu'elles représentent), ameublement, statues, éléments naturels (eau, plantes). En fait, s'agit-il d'une maison (villa) ou d'un palais ? On peut demander aux élèves de dessiner le palais de Titus tel qu'ils l'imaginent à partir du film.
Vérité historique et choix de mise en scène
- Les « points de repère » qui suivent fournissent des éléments textuels, sonores et visuels permettant aux élèves de reconstituer l'origine du décor et de connaître l'âge réel de Bérénice. Selon le niveau des élèves et leur degré d'autonomie, on peut choisir une recherche libre sur les pages Bérénice des « Écrans du théâtre » ou proposer directement les adresses utiles. De manière à structurer la recherche, on dirigera d'abord les élèves vers la question de l'authenticité du décor, illustrée notamment par l'interview de Richard Cunin, chef décorateur du film, et les rencontres avec Carole Bouquet qui revient à deux reprises sur le décor et sa genèse. Les élèves ont ainsi à leur disposition une double série d'éléments : le récit des choix effectués pour le décor du film et l'argumentation de Richard Cunin mettant en valeur l'authenticité de la représentation de l'Antiquité. Cette authenticité peut être vérifiée par la consultation des photos de la villa des Mystères reprises du livre de Jackson (cf « Points de repère » ci-après). De la même manière, Carole Bouquet revient à plusieurs reprises, et de façon très explicite, sur l'âge réel de Bérénice lors de sa venue à Rome (on peut aussi penser à l'âge d'Hélène de Troie).
- Au-delà de la question de l'authenticité, Richard Cunin insiste sur la cohérence des choix effectués (pourquoi une villa de Pompéi et non un palais romain ? Pourquoi le buste de Gérard Depardieu et non celui de Titus ?) alors que Carole Bouquet revient davantage sur son goût pour le dépouillement. On entre ici dans un débat à mener avec les élèves sur la relation entre le décor et le texte, entre l'âge du personnage et celui de l'acteur, débat qui conduit essentiellement à insister sur l'intelligence des choix effectués ou à effectuer, sur le rôle du décor face au texte et sur la relation entre le réel et la fiction (la fiction comme réalité). L'ensemble des éléments disponibles offre matière à réviser une vision préalable de l'Antiquité et à construire une argumentation pour justifier ses propres goûts en matière de décor en distinguant ce qui relève du théâtre ou du cinéma, ce qui aide le texte et ce qui lui fait obstacle. On peut, d'ailleurs, à ce propos, revenir sur le choix du réalisateur de casser le vers racinien par le montage (extraits sonores « L'adaptation pour la télévision »). Pourquoi ne pas demander aux élèves d'imaginer leur propre décor pour un film ou une représentation théâtrale ou de proposer pour Bérénice une actrice idéale ?
- Pour illustrer l'actualité de la question de fond, on peut enfin demander aux élèves d'argumenter sur la restauration des œuvres d'art et des sites historiques : faut-il laisser le temps faire son œuvre avec la patine des tableaux ou des fresques ou l'effondrement progressif des monuments ? Faut-il préserver l'état actuel ? Faut-il revenir à l'état initial ? L'argumentation peut ici s'appuyer sur les divers éléments fournis par l'équipe du film et sur des exemples récents (musée des Offices à Florence, reconstitution de Lascaux...).
Points de repère
Liens :
Bérénice et son décor :
– extraits vidéo de l'émission « Galilée »
– extrait sonore de la rencontre à Sartrouville (5e extrait)
L'âge de Bérénice :
– extrait sonore de la rencontre à Clichy (3e extrait)
– extrait sonore de la rencontre à Sartrouville (3e extrait)
À lire :
– James Simon, Les Romains, Paris : Gründ, coll. « Entrez chez », 1992, ISBN 2-7000-5051-7.
– Martin Jacques, Rome 1, série « Les voyages d'Alix », n° 2, Dargaud, ISBN 2205044184.
– Martin Jacques / Chaillet Gilles, Rome, tome 2, série « Les voyages d'Alix », n° 10, Dargaud, ISBN 2205049437 ;
– Morley Jacqueline, Une villa romaine, Hachette/Deux Coqs d'Or, coll. « Au cœur de l'Histoire », 1993.
– Ramage Nancy H. et Andrew, L'Art romain, Cologne : Koneman, 1999.
– Rice Melanie et Christopher, Pompéi, vie et destruction d'une cité romaine, Paris : Gallimard Jeunesse, coll. « Les yeux de l'Histoire », n° 3, 1999, ISBN 2070524973.
À consulter :
– La villa des Mystères à Pompéi avec des photos accessibles en ligne http://jcccnet.johnco.cc.ks.us/
– Rome en maquette et en 3D www.unicaen.fr/
À voir :
Bérénice et son décor, coll. « Galilée », série D'images et de sons, n° 3, cassette VHS, CNDP/La Cinquième, 1999, réf. 002 K 2052.
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