L'autobiographie
L'écriture autobiographique a particulièrement marqué le XXe siècle : les romans autobiographiques, les mémoires, les témoignages, les journaux et même les blogs forment autant de sous-genres à appréhender ici à travers un rappel théorique et des activités pour la classe. Ce dossier de la collection « Thém@doc » a été élaboré en coédition avec l'association WebLettres, à partir des cours et séquences mutualisés sur son site par les professeurs de français.

Sommaire
 
PRÉSENTATION
 
REPÈRES
Définition
Histoire
Renouvellement au XXe s
Blog et journal
 
EN PRATIQUE
Différentes formes de récits de vie
Les textes
Confrontations
Identifier le genre
Blog different
Séance 1. Navigation
Séance 2. Correction
Travail d'écriture
Peurs enfantines
Les textes
Les causes
Les manifestations
Le rôle des adultes
Le narrateur et l'énonciation
Les procédés d'écritures
Travail d'écriture
Dans les dictionnaires en ligne
Fiche de navigation
Correction de la fiche de navigation
 
POINT DOC
Le livre
Bibliographie
Sur le Web
Médiagraphie
 
À propos
 
PRÉSENTATION
Portrait de Rousseau par Reynald Drouhin, inspiré du portrait de Rousseau par Maurice Quentin de La Tour.
© CNDP - WebLettres.
La présence au programme de première de l’objet d’étude « Le biographique », bientôt restreint à la seule autobiographie et à la série L, ainsi que de « l’écriture de soi » en troisième est le signe que celle-ci est devenue incontournable dans l’étude de la littérature et que l’intérêt qui lui est porté est récent. En effet, si plus de deux cents ans nous séparent des Confessions, ce n’est qu’en 1975 que l’écriture de soi reçoit ses premières armes théoriques avec Le Pacte autobiographique de Philippe Lejeune. C’est que le XXe siècle a vu fleurir de nombreux et importants ouvrages autobiographiques, poussés tantôt par la recherche de soi sous l’influence de la psychanalyse et tantôt par la nécessité de témoigner d’une expérience vécue, particulièrement lors de la Seconde Guerre mondiale.


Un dossier en ligne et un livre
L'Autobiographie ou l'écriture de soi, collection « WebLettres in Folio », coédition WebLettres-CNDP, mai 2006.
Ce dossier est issu d’un ouvrage plus complet, comportant notamment plusieurs séquences didactiques pour les classes de troisième et de première. Réalisé en coédition par le CNDP et l’association WebLettres, L’Autobiographie ou l’écriture de soi est essentiellement composé d’une sélection des meilleurs cours et séquences déposés par les enseignants sur le site de WebLettres. Ce mode de production original, les séquences éprouvées sur le terrain, l'intérêt pour les nouvelles technologies, la diversité des auteurs, des approches et des sensibilités donnent à cet ouvrage et à la collection « WebLettres in Folio » son caractère à la fois innovant et proche des préoccupations des enseignants.

Notice cyberlibrairie
 
De la théorie à la pratique
Devant la très grande diversité des textes autobiographiques, la rubrique « Repères » de ce dossier tente de définir le genre d’un point de vue à la fois formel et historique. Les mémoires, le roman autobiographique, le journal, le témoignage, l’autoportrait et l’essai, les écrits autobiographiques poétiques ou dramatiques recouvrent des réalités différentes du point de vue du contenu, du mode de narration comme de l’objectif poursuivi par leurs auteurs. Les blogs ne sont pas oubliés : parents du journal mais moins intimes que personnels du fait de la présence des lecteurs, ils sont analysés ici dans une perspective littéraire qui tient compte de la nouveauté introduite par l’interactivité et la publication en ligne.
La rubrique « En pratique » présente des activités pédagogiques pour travailler sur l’écriture de soi en troisième et en première. Pour commencer, la séance « S’initier aux formes de récits de vie » vise à montrer que le je ne fait pas l’autobiographie et, plus généralement, que l’énonciation peut varier d’un récit autobiographique à l’autre et que les critères du genre sont donc à chercher ailleurs… L’activité « Blog different ou "Le Pacte du diariste" » amène à découvrir un blog comme l’exemple d’un nouveau genre littéraire autobiographique à part entière, qui se démarque du journal son cousin. Dans « Peurs enfantines », les élèves de troisième découvrent différentes voies pour évoquer par écrit des sentiments et émotions qui ne doivent pas leur être si étrangers. Enfin, « L’autobiographie dans les dictionnaires en ligne » est une tentative d’approche du texte autobiographique quelque peu décalée, dont l’entrée se fait par le vocabulaire et par son histoire.
REPÈRES
Définition
Les contraintes du genre
Étymologiquement, l’autobiographie est le récit que l’on fait soi-même de sa propre vie.
Philippe Lejeune.
© Ph. Lejeune.
Philippe Lejeune en propose une définition plus restrictive dans Le Pacte autobiographique : «… récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité1 ».

Cette première définition a été appelée à évoluer avec le recul et avec l’émergence de nouvelles œuvres pour lesquelles elle constituait un carcan trop étriqué.
Il s'en dégage quatre contraintes, qui demandent à être nuancées :
– une contrainte formelle : il s’agit d’un récit en prose ;
– une contrainte thématique : le sujet a trait à la vie individuelle, à l’histoire d’une personnalité ;
– une contrainte énonciative : il y a identité entre l’auteur (dont le nom renvoie à une personne réelle) et le narrateur d’une part, entre le narrateur et le personnage principal d’autre part ;
– une contrainte liée à la perspective du récit : celui-ci est rétrospectif.

Les contraintes énonciatives d’identité de l’auteur et du narrateur d’une part et d’identité du narrateur et du personnage d’autre part sont essentielles ; pour Philippe Lejeune, elles doivent être conçues séparément pour écarter les cas ambigus, en particulier dans les récits à la troisième personne où le narrateur et le personnage ne font qu’un. En effet, on pourrait être tenté de conclure un peu rapidement que la troisième personne est celle du biographique et la première celle de l’autobiographique. Mais dans une écriture à la troisième personne, la distance n’est pas vraiment plus grande que celle opérée dans l’écriture autobiographique conventionnelle qui sépare le passé du présent. Starobinski parle alors de « coefficient d’altérité ». Les trois personnes sont donc susceptibles d’être utilisées.
La contrainte liée à la perspective du récit suppose que l’autobiographie fait preuve d’un effort de synthèse du moi et de l’histoire de sa personnalité. L’auteur « reconstruit » sa vie en lui donnant un certain sens, dans la double acception du mot : signification et direction. L’enfance doit donc occuper une place significative dans la mesure où elle contribue à orienter la vie d’un individu. Cependant, malgré cette condition, Philippe Lejeune distingue autobiographie et souvenirs d’enfance, ces derniers ne portant que sur une partie de la vie.
Il faut ajouter que, trente ans après la publication du Pacte autobiographique, Philippe Lejeune a nuancé sa première définition en justifiant la nécessité désormais révolue d’un certain dogmatisme : « Quand j’ai commencé à travailler sur l’autobiographie, vers 1969, j’ai dû définir, opposer, classer. Ses frontières sont si poreuses ! Il y a tant de degrés intermédiaires entre elle et la biographie, entre elle et la fiction, et si peu d’autobiographies "pures" !2 » Il est revenu en particulier sur la prose comme contrainte : « Dans Le Pacte autobiographique, j’ai dit – hérésie ! – que l’autobiographie était "en prose", ce qu’elle est en fait dans 99 % des cas, mais non certes de droit3. »
Un pacte fondateur
Une œuvre est effectivement une autobiographie quand il y a identification, ensemble ou séparément, des trois instances : l’auteur, le narrateur et le personnage. Le fait que l’auteur ait inséré des informations biographiques véridiques ne suffit pas : il faut qu’un accord soit passé entre l’auteur et son lecteur. Le premier s’engage à ne dire que la vérité, à être honnête en ce qui concerne sa vie. En contrepartie, le second peut décider de lui accorder sa confiance. Cet engagement dans lequel l’auteur affirme l’identité entre le narrateur, le personnage et lui-même constitue ce que Philippe Lejeune a appelé le pacte autobiographique, c’est-à-dire « l’affirmation dans le texte de cette identité, renvoyant en dernier ressort au nom de l’auteur sur la couverture.4 »
Cette identité des trois instances peut s’établir de deux façons : par l’emploi d’un titre sans ambiguïté comme « autobiographie » ou « histoire de ma vie » ou par un engagement de l’auteur auprès du lecteur, au début du texte. C’est le cas des Confessions de Rousseau, sur lesquelles on reviendra plus loin. Ensuite, cette identité peut se trouver instituée de manière patente : l’auteur donne son nom au narrateur personnage, sans que cette dénomination soit nécessairement fréquente dans l’œuvre. Pour qu’il y ait pacte, il est donc indispensable qu’il y ait au moins l’une de ces deux manières d’identifier auteur, narrateur et personnage.
La question du genre d’une œuvre peut se poser quand il n’y a pas de pacte explicite et qu’il y a une indétermination du nom du personnage : celui-ci n’est pas donné, on ne sait donc pas s’il est différent de celui de l’auteur, comme dans La Place, d’Annie Ernaux. L’œuvre alors appartient soit au genre autobiographique, soit au genre romanesque.
L’autobiographie, comme la biographie, est un texte référentiel. Son but n’est pas « l’effet de réel » comme dans le roman, mais le vrai. Elle donne des informations qui peuvent se soumettre à l’épreuve d’une vérification. Ce « pacte référentiel », pour reprendre les termes de Lejeune, est en général inclus dans le pacte autobiographique. Il est rare que l’auteur jure solennellement de ne dire que la vérité. Néanmoins, il s’engage souvent à donner la vérité telle qu’elle lui apparaît, telle qu’il la connaît. Il peut également mentionner les problèmes de mémoire auxquels il a été confronté. Cette restriction de la vérité, en quelque sorte, la mise en avant de la faillibilité de l’auteur peuvent jouer comme une preuve d’honnêteté et contribuer à l’établissement de la confiance du lecteur.


Histoire
Une œuvre mère : Les Confessions de Rousseau
Portrait de Rousseau par Maurice Quentin de La Tour.
© Musée Quentin-de-La-Tour, Saint-Quentin.
On reviendra, à propos de l’histoire de l’autobiographie, sur la place que tiennent Les Confessions de Rousseau dans l’évolution de ce genre. Néanmoins, il n’est pas inutile de rappeler ici le pacte autobiographique que Rousseau établit dans le prologue et l’incipit de son œuvre. Il y met d’abord en avant la fidélité avec laquelle il a fait son propre portrait : « Voici le seul portrait d’homme, peint exactement d’après nature et dans toute sa vérité » (prologue), « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature » (incipit). Il réaffirme cette assurance de vérité un peu plus loin : « Je dirai hautement : "Voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon" » (incipit). Il justifie également quelques éventuels aménagements à la vérité par les aléas de la mémoire, qu’il aurait tenté de pallier par le style : « ... s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux » (incipit). Cette assurance de sincérité est renforcée encore par la prise à témoin de Dieu : « Que la trompette du Jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. […] j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même » (incipit). Par l’engagement de sincérité et l’aveu de ses limites humaines, par la mise en scène quasi judiciaire avec Dieu pour juge, Rousseau fonde ainsi ce qui sera un modèle de pacte autobiographique.


Ces critères assez stricts, comme Lejeune l’affirme lui-même, peuvent donc sembler extrêmement théoriques par rapport à la variété des œuvres traditionnellement considérées comme autobiographiques ; loin d’être strictement respectés, ils apparaissent comme variables, jamais comme absolus. Il faut alors examiner les textes autobiographiques en fonction de la tension qui existe entre ces différents critères. Quand l’un d’eux n’est plus respecté, un autre genre autobiographique apparaît. Cette nouvelle forme est également à interroger en fonction de l’objectif de l’auteur.
Les ancêtres de l’autobiographie
Le terme « autobiographie », issu de l’anglais autobiography (attesté en 1809), date du XIXe siècle. À partir de cette constatation, on peut se demander s’il s’agit d’un genre identifié de façon stable depuis plusieurs siècles ou s’il s’agit d’une écriture tardive. Situer historiquement l’autobiographie, c’est tenter de se défaire de deux illusions. La première est l’illusion d’éternité : l’autobiographie consiste à parler de soi, donc le genre aurait toujours existé. Or la définition d’un genre s’appuie sur un certain nombre de notions et de modèles qu’il faut prendre en compte au risque de tomber dans l’anachronisme. Ainsi, la notion d’auteur a un contenu différent selon les époques. La seconde illusion est inverse : c’est celle d’un surgissement soudain. Il est vrai que l’on fait généralement coïncider la naissance de l’autobiographie avec la publication des Confessions de Rousseau. Néanmoins, un certain nombre d’influences et d’écrits antérieurs préparent l’apparition de l’autobiographie au sens strict.
On essayera donc à la fois de situer historiquement le genre par rapport à d’autres genres biographiques, de déterminer les conditions de son émergence en tant que genre et de donner quelques exemples de son renouvellement.

C’est au début du christianisme que l’on trouve les premiers récits de vie. On pense en premier lieu aux Confessions de saint Augustin, rédigées entre 397 et 401, dans lesquelles est retracé son chemin spirituel, du doute à la conversion. Ce modèle, très largement publié, va inspirer de nombreux autres pénitents comme sainte Thérèse d’Avila et son Livre de ma vie au XVIe siècle.
Avec l’humanisme, le moi se retrouve davantage au centre de certains ouvrages. Cependant, des œuvres comme les Essais de Montaigne sont plus proches de l’autoportrait que de l’autobiographie.
Au XVIIe siècle, à l’intersection entre le roman, le récit historique et ce qui sera l’autobiographie, on trouve les mémoires, genre noble, dont les auteurs sont ceux qui ont pris part aux événements relatés ou qui en ont été spectateurs. Ce sont généralement des écrits d’aristocrates qui font preuve d'une grande liberté de ton. Les Mémoires du Cardinal de Retz, récemment au programme de l’agrégation, en sont un bon exemple. Le genre des mémoires évolue en fonction de plusieurs critères. Tout d’abord, parce qu’ils les destinent à leurs descendants, les auteurs de mémoires vont de plus en plus écrire avec une visée apologétique, au détriment de la rigueur historique. De plus, l’aristocratie passe d’une fonction guerrière à une fonction mondaine : on ne rapporte donc plus des faits d’armes. Enfin, ceux qui écrivent des mémoires d’un point de vue janséniste vont employer un ton d’humilité et prêter attention à toutes les traces de la présence divine ; le quotidien gagne donc en importance. Ces changements vont donner une nouvelle orientation vers l’écriture d’un je intime : désormais, c’est l’intériorité du je plus que le je héroïque.
L’émergence du genre
Avec les Lumières, ce glissement vers le je individuel s’accompagne de l’apparition de la notion de personne. On découvre l’enfance et son incidence sur l’adulte que devient l’individu. On envisage celui-ci dans une continuité et non dans la rupture avec l’enfance, considérée comme le moment de toutes les perversions et de toutes les faiblesses, ainsi que le rappellent saint Augustin ou Descartes. Élisabeth Badinter situe ce changement dans le regard porté sur l’enfant durant la décennie 1760, l’Émile de Rousseau paraissant en 1762 et cristallisant les différents aspects de ces idées nouvelles1.
Le glissement du je historique au je individuel montre une seconde évolution : le moi n’est plus haïssable. Cela peut se constater dans Les Confessions de Rousseau publiées de façon posthume en 1782. En effet, la première phrase s’ouvre et se ferme sur cette affirmation d’individualité avec les pronoms je et moi :
 
« Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. »
 
Cette importance et cette nouvelle légitimité du je sont soulignées un demi-siècle plus tard par Stendhal :
 
Portrait de Stendhal (1783 - 1830). Peinture de Johan Olaf Sodermark, vers 1830. Huile sur toile.
© Erich Lessing/akg-images.

« Cette idée me sourit. Oui, mais cette effroyable quantité de Je et de Moi ! Il y a de quoi donner de l’humeur au lecteur le plus bénévole. Je et Moi, ce serait, au talent près, comme M. de Chateaubriand, ce roi des égotistes
De je mis avec moi tu fais la récidive…2 »
 
Les bouleversements historiques du XVIIIe siècle ont également tendance à effacer la frontière entre le moi public et le moi privé et au XIXe siècle, Chateaubriand fait des Mémoires d’outre-tombe une œuvre mixte entre autobiographie et mémoires.
À partir de cette période de changements se met donc en place une nouvelle manière de questionner sa vie. L’accent est porté sur la sensibilité et la formation de l’individu. Le mouvement romantique conforte cette nouvelle orientation, en particulier le romantisme allemand et le Bildungsroman à la première personne. Les auteurs des premières autobiographies sont aussi des romanciers et des lecteurs ; ils subissent donc directement cette influence.


Renouvellement au XXe s
Plusieurs facteurs contribuent au renouvellement du genre autobiographique au XXe siècle, en particulier à son renouvellement formel, notamment à partir d’une mise en cause de l’autobiographie traditionnelle qui peine à s’adapter aux nouvelles problématiques d’identité. La première cause de changement est la révélation par la psychanalyse du caractère illusoire de la connaissance de soi. La psychanalyse met en pleine lumière des aspects jusque-là rejetés comme la sexualité. Face à ces découvertes, l’exigence de sincérité de l’écriture autobiographique a-t-elle encore un sens ? Le respect de la chronologie est-il toujours nécessaire ? Gide soutient que non :
 
André Gide, 1948.
© Bianconero/akg-images.

« Sans doute un besoin de mon esprit m’amène, pour tracer plus purement chaque trait, à simplifier tout à l’excès ; on ne dessine pas sans choisir ; mais le plus gênant c’est de devoir présenter comme successifs des états de simultanéité confuse. Je suis un être de dialogue ; tout en moi combat et se contredit. Les mémoires ne sont jamais qu’à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité : tout est toujours plus compliqué qu’on ne le dit. Peut-être même approche-t-on de plus près la vérité dans le roman1. »
 
Cette dernière interrogation de Gide pourrait trouver un écho dans le terme « d’autofiction » inventé par Doubrovsky vingt-cinq ans plus tard. Le recours à la fiction pour se dire est donc envisagé. On peut également mentionner l’influence de la Seconde Guerre mondiale dans la remise en cause de l’autobiographie traditionnelle. Comment dire l'insoutenable comme la déportation ? Pour Jorge Semprun, il s'agit d’exploiter l’aspect littéraire de l’œuvre :
 
Jorge Semprun, 2002.
© Doris Poklekowski/akg-images.

« Pourtant, un doute me vient sur la possibilité de raconter. Non pas que l’expérience vécue soit indicible. Elle a été invivable, ce qui est tout autre chose, on le comprendra aisément. Autre chose qui ne concerne pas la forme d’un récit possible, mais sa substance. Non pas son articulation, mais sa densité. Ne parviendront à cette substance, à cette densité transparente que ceux qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique, un espace de création. Ou de recréation. Seul l’artifice d’un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage2. »
 
Enfin, le genre autobiographique peut également finir par entraîner une certaine méfiance, comme l'exprime Nathalie Sarraute dans les premières lignes d’ Enfance, en soulignant le caractère désormais convenu et stéréotypé d’une telle entreprise :
 
Nathalie Sarraute, 1999.
© Marion Kalter/akg-images.

« – Alors, tu vas vraiment faire ça ? "Évoquer tes souvenirs d’enfance"… Comme ces mots te gênent, tu ne les aimes pas. Mais reconnais que ce sont les seuls mots qui conviennent. Tu veux "évoquer tes souvenirs"… il n’y a pas à tortiller, c’est bien ça3. »
 
Pour pallier ces nouvelles difficultés, une recherche formelle du langage comme moyen de se dire et de s’inventer se développe. Michel Leiris justifie ainsi l’activité littéraire : « Mettre en lumière certaines choses pour soi en même temps qu’on les rend communicables à autrui [...] l’un des buts les plus hauts qui puissent être assignés à la forme pure, j’entends : la poésie, est de restituer au moyen des mots certains états intenses, concrètement éprouvés et devenus signifiants, d’être ainsi mis en mots4. »
Il faut donc trouver une forme et un langage pour se dire, et c’est ce à quoi il s’emploie dans La Règle du jeu. On en trouve de multiples exemples. Nathalie Sarraute, dans Enfance, choisit d’utiliser la forme dialogique, mimant une discussion entre elle et son double, sa conscience. Georges Perec, quant à lui, a besoin d’une forme pour se construire. Il choisit donc, pour W ou le Souvenir d’enfance, deux récits intercalés : un récit autobiographique constitué du peu de souvenirs qu’il a, souvent faux ou de seconde main, et le récit de la vie sur l’île W, semblable aux pays soumis au fascisme ou au nazisme, métaphore d’un univers concentrationnaire. C’est de l’entremêlement de ces deux récits que Georges Perec essaie de dégager sa vie.
Enfin, à partir du dernier tiers du XXe siècle, apparaissent de nombreuses œuvres manifestement autobiographiques mais qui restent indéterminées, ne posent aucun pacte ou déclarent appartenir à un genre fictionnel. On pense à Annie Ernaux5 qui reste dans l’indétermination énonciative. En effet, le récit est fait à la première personne et les événements racontés sont autobiographiques (l’obtention de son CAPES et la mort de son père dans La Place) ; mais à aucun moment elle n’identifie explicitement le pronom je à l’individu Annie Ernaux en se nommant. Charles Juliet, quant à lui, qualifie son œuvre Lambeaux de « récit6 » en même temps qu’il fait le choix de la deuxième personne du singulier, pour s’adresser à la fois à sa mère (qu’il n’a pas connue) et à lui-même.
Ce ne sont là que quelques exemples de ces expérimentations formelles qui conduisent à un renouvellement du genre autobiographique.

Blog et journal
Un parent du journal
On ne peut plus, aujourd’hui, faire un récapitulatif des genres autobiographiques sans évoquer les blogs, qui ont tant contribué à la démocratisation, voire à la généralisation, de l’écriture de soi. Leur nouveauté, leur importance et l’abondante littérature sur cette question nécessitent une mise au point liminaire : de quoi parle-t-on lorsqu’on évoque les blogs ? Il s’agit ici non pas de l’outil mais bien du texte qu’il contient et de ses particularités éditoriales, comme on parle d’un « livre » pour désigner un roman. Mais il faut encore restreindre cet ensemble à une certaine catégorie de blogs. En effet, cet outil se prêtant à de nombreuses formes de publications (témoignages, journalisme, blogs thématiques, commerciaux…), nous ne considérerons ici que ceux qui répondent au critère fondamental de l’écriture autobiographique, à savoir ceux dans lesquels l’auteur se prend lui-même comme sujet de l’écriture.

Il existe, bien sûr, de nombreux points communs entre le blog et le journal intime. En fait, tout ce qui a été dit ici sur le journal vaut pour le blog : l’écriture n’est pas rétrospective mais chronologique ; elle est fragmentaire et consiste en une suite d’entrées, « traces datées » plus communément appelées « billets ». L’ensemble de l’œuvre n’est pas orienté de manière à donner un sens global à l’existence de son auteur. On pourrait même ajouter que le blog, comme le journal, est voué à l’inachèvement.
L’absence de critères distinctifs entre les deux genres est caractéristique de l’émergence d’un genre nouveau et montre ainsi l’insuffisance de la définition du journal intime. S’il est évident que la distinction première tient au support, imprimé d’un côté, numérique et en ligne de l’autre, la différence fondamentale apparaît dans la notion de publication qui caractérise le blog et qui est totalement contradictoire avec celle d’intimité liée au journal.
« Ginger Bombyx, le théâtre de l’intimité », article des Dossiers de l’ingénierie éducative (CNDP), n° 45, décembre 2003, « Publier en ligne aujourd’hui », p. 68-70.

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La publication au jour le jour
Le fait qu’un blog soit destiné à la publication rend en effet caduque, voire suspecte, toute prétention à l’intimité. Ainsi donc, plutôt que de crier à l’exhibitionnisme, on découvre une blogosphère qui n’a rien à voir avec un immense champ ouvert au déballage impudique mais qui propose, au contraire, des textes faisant preuve d’une certaine retenue et mettant en avant un registre comique, une préoccupation esthétique ou stylistique manifestement adressée à un lecteur. S’il est vrai que les blogs sont, dans leur très grande majorité, le lieu d’une expression personnelle, on n’y trouvera que très exceptionnellement des confidences, des confessions et autres caractéristiques de l’intime. C’est que, contrairement au journal, le blog est fait pour être lu. Ainsi plutôt qu’un journal intime, on pourrait dire du blog qu’il est une chronique personnelle. Son succès dépend directement du nombre de ses lecteurs (que l’auteur connaît grâce aux statistiques fournies par son hébergeur, mais que tout un chacun peut deviner au nombre de commentaires laissés par les visiteurs). L’auteur d’un blog à succès publie donc des billets dont le contenu est susceptible d’intéresser d’autres personnes que lui, les blogs autobiographiques les plus lus, parmi ceux que nous considérons ici, étant naturellement ceux qui présentent un intérêt littéraire.
Le blog est non seulement public, mais il est en outre la première forme de récit autobiographique à être publiée au jour le jour, c’est-à-dire au fur et à mesure de son écriture. Cette publication en temps réel a une conséquence : elle suscite une attente chez le lecteur qui passe régulièrement, sinon quotidiennement, voir s’il y a du nouveau sur son blog favori. Pour rester vivant, c’est-à-dire animé et visité, le blog doit donc suivre un rythme de publication régulier qui le distingue là encore du journal, lequel peut être interrompu puis repris sans briser l’intérêt d’un lecteur, sans décevoir une attente.
Le rôle du lecteur nous amène ainsi à une autre particularité inconnue de tous les genres autobiographiques, et pour cause : l’interactivité.
L’interactivité et les communautés virtuelles
Les créateurs de sites personnels le savent bien : publier sur Internet ne signifie pas accéder au vaste public constitué des millions d’internautes potentiels : la mise en ligne n’est pas une garantie de visibilité et, pour rencontrer ses premiers lecteurs, il faut se faire connaître en invitant d’autres blogueurs à découvrir son propre blog et à faire un lien vers lui. Le blogueur crée une petite communauté ou s’insère dans une communauté existante. C’est ainsi que naissent et se développent les « Skyblogs1 » d’adolescents : ce sont d’abord quelques camarades qui ouvrent leur blog et sont eux-mêmes entre eux leurs propres lecteurs, chaque blog renvoyant vers ceux des autres par un lien hypertexte. Ce mécanisme n’est pas extrêmement différent pour les blogs d’adultes dont on délimite assez facilement le cercle en faisant le tour des liens cités comme « blogs favoris ». Plutôt qu’ une blogosphère, c’est donc une infinité de petites blogosphères qui se développent, se lient entre elles et « s’autolisent ».
Nouveauté non moins fondamentale pour le genre autobiographique, mais caractéristique de la publication en ligne : dans le blog, le lecteur devient… auteur. Chaque billet étant susceptible d’être commenté par le premier lecteur venu, les blogs lus sont abondamment commentés par leurs lecteurs. Pour aller plus loin, on peut même dire que, dans la mesure où le lecteur intervient dans le blog, il intervient dans la vie même du blogueur, et le voici entré dans le récit…
Il ressort de tout cela que le genre de l’autobiographie – et sans doute, au-delà de lui, bien des pans de la littérature contemporaine – est très largement remis en question par les nouvelles écritures interactives et que le sujet est ici loin d’être épuisé.


EN PRATIQUE
Différentes formes de récits de vie

Niveau 3e, 2de ou 1re

Six courts extraits à classer selon des critères formels pour introduire une séquence sur l’écriture autobiographique et amener les élèves à découvrir les différentes formes de récits de vie. Ce travail est prolongé par une activité orale et un double exercice d’écriture.

De même que le je ne fait pas le texte autobiographique, le il est parfois pour l’écrivain un masque lui conférant une distance par rapport à sa propre vie. Le fait que la situation d’énonciation ne détermine pas nécessairement le caractère autobiographique d’un texte n’est pas toujours évident pour les élèves ; c’est pourquoi la confrontation de quelques extraits aux systèmes énonciatifs variés les amènera à appréhender les diverses formes d’écriture autobiographique et à repérer les caractéristiques propres à chacune. La séance vise ainsi à définir les critères à croiser pour affirmer qu’un texte est ou non autobiographique.
Seule la connaissance des types de focalisations (narrateur personnage racontant à la première personne ou narrateur extérieur racontant à la troisième personne) est requise pour cette étude. Si les élèves ont déjà abordé un texte autobiographique, l’activité en sera facilitée.
Les textes

Niveau 3e, 2de ou 1re

Au début de l’heure, on distribue les six courts extraits suivants puis on laisse le temps de les lire.

Extrait 1
28 octobre 1898
J’ai été heureuse, oui. Maintenant, j’en ai assez. Oh, pas des parties folles avec mon grand ami, pas de la gaîté ni de l’insouciance, non, mais de tous les autres, de ma grand-mère, de cette huître de Leconte de Lisle, de ma mère, surtout, surtout !
Catherine Pozzi, Journal de jeunesse (1893-1906), Verdier, 1995.


Extrait 2
Molière, huile sur toile de Nicolas Mignard vers 1657, Paris, musée Carnavalet.
© Erich Lessing/akg-images.

Le vendredi 17 février, au cours du dernier intermède qui voit Argan intronisé médecin par une Faculté de Médecine en folie, il dissimule dans un rire un hoquet de sang annonciateur de l’hémorragie qui l’emportera quelques heures plus tard.
Il meurt chez lui vers 10 heures du soir, sans avoir pu abjurer la profession de comédien ni recevoir les sacrements, deux prêtres de la paroisse de Saint-Eustache ayant refusé de se déplacer et le troisième étant arrivé trop tard. Le curé de Saint-Eustache peut donc légitimement refuser la sépulture chrétienne. Mais le Roi, aux pieds duquel Armande était venue se jeter, ayant fait recommander « d’éviter l’éclat et le scandale », l’Archevêque de Paris autorise l’inhumation dans le cimetière de la paroisse – « à condition néanmoins que ce sera sans aucune pompe, et avec deux prêtres seulement, et hors des heures du jour ».
Georges Forestier, Molière en toutes lettres, Bordas, 1990.


Extrait 3
L’homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise. Il regarde la jeune fille au feutre d’homme et aux chaussures d’or. Il vient vers elle lentement. C’est visible, il est intimidé. Il ne sourit pas tout d’abord. Tout d’abord il lui offre une cigarette. Sa main tremble. Il y a cette différence de race, il n’est pas blanc, il doit la surmonter, c’est pourquoi il tremble. Elle lui dit qu’elle ne fume pas, non merci. Elle ne dit rien d’autre, elle ne lui dit pas laissez-moi tranquille. Alors il a moins peur. Alors il lui dit qu'il croit rêver. Elle ne répond pas. Ce n'est pas la peine qu'elle réponde, que répondrait-elle. Elle attend. Alors il le lui demande : mais d'où venez-vous ? Elle dit qu'elle est la fille de l'institutrice de l'école de filles de Sadec.
Marguerite Duras, L’Amant, Minuit, 1984.


Extrait 4
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux. Versailles, Château et Trianons.
© Erich Lessing/akg-images.

Parmi les jeunes gens dont j’attirais les regards, il y en eut un que je distinguai moi-même, et sur qui mes yeux tombaient plus volontiers que sur les autres.
J’aimais à le voir, sans me douter du plaisir que j’y trouvais : j’étais coquette pour les autres, je ne l’étais pas pour lui ; j’oubliais à lui plaire, et ne songeais qu’à le regarder.
Marivaux, La Vie de Marianne (1731-1742).


Extrait 5
Joseph Staline (1879-1953). Portrait, 1945.
© akg-images.

Pendant les quinze heures que durèrent, au total, mes entretiens avec Staline, j’aperçus sa politique, grandiose et dissimulée. Communiste habillé en maréchal, dictateur tapi dans sa ruse, conquérant à l’air bonhomme, il s’appliquait à donner le change. Mais si âpre était sa passion qu’elle transparaissait souvent, non sans une sorte de charme ténébreux.
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome III : « Le salut » (1954-1959), Plon, 1959.


Extrait 6
Portrait de Rousseau par Maurice Quentin de La Tour.
© Musée Quentin-de-La-Tour, Saint-Quentin.

Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi, seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions (1765-1770), incipit.
Confrontations

Niveau 3e, 2de ou 1re

Une fois que les élèves ont pris connaissance des textes, on leur demande de les regrouper en ensembles cohérents selon les analogies qu’ils découvrent et d’identifier, à l’aide du texte et du paratexte, le lien qui les unit. Cette activité n’est pas sans difficulté, puisque les textes ont justement été choisis pour faire émerger des questions.
Deux regroupements s’imposent généralement aux élèves. S’ils s’appuient sur un critère énonciatif, ils réunissent d’un côté les textes de Catherine Pozzi, Marivaux, de Gaulle et Rousseau qui sont écrits à la première personne, de l’autre les textes de Georges Forestier et Marguerite Duras qui sont à la troisième personne. S’ils s’appuient sur un critère thématique, ils réunissent les récits de vie de Pozzi, Forestier, de Gaulle et Rousseau. L’extrait de Duras, qui semble mettre en valeur le personnage masculin et qui est écrit à la troisième personne, n’entre pas dans ce classement. Pas plus que l’extrait de Marivaux qui, bien qu’écrit à la première personne, leur paraît être un roman. Entre ces deux textes, les élèves distinguent rarement un point commun, sauf peut-être le thème de la rencontre amoureuse.
On s’appuie alors sur leurs réponses et leur repérage pour mettre en évidence le fait qu’il s’agit bien de récits de vie dans tous les cas. Le texte de Duras offre une certaine résistance à l’analyse sauf, et cela arrive, si un élève connaît déjà L'Amant. Si cet extrait est, en effet, à la troisième personne du singulier, il s’agit néanmoins du récit de la vie de l’auteur elle-même, qui alterne d’ailleurs les troisième et première personnes dans l’œuvre. On pourra lire aux élèves un court passage situé quelques lignes après cet extrait : « Je ne ferai plus jamais le voyage en car pour indigènes. Dorénavant, j'aurai une limousine pour aller au lycée et me ramener à la pension. Je dînerai dans les endroits les plus élégants de la ville. Et je serai toujours là à regretter tout ce que je fais… ». C’est donc le contexte qui éclaire ici l’aspect autobiographique du texte. Les élèves sont fondés à se demander pourquoi Marguerite Duras écrit certains passages à la troisième personne puisqu'il s'agit de son histoire. La question est bien entendu pertinente, mais on en reportera la réponse à plus tard, le tableau qui suit étant l’occasion d’aborder la notion de « roman autobiographique » et la distanciation qu’un auteur instaure par rapport à ses propres souvenirs.
Identifier le genre

Niveau 3e, 2de ou 1re

On propose ensuite de compléter le tableau des genres (PDF, 95 ko) après s’être assuré que tous les termes sont bien compris des élèves. Pour leur apporter quelques éclaircissements nécessaires, la première colonne, consacrée à l’autobiographie, est remplie avec eux.
L’identification des Confessions comme une autobiographie, du Journal de jeunesse de Catherine Pozzi comme un journal intime et de l'extrait racontant la mort de Molière comme une biographie ne pose pas de difficultés particulières. Les autres extraits, en revanche, sont moins caractéristiques. Les Mémoires de guerre sont identifiés comme tels grâce à leur titre uniquement. En effet, les élèves ne perçoivent pas spontanément la différence entre ce genre de texte et une autobiographie. C’est grâce à son contenu que celle-ci peut être mise en évidence : le narrateur raconte des événements historiques dont il a été témoin et même acteur. Les mémoires sont toujours l’œuvre d’une personne ayant une envergure historique. Les élèves connaissent d’ailleurs de Gaulle non comme écrivain mais bien comme homme politique.
Certains parviennent à classer correctement l’extrait de La Vie de Marianne : en croisant le paratexte et l'énonciation de cet extrait (le nom de l'auteur est différent du prénom évoqué dans le titre, de plus le récit est à la première personne), ils en déduisent qu’il s’agit d’une « fiction à la première personne ».
Puis, par élimination, le texte de Duras est identifié comme un « roman autobiographique ». On se méfiera du terme « autofiction » qui risque d’être plus déroutant qu’évocateur. La dénomination de « roman autobiographique » paraît plus claire et permet d’initier une réflexion sur l’alliance inattendue et oxymorique des mots « roman » et « autobiographie ». On évoque alors la « mise en roman » qu'effectue Marguerite Duras de sa propre vie par l'intermédiaire de la troisième personne.
À la fin de la séance, le tableau est entièrement rempli. L’étude des différents critères, notamment énonciatifs, permet d’introduire la notion de pacte autobiographique qui sera fondamentale dans le cadre de l’étude de l’écriture de soi.
Blog different

Niveau 2de ou 1re

Pourquoi travailler sur les blogs ? C’est entendu, l’école n’a pas à intervenir dans la vie privée des élèves qui, pour leur part, n’ont pas à raconter leur vie à l’école… Mais les blogs ne sont pas que des Skyblogs1et ne se réduisent pas à des journaux intimes. Parce que la blogosphère n’est pas réservée aux lycéens mais au contraire largement investie par les adultes, nous avons affaire à un nouveau genre d’expression, parfois littéraire, dont il devient important que chacun comprenne les codes, qu’il s’agisse du blog d’un journaliste indépendant, du témoin d’un événement historique, d’un critique littéraire qui commente les dernières parutions, d’un artiste qui publie ses œuvres… ou d’un individu qui y trouve le lieu d’une expression personnelle.
 
Cette activité a pour objectif de mettre en place les caractéristiques du blog comme type de discours (au-delà de l’outil qui le détermine), mais aussi, à travers la découverte d’un blog autobiographique, de replacer ce discours dans la lignée traditionnelle de l’écriture autobiographique tout en mettant en évidence la rupture qu’il crée par rapport aux genres bien assis, et donc la nouveauté qu’il instaure. Un objectif secondaire, mais qui ne saurait être évalué, pourrait être formulé ainsi : espérons que les élèves découvriront là une autre manière de « bloguer » en devenant sensibles au caractère esthétique de l’écriture et à l’aspect littéraire de tel ou tel passage, qu’il leur plaira peut-être d’imiter.
« Blogs et Wikis, des kits de publication pour tous », article des Dossiers de l’ingénierie éducative (CNDP), n° 52, Le traitement de l’actualité, p. 60-61.

- Lire l'article (PDF, 629 ko)

Ce cours s’inscrit soit dans le cadre de l’étude de l’autobiographie en première, soit dans le cadre, par exemple, de l’objet d’étude « Lire, écrire, publier » en classe de seconde si l’occasion se présente d’initier les élèves à l’écriture autobiographique, à travers un ouvrage donné en lecture cursive, par exemple.
Les prérequis de cette séance concernent surtout les enseignants. Comme pour tout cours exploitant les nouvelles technologies, cette activité requiert quelques connaissances de base techniques ou culturelles relatives à Internet. Pour s’initier au monde du blog, l’enseignant gagnera à lire deux articles accessibles en ligne : « Je blogue, tu blogues, nous bloguons2 » (RTF, 287 ko) et « Blogs et Wikis : des kits de publication pour tous3 » (PDF, 629 ko).
Cela ne présuppose pas que les élèves, pour leur part, maîtrisent parfaitement tous ces aspects ; bien au contraire, leur connaissance en est souvent très partielle mais cette séance pourra jouer un rôle d’initiation pour certains. Aucun prérequis de ce côté n’est donc indispensable pour les élèves, à ceci près qu’il est bien entendu nécessaire de connaître les rudiments de la navigation sur Internet : les principales fonctions du navigateur, le principe des liens hypertextes et la notion de site.
Le seul prérequis véritablement important pour les élèves lors de cette séance est littéraire : il s’agit de connaître la notion de pacte autobiographique et d’avoir rencontré au moins un extrait relevant du genre du journal.


Séance 1. Navigation

Niveau 2de ou 1re

Les élèves vont découvrir le site Blog different1 et, avec lui, l’univers d’une femme trentenaire qui tient ici un journal, selon une fréquence irrégulière. La séance pourrait naturellement s’appuyer sur tout autre blog du même type ; celui-ci a été choisi pour la qualité de son écriture à la fois drôle, exigeante, empreinte de références culturelles riches et à la portée des élèves.
On commence par rappeler oralement ce qu’est un blog (cela peut être l’occasion pour certains élèves d’évoquer leur expérience dans ce domaine), éventuellement en élargissant la blogosphère à tous les types de blogs, et non uniquement aux blogs de type journal, qui sont les plus connus. On présente alors Blog different comme un journal, en invitant les élèves à s’y rendre. Ils vont parcourir le blog à l’aide d’une feuille de navigation qui les guidera dans leur lecture et qu’ils devront remplir au fur et à mesure. Elle les amènera à s’interroger sur cette écriture et à se demander s’il s’agit là d’un journal intime. L’objectif de la séance peut leur être proposé en ces termes. L’idéal est d’avoir pris le temps, avant le cours, de placer l’adresse dans les liens « favoris » du navigateur, de sorte que les élèves n’ont plus qu’à cliquer dessus pour y arriver.

Fiche de navigation
1. A quels indices voit-on que ce site est un blog ?
2. Cliquez sur la photo de l’auteur en haut à gauche pour arriver à la page de présentation. Qui est l’auteur de ce blog ? Quelle est sa date de naissance ? De quel pays, de quelle ville est-elle originaire ?
3. Parcourez la présentation que fait l’auteur d’elle-même et comparez-la à celle proposée sur le billet du 14 septembre 2005 (en passant par le calendrier en haut à droite) : quel est le procédé utilisé par l’auteur pour se présenter ? Qu’en pensez-vous ?
4. Quel avertissement ironique, dès la page d’accueil du blog, peut être interprété comme un pacte autobiographique ?
5. En vous appuyant sur le billet du 6 mai 2005, montrez que l’auteur fait preuve d’une certaine liberté de ton. Cette écriture vous paraît-elle pour autant dénuée d’intérêt littéraire ? Justifiez votre réponse.
6. En vous appuyant sur vos réponses aux questions précédentes, diriez-vous que ce blog est un journal intime ? Justifiez votre réponse.

À l’issue de la séance, le professeur peut ramasser les fiches de navigation pour voir ce que les élèves auront perçu (et éventuellement noter le sérieux avec lequel elles ont été rédigées) ou simplement demander aux élèves de les insérer dans leur classeur. Elles serviront pour la correction orale, lors de la séance suivante.

Séance 2. Correction

Niveau 2de ou 1re

Cette séance peut se tenir soit en salle informatique, soit en salle banale avec un vidéoprojecteur. Dans le premier cas, les élèves sont libres de naviguer à leur gré sur le blog pour suivre ; dans le second cas (sans doute préférable ici), c’est l’enseignant (ou un élève) qui manipule l’ordinateur dont l’écran est projeté. La correction est orale et se fait, naturellement, dans un dialogue entre enseignant et élèves.

1. À quels indices voit-on que ce site est un blog ?
Outre le fait que le site est hébergé sur Canalblog (ce qui suffira, pour les connaisseurs, à prouver qu’il s’agit d’un blog), l’indice le plus voyant est le titre Blog different. Comme sur la plupart des blogs, la photographie (ici stylisée) de l’auteur figure dans le menu en haut à gauche et donne accès à une page de présentation. Mais il y a surtout l’importance de la chronologie, qui détermine l’ordre des billets : le calendrier en haut à droite et les billets par date, la date la plus récente apparaissant en premier. Il y a aussi les liens vers d’autres blogs (formant un réseau) et une écriture à la première personne. On retrouve là les grandes caractéristiques des blogs, à peu près ainsi formulées sur Pointblog.com1. Les élèves non habitués n’auront peut-être pas remarqué l’interactivité : sous chaque entrée, on peut envoyer un commentaire ou lire ceux des autres, et donc participer au blog avec la petite communauté qu’il catalyse.

2. Cliquez sur la photo de l’auteur en haut à gauche pour arriver à la page de présentation. Qui est l’auteur de ce blog ? Quelle est sa date de naissance ? De quel pays, quelle ville est-elle originaire ?
Les informations qui figurent sur cette page sont celles que l’auteur a bien voulu donner sur elle-même. On y trouve sa date de naissance (21 janvier 1974), sa ville (Paris), l’adresse de son blog, mais on pourra s’interroger sur l’absence de mention de son nom ou de son prénom. Habituellement, lorsque le blogueur ne veut pas donner son nom, il choisit au moins un pseudonyme, ce qui n’est pas le cas ici. Notre auteur conserve donc un anonymat complet, ce qui, on s’en doute, va poser problème lorsqu’il s’agira d’envisager la nature du « pacte » établi ici entre l’auteur et ses lecteurs.

3. Parcourez la présentation que fait l’auteur d’elle-même et comparez-la à celle proposée dans le billet du 14 septembre 2005 (en passant par le calendrier en haut à droite) : quels sont les procédés utilisés par l’auteur pour se présenter ? Qu’en pensez-vous ?
Avec les « j’aime/je n’aime pas » de la page de présentation comme avec la série d’anecdotes du billet du 14 septembre, l’auteur choisit pour se présenter l’accumulation d’informations personnelles, qui permettent au lecteur de se représenter peu à peu le personnage. Ainsi, plutôt qu’une description objective, qui serait par définition faussée puisque le personnage est l’auteur elle-même, le choix consiste à donner tout de même des indications sur les inclinations du personnage (j’aime, je n’aime pas, etc.).

4. Quel avertissement ironique, dès la page d’accueil du blog, peut être interprété comme un pacte autobiographique ?
« Bien sûr, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence… », peut-on lire en sous-titre du blog. C’est contradictoire avec le billet du 14 septembre, qui établit sans ambiguïté l’identité de l’auteur du blog et du personnage qui dit « je » : « Il y a des petites choses que personne ne sait de moi… [...] je vais vous les dire… », mais aussi avec le fait que l’auteur désigne parfois des amis à elle (seulement par leur prénom cependant : Meng, Yannou…). C’est contradictoire, enfin, avec le projet d’écriture du blog tel qu’il apparaît dans le premier billet (le 21 janvier 2005) : « I announce that my blog is born! ». C’est le jour des 31 ans de l’auteur : la naissance du blog est donc liée à l’anniversaire de la naissance de l’auteur. Il ne semble même pas y avoir, au début, d’autre projet d’écriture que de commémorer cette date, comme en témoigne l’entrée du 25 janvier où l’auteur se demande (en anglais, car elle est bilingue et utilise cette langue dans les premières entrées de son blog) ce qu’elle va bien pouvoir écrire sur son blog : « I'm thinking I'll let it sit for a few more days before I advertise it, just time enough to find my blog bearings and start considering what the F…k I'm going to talk about here. » Seul le titre du blog semble véritablement définir un projet d’écriture : Blog different (« Bloguez différemment »), parodie du célèbre slogan de la société Apple : Think different (« Pensez différemment »). Un prolongement à ce cours pourrait d’ailleurs consister à vérifier que ce projet n’est pas qu’une bonne trouvaille mais correspond à une réalité (en comparant à des Skyblogs ? pour ceux qui voudraient prendre ce risque !)
Il faut donc interpréter comme ironique cette parodie d’avertissement qui appartient au cinéma ou au roman ( le « bien sûr » est là d’ailleurs pour le confirmer, puisqu’au contraire rien ne pouvait prédisposer à le croire). Et quelle identité pourrait établir un blog entre un narrateur qui dit « je » et un auteur qui reste dans l’anonymat ? En effet, nous ne connaissons de l’auteur ni le prénom, ni le nom, ni même un pseudonyme qui nous permettrait de la nommer. Voilà sans doute une pratique caractéristique d’Internet (mais non systématique), qui consiste à masquer son identité, particulièrement lorsqu’il s’agit de dévoiler des informations sur sa vie privée. La notion de « pacte autobiographique » y perd-elle son sens ? Faut-il connaître le nom de l’auteur pour établir une identité entre lui et le personnage ? Pas nécessairement, en fait ; il suffit que le narrateur affirme, dans le texte même, qu’il est un personnage réel, et non fictif. Le pacte ne se lit plus dans le paratexte ou dans l’identité du nom de l’auteur et de celui du narrateur, mais bien dans tous les passages (comme ceux recensés dans le paragraphe précédent) qui témoignent de la réalité du personnage.
« Mais qu’est-ce qui prouve que ce personnage n’est pas fictif, que l’auteur de ce blog n’est pas un imposteur ? », pourraient objecter les élèves. En effet, rien ne le prouve et c’est à l’écriture de nous convaincre de sa bonne foi. Cela dit, la question se pose exactement de la même manière pour un livre imprimé, la nouveauté du Web ne résidant que dans la plus grande facilité à se dissimuler derrière un site dont on est le seul maître d’œuvre.

5. En vous appuyant sur le billet du 6 mai 2005, montrez que l’auteur fait preuve d’une certaine liberté de ton. Cette écriture vous paraît-elle pour autant dénuée d’intérêt littéraire ? Justifiez votre réponse.
La liberté de ton de l’auteur se marque d’abord dans le choix d’un sujet léger, celui des poissons rouges et du chat. Elle apparaît ensuite principalement dans les fréquents emplois d’un vocabulaire familier : « les antibios », « c’est pas gagné », « M'enfin, faudra qu'on m'explique pourquoi les chats choisissent toujours de faire leurs conneries la nuit », etc., et dans les marques d’humour : les périphrases « serpillière miaulante » pour désigner le chat, ou « les habitants invertébrés de mon aquarium » pour les poissons ; l’évocation de la signature d’un « pacte de non-agression » entre le chat et les souris, et tous les procédés qui témoignent de la distance amusée avec laquelle l’auteur développe ce récit. On peut également citer parmi les marques d’humour les balises ouvrante et fermante pour signaler le début et la fin de la digression, à la manière d’un programme informatique (« [digression] ; [/digression] »), clin d’œil aux internautes familiers avec le code HTML des pages web.
Cette liberté de ton ne signifie évidemment pas que l’on ait affaire à une écriture pauvre ou sans intérêt littéraire. Au contraire, un style riche révèle un paragraphe construit et une expression recherchée ; à côté des termes familiers figurent des termes rares ou des métaphores choisis pour leur effet humoristique : les poissons sont « placides », le poisson citron « brille par son absence » ou « est porté disparu »… le tout dans une syntaxe et une orthographe parfaites. Une figure traverse particulièrement le texte : il s’agit de l’inversion qui est faite entre le prédateur (le chat) et la proie (le poisson). Ici, les poissons commencent par être comparés à de gros animaux : « Les poissons Cichlidés ressemblent à des zèbres, se reproduisent comme des lapins » ; ils se conduisent surtout comme des prédateurs : ils « sont très agressifs, et ont la fâcheuse habitude de a) manger tout ce qui bouge et qui n'est pas de leur race dans l'aquarium, y compris vos doigts… ». Ce sont eux qui mangent la chatte : « Les poissons avaient appris à l'éviter, et peut-être aussi à la mordiller », une chatte par ailleurs pacifique (cf. le « pacte de non-agression »). Enfin, le poisson à nouveau dans l’eau « reprend du poil de la bête »… ce recensement n’est bien sûr pas exhaustif et l’on peut s’amuser à le prolonger avec les élèves.

6. En vous appuyant sur vos réponses aux questions précédentes, diriez-vous que ce blog est un journal intime ? Justifiez votre réponse.
Que l’on ait affaire à un journal est indéniable ; les entrées sont datées (même si elles sont irrégulières, voire si le blog n’était plus mis à jour), l’écriture est autobiographique, le ton est libre, comme on l’a montré en corrigeant les questions précédentes. Mais cela suffit-il pour qualifier ce journal d’intime ? Dans le billet du 14 septembre 2005, évoqué plus haut, l’auteur annonce un texte qui pourrait s’apparenter aux confidences : « Il y a des petites choses que personne ne sait de moi…[…] je vais vous les dire…». Qu’en est-il réellement ? On y lit une série d’informations certes relatives à sa vie privée (ce qu’elle aime ou pas, quelques souvenirs d’enfance), mais rien de proprement intime, de confidentiel. C’est d’ailleurs l’apanage de la plupart des blogs, et particulièrement des fameux « blogs lycéens » que l’on désigne souvent, à tort, comme des journaux « intimes », de laisser de côté l’intimité et la confidence pour privilégier une expression personnelle, dans des récits le plus souvent destinés à être partagés entre amis. C’est ce que constatait Philippe Lejeune bien avant l’arrivée des blogs, en 1998, en naviguant sur les premiers journaux personnels du Web : « A l’opposé du journal manuscrit confidentiel, le journal exposé sur la Toile crée donc des liens, catalyse la constitution de petites communautés…2 » Blog different fonctionne sur le même modèle, grâce aux commentaires que les amis sont invités à laisser sur le site et auxquels l’auteur répond. Comme l’écrit un témoin interrogé par Philippe Lejeune à la même époque, « faire lire son journal intime sur le Web, c’est donc avant tout écrire en vue d’être lu, et donc en fonction des attentes éventuelles d’un lecteur. […] Il s’agit alors d’une forme de récit autobiographique, mais nullement de journal intime, la présence du lecteur rompant le "pacte du diariste"3».


Travail d'écriture

Niveau 2de ou 1re

Dans le billet du 21 septembre 2005, l’auteur du blog annonce qu’elle a écrit également « un début de roman », l’histoire de Brigitte Jaune : « munie d'un shaker, j'ai ajouté un zeste d'autobiographie, beaucoup de tequila, deux mesures d'imagination, le jus d'un citron en guise de cynisme, une boîte à rires, et j'ai secoué bien fort ». À partir de ce jour, le début de roman va être publié par extraits sur le blog, dans les billets intitulés « Brigitte Jaune », ceux des 25 et 30 septembre, notamment. C’est ainsi que certains billets du blog racontent l’histoire d’un personnage fictif, avec toutefois « un zeste d’autobiographie ». C’est également un texte de fiction que l’on va demander aux élèves d’écrire comme s’ils écrivaient un journal.

 Consigne. Une anecdote arrivée à quelqu’un de votre entourage vous a fait rire ou vous a ému. Écrivez un billet du blog de cette personne racontant cette anecdote. Vous n’êtes pas obligé de vous en tenir à la stricte réalité : au contraire, n’hésitez pas à faire jouer votre imagination pour améliorer votre récit. Vous écrirez à la première personne et le lecteur ne devra pas savoir de qui il s’agit.
Peurs enfantines

Niveau 3e

Trois textes ou trois manières différentes d’évoquer une émotion familière à tous les enfants et qui ne doit pas être encore si lointaine pour des élèves de troisième. Une fois les principaux procédés d’écriture repérés, les élèves rédigeront eux-mêmes un quatrième texte…

Partager ses émotions par l’écriture n’est pas un projet facile à réaliser pour les adolescents à l’âge de « l’écriture de soi ». Si le collège encourage souvent à mettre par écrit des opinions personnelles, des textes narratifs, voire des descriptions, l’expression personnelle des sentiments, qui est pourtant bien souvent une véritable nécessité à cet âge, est rarement abordée avant la classe de troisième. Cette séance d’une durée de deux heures a donc pour objectif de montrer qu’une émotion comme la peur peut s’exprimer diversement, de manière subjective, personnelle, alors même que les principaux thèmes et topos sont similaires, et de donner quelques clés pour exprimer soi-même par écrit sa propre expérience. Elle est, en outre, l’occasion d’approfondir l’étude de l’énonciation dans le texte narratif, à travers le cas particulier du récit autobiographique.
Les textes

Niveau 3e

La consigne portant sur les trois textes suivants est donnée en guise de travail préparatoire à faire à la maison.

 Consigne. Ces trois textes illustrent un élément classique des récits d'enfance.
Pour chacun d’eux, répondez aux questions suivantes :
– quelles sont les causes de la peur de l’enfant ?
– comment se manifeste cette peur ?
– quel rôle jouent les adultes dans le dénouement ?
– qui est le narrateur et à quelle personne le texte est-il écrit ?
– quels procédés d’écriture sont mis en œuvre pour évoquer la peur ?

Les poules

Jules Renard, 1910. Paris, Bibliothèque Nationale.
© akg-images.

– Je parie, dit Madame Lepic, qu'Honorine a encore oublié de fermer les poules.
C'est vrai. On peut s'en assurer par la fenêtre. Là-bas, tout au fond de la grande cour, le petit toit aux poules découpe, dans la nuit, le carré noir de sa porte ouverte.
– Félix, si tu allais les fermer ? dit Madame Lepic à l'aîné de ses trois enfants.
– Je ne suis pas ici pour m'occuper des poules, dit Félix, garçon pâle, indolent et poltron.
– Et toi, Ernestine ?
– Oh ! Moi, maman, j'aurais trop peur !
Grand-frère Félix et sœur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre. Ils lisent, très intéressés, les coudes sur la table, presque front contre front.
– Dieu, que je suis bête ! dit Madame Lepic. Je n'y pensais plus. Poil de Carotte, va fermer les poules !
Elle donne ce petit nom d'amour à son dernier né, parce qu'il a les cheveux roux et la peau tachée. Poil de Carotte, qui joue à rien sous la table, se dresse et dit avec timidité :
– Mais, maman, j'ai peur aussi, moi.
– Comment ? répond Madame Lepic, un grand gars comme toi ! C'est pour rire. Dépêchez-vous, s'il te plaît !
– On le connaît ; il est hardi comme un bouc, dit sa sœur Ernestine.
– Il ne craint rien ni personne, dit Félix, son grand frère.
Ces compliments enorgueillissent Poil de Carotte, et, honteux d'en être indigne, il lutte déjà contre sa couardise. Pour l'encourager définitivement, sa mère lui promet une gifle.
– Au moins, éclairez-moi, dit-il.
Madame Lepic hausse les épaules, Félix sourit avec mépris. Seule pitoyable, Ernestine prend une bougie et accompagne petit frère jusqu' au bout du corridor.
– Je t'attendrai là, dit-elle.
Mais elle s'enfuit tout de suite, terrifiée, parce qu'un fort coup de vent fait vaciller la lumière et l'éteint. Poil de Carotte, les fesses collées, les talons plantés, se met à trembler dans les ténèbres. Elles sont si épaisses qu'il se croit aveugle. Parfois une rafale l'enveloppe, comme un drap glacé, pour l'emporter. Des renards, des loups même, ne lui soufflent-ils pas dans ses doigts, sur sa joue ? Le mieux est de se précipiter, au juger, vers les poules, la tête en avant, afin de trouer l'ombre. Tâtonnant, il saisit le crochet de la porte. Au bruit de ses pas, les poules effarées s'agitent en gloussant sur leur perchoir. Poil de Carotte leur crie :
– Taisez-vous donc, c'est moi !
Ferme la porte et se sauve, les jambes, les bras comme ailés. Quand il rentre, haletant, fier de lui, dans la chaleur et la lumière, il lui semble qu'il échange des loques pesantes de boue et de pluie contre un vêtement neuf et léger. Il sourit, se tient droit, dans son orgueil, attend les félicitations, et maintenant hors de danger, cherche sur le visage de ses parents la trace des inquiétudes qu'ils ont eues. Mais grand frère Félix et sœur Ernestine continuent tranquillement leur lecture, et Madame Lepic lui dit, de sa voix naturelle :
Poil de Carotte, tu iras les fermer tous les soirs.

Jules Renard, Poil de Carotte (1900).


« On a oublié de recouvrir le tableau… »

Nathalie Sarraute, 1999.
© Marion Kalter/akg-images.

J'ai beau me recroqueviller, me rouler en boule, me dissimuler tout entière sous mes couvertures, la peur, une peur comme je ne me rappelle pas en avoir connue depuis, se glisse vers moi, s'infiltre… C'est de là qu'elle vient… je n'ai pas besoin de regarder, je sens qu'elle est là partout… elle donne à cette lumière sa teinte verdâtre… c'est elle, cette allée d'arbres pointus, rigides et sombres, aux troncs livides… elle est cette procession de fantômes revêtus de longues robes blanches qui s'avancent en file lugubre vers des dalles grises… elle vacille dans les flammes des grands cierges blafards qu'ils portent… elle s'épand tout autour, emplit ma chambre… Je voudrais m'échapper, mais je n'ai pas le courage de traverser l'espace imprégné d'elle, qui sépare mon lit de la porte.
Je parviens enfin à sortir ma tête un instant pour appeler… On vient… « Qu'y a-t-il encore ? – On a oublié de recouvrir le tableau. – C'est pourtant vrai… Quel enfant fou… On prend n'importe quoi, une serviette de toilette, un vêtement, et on l'accroche le long de la partie supérieure du cadre… Voilà, on ne voit plus rien… Tu n'as plus peur ? – Non, c'est fini. » Je peux m'étendre de tout mon long dans mon lit, poser ma tête sur l'oreiller, me détendre… Je peux regarder le mur à gauche de la fenêtre… la peur a disparu.
Une grande personne avec l'air désinvolte, insouciant, le regard impassible des prestidigitateurs l'a escamotée en un tour de main.

Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard, 1983.


La cave

Mais le pire, ce sont ces soirs d’hiver où il faut aller chercher du vin à la cave.
Chaque pas, chaque geste mis au point en vue de ne pas faire durer la terrible épreuve une seconde de plus.
Sortir, plonger dans la ténèbre, traverser la cour, ouvrir la porte d’une main ni trop lente ni trop rapide, éclairer, dévaler les escaliers avec ce sentiment que tu t’enfonces graduellement dans l’abîme, la lumière avare qui n’éclaire qu’un faible espace et laisse dans l’ombre le tonneau près duquel tu dois attendre interminablement que ton pot se remplisse, le robinet haï qui ne laisse couler qu’un mince filet noir, le sang qui bat aux tempes, les oreilles qui bourdonnent, puis remonter, t’empêcher de gravir les marches quatre à quatre, veiller à ce que le vin ne s’échappe pas du pot tenu par une main qui tremble, éteindre, refermer précautionneusement la porte, mais la serrure qui grince et risque de signaler ta présence, la cour traversée en trois bonds, la lumière retrouvée de la cuisine, attendre un instant dehors appuyé contre le mur, reprendre haleine, laisser le cœur se calmer, retrouver la possibilité d’entendre et de parler, puis bravement pousser la porte et reprendre ta place à table comme si rien ne s’était passé.
Chaque fois, terrifié. Chaque fois dans un tel état que tu t’approchais de la folie.

Charles Juliet, Lambeaux, P.O.L., 1995.
Les causes

Niveau 3e

L’obscurité à laquelle les trois enfants sont confrontés est bien entendu la première des causes de la peur pour chacun. Cette obscurité est totale dans le texte de Jules Renard : « [Les ténèbres] sont si épaisses qu’il se croit aveugle », et partielle dans celui de Nathalie Sarraute : « ... elle donne à cette lumière sa teinte verdâtre… », et celui de Charles Juliet : « ... la lumière avare qui n’éclaire qu’un faible espace… ». Un autre motif manifeste de la peur est la solitude. À celle-ci s’ajoute, pour Poil de Carotte et Charles Juliet, l’obligation de sortir, de quitter la sécurité de la maison, pour accomplir une mission à la demande d’un adulte.
Le texte de Sarraute est plus difficile à interpréter pour les élèves. En effet, tous conçoivent qu’un enfant ait peur la nuit, mais ils ne perçoivent pas ce qui est exactement à l’origine de la peur dans ce cas précis. Ils repèrent bien quelques éléments macabres : « teinte verdâtre », « allée d’arbres pointus, rigides et sombres, aux troncs livides », « procession de fantômes revêtus de longues robes blanches qui s’avancent en file lugubre », « flamme des grands cierges blafards », mais ne comprennent pas pourquoi ces éléments se trouvent dans la chambre de l’enfant. S’agit-il d’un cauchemar ? d’une hallucination ? d’un texte fantastique ? On attire alors leur attention sur le tableau : « On a oublié de recouvrir le tableau. » Cet oubli de la part des adultes est à l’origine de l’angoisse de l’enfant, qui disparaît aussitôt le tableau couvert : « Voilà, on ne voit plus rien… Tu n’as plus peur ? ». On montre ainsi que l’« enfant fou » imaginait que le contenu du tableau glissait hors de celui-ci pour envahir sa chambre. Un sentiment d’invasion bien angoissant, d’autant que les éléments sinistres du tableau, que les élèves ont préalablement repérés, sont amplifiés par la solitude, la nuit et l’angoisse jusqu’à devenir vivants. On peut aussi faire appel à leurs souvenirs d’objets dont la présence dans leur chambre la nuit a déclenché une angoisse similaire.
Dans Enfance, la peur est donc causée par des dangers purement imaginaires, même si le tableau est particulièrement effrayant. Or cette caractéristique des peurs nocturnes se retrouve également dans les deux autres textes. Ainsi, Poil de Carotte imagine « des renards, des loups même ». Juliet, lui, n’explicite pas ce qu'il imagine mais mentionne juste « la serrure qui […] risque de signaler [sa] présence ». La peur des enfants est une peur sans objet, c’est-à-dire une véritable angoisse.
Les manifestations

Niveau 3e

Les manifestations de la peur sont très semblables chez Jules Renard et Charles Juliet. Pour ne pas rester pétrifiés, « les fesses collées, les talons plantés, [tremblant] dans les ténèbres » comme Poil de Carotte, l’un comme l’autre se lancent dans un véritable plongeon dans l’obscurité : Poil de Carotte « se [précipite], au juger, vers les poules, la tête en avant, afin de trouer l'ombre » et Charles Juliet parle de « plonger dans la ténèbre », de « dévaler les escaliers » et traverse la cour « en trois bonds ». La peur se lit encore à travers quelques symptômes physiques caractéristiques : les tremblements, les battements de cœur, l’essoufflement. Poil de Carotte « se met à trembler », il rentre « haletant ». Mais c'est chez Juliet qu’ils sont les plus violents et les plus précisément décrits : « le sang qui bat aux tempes, les oreilles qui bourdonnent », la « main qui tremble », la nécessité de « reprendre haleine, laisser le cœur se calmer », et surtout, la perte de « la possibilité d'entendre et de parler ». Cet état de panique culmine dans la phrase finale : « dans un tel état que tu t'approchais de la folie ». Les choses sont différentes chez Sarraute, puisqu'elle est dans son lit. La fuite paniquée trouve son pendant dans un repli terrorisé : « me recroqueviller, me rouler en boule, me dissimuler tout entière ».
Le rôle des adultes

Niveau 3e

Dans les textes de Renard et de Juliet, les adultes ne montrent aucune compassion à l’égard des enfants. C’est l’ordre donné par un adulte qui oblige l’enfant à sortir dans la nuit obscure. Son courage n’est absolument pas reconnu. Poil de Carotte, qui s’attend à des « félicitations » compte tenu du danger bravé, voit son exploit non seulement méprisé, puisque les grands « continuent tranquillement leur lecture », mais, en outre, transformé en punition à long terme : « Poil de Carotte, tu iras les fermer tous les soirs », ce qui constitue une double injustice puisqu’il avait déjà été désigné pour aller « fermer les poules » alors qu’il est le plus jeune des enfants. Charles Juliet, pour sa part, se force à dissimuler sa frayeur « comme si rien ne s'était passé », ce qui est peut-être la cause de sa « folie ». Si les adultes sont plus compréhensifs avec Nathalie Sarraute puisqu’ils viennent à son secours et se plient à ce qui pourrait apparaître comme un caprice (couvrir le tableau), elle se fait tout de même traiter d'« enfant fou » et trouve en face de sa peur « l’air désinvolte, insouciant » d’une grande personne. Finalement, dans les trois textes, aucun des adultes ne reconnaît ni ne prend au sérieux la peur de l'enfant.
Le narrateur et l'énonciation

Niveau 3e

La question du narrateur et de l’énonciation est cruciale pour la compréhension des trois textes et particulièrement de leur caractère autobiographique. En effet, la troisième personne employée par Jules Renard et la deuxième personne par Charles Juliet n’engagent pas les élèves à supposer que chacun rapporte une véritable expérience personnelle. Quant au je de Nathalie Sarraute, il est imbriqué dans un réseau énonciatif brouillé entre un elle allégorique et un on indéfini dont on aura parfois un peu de mal à convaincre les élèves qu’ils désignent respectivement la peur et les adultes (probablement les parents). En outre, l’absence de retour à la ligne pour marquer le discours direct rend confus même le tu, qui n’est que le je inversé dans la bouche des parents.
Quels sont donc les choix de chaque texte et pourquoi ? Celui de Jules Renard paraît clair et classique de ce côté : le narrateur écrit à la troisième personne et n’est pas un personnage du récit. Et pourtant… son point de vue, qui transparaît dès les premières lignes, montre qu’il voit les choses non seulement comme s’il était présent dans la maison : « C’est vrai. On peut s’en assurer par la fenêtre », mais encore comme s’il était Poil de Carotte lui-même, puisque Félix est appelé « Grand-frère Félix » et Ernestine « sœur Ernestine ». La découverte et le recensement de ces procédés de focalisation interne avec les élèves sont l’occasion de leur dire que Poil de Carotte est un roman autobiographique, ce qui signifie que l’auteur part de souvenirs véritables mais brode à partir d’eux un roman dont le rapport à la réalité n’est pas garanti.
Chez Sarraute, l’emploi de la première personne, en plus du titre de l’œuvre, met immédiatement les élèves sur la piste de l’autobiographie. Mais le système complexe de pronoms personnels brouille les pistes ; la Peur devient un personnage à part entière : « ... elle est là partout […] elle vacille dans les flammes des grands cierges […] elle s’épand tout autour, emplit ma chambre… ». On découvre à cette occasion l’allégorie comme figure de rhétorique, mais aussi comme topos dans la peinture classique, car le passage est très visuel : on imagine une figure féminine comme on en voit dans certaines grandes œuvres (la Justice, la Mort…). L’idéal est alors de disposer d’images allégoriques pour les montrer aux élèves. L’ensemble se complique lorsque les adultes arrivent. Le pronom elle disparaît (chassé par les adultes protecteurs), le je s’éclipse un moment puisqu’on entre dans le discours direct où l’enfant est désigné par la deuxième personne. Mais les parents sont unanimement désignés par on, que ce soit un on défini qui remplace le nous du discours direct : « – On a oublié de recouvrir le tableau », ou un on indéfini utilisé par le narrateur pour désigner les adultes, qui lui permet de rester dans l’imprécision concernant leur identité et leur nombre : « On prend n’importe quoi, une serviette de toilette, un vêtement, et on l’accroche le long de la partie supérieure du cadre… ».
Enfin, dans Lambeaux, si la deuxième personne ne semble pas la plus appropriée pour l’autobiographie, au moins surprend-elle les élèves, qui peuvent se demander à qui s’adresse le narrateur. On pourra partir du titre de l’œuvre pour attester son appartenance à l’autobiographie, si les élèves font le rapprochement entre les « lambeaux » et les bribes de souvenir d’enfance ici relatés. On en déduira que le tu est la manière qu’a trouvée l’auteur pour marquer la distance entre l’enfant qu’il fut et l’adulte qu’il est (ou l’enfant qu’il n’est plus), manière de dire qu’il n’y a peut-être pas, ou plus tout à fait identité entre le narrateur et le personnage, à cause des années qui les séparent.
Les procédés d'écritures

Niveau 3e

Une fois clarifiés les systèmes énonciatifs, le repérage de quelques procédés d’écriture à partir des effets produits sur le lecteur devient plus aisé. C’est un moment important car les élèves vont comprendre, si ce n’est déjà fait, que la manière singulière d’exprimer une émotion tient précisément à ces procédés. Ce sont eux qui créent le caractère obscur et inquiétant du texte de Sarraute, qui avivent le sentiment d’injustice produit par celui de Jules Renard, la terreur (ou la pitié ?) qu’inspire celui de Juliet. On peut d’ailleurs partir de ces impressions, dans chacun des textes, pour inviter les élèves d’abord à pointer les mots, les expressions, les phrases qui les produisent, puis à examiner ceux-ci pour décrire les procédés utilisés. L’objectif n’est pas d’être exhaustif, mais de repérer les principaux procédés afin de permettre aux élèves de s’en approprier quelques-uns pour les réinvestir dans le travail d’écriture final.
On ne tarde pas, ainsi, à découvrir l’ironie du narrateur dans le texte de Jules Renard : « Poil de Carotte » est un « petit nom d’amour » ; « pour l’encourager définitivement, sa mère lui promet une gifle »… Cette ironie disparaît précisément au moment où culmine la peur, quand Poil de Carotte se retrouve seul dehors. Une autre caractéristique de cet extrait est l’usage presque excessif du discours direct, qui remplace la narration, de manière souvent brutale. Le narrateur semble s’effacer pour mieux montrer les personnages : libre au lecteur de les juger sur leurs propres paroles.
Comment Sarraute parvient-elle à faire de ce passage d’Enfance un texte quasi fantastique ? On a déjà vu que cela reposait en partie sur l’allégorie de la peur et le champ lexical de la mort dans la description du tableau (« fantômes », « livides », « lugubre »…) ; mais d’autres procédés s’y ajoutent, notamment l’aspect décousu du texte, lié en partie au jeu sur les pronoms évoqué plus haut mais aussi à une typographie qui place tout au même plan : il n’y a pas de retours à la ligne pour marquer le discours direct, ce qui brouille davantage l’énonciation (qui parle ?) et donne une impression de confusion générale ; il y a, en outre, de nombreux points de suspension qui contribuent au désordre et semblent dire que l’ensemble du texte n’est qu’une même longue phrase confuse dont les morceaux émanent de tel ou tel personnage indifféremment.
Dans le texte tout en rythme de Juliet, la dramatisation se crée d’abord par l’accumulation des propositions infinitives formées de verbes de mouvement, dans une gradation croissante : « Sortir, plonger dans la ténèbre, traverser la cour, ouvrir la porte d’une main ni trop lente ni trop rapide… », et ainsi de suite. On notera qu’il n’y a que quatre phrases dans cet extrait, le cœur de l’ensemble et sa plus grosse partie ne formant qu’une unique phrase.
On pourra aussi examiner le cas que le narrateur fait de la lumière et de l’obscurité dans chacun des textes ; l’angoisse de l’obscurité (liée au vocabulaire du froid, de la mort) et les jeux autour d’une lumière ténue, qui se cache ou qui engendre l’obscurité : la bougie qui s’éteint, le tableau « verdâtre », la lumière « avare qui n’éclaire qu’un faible espace », etc.
Travail d'écriture

Niveau 3e

Les élèves ont à présent étudié trois écritures différentes évoquant chacune la même émotion. Ils ont repéré plusieurs procédés et ont compris que l’on pouvait faire varier le système énonciatif. Cela ne signifie pas qu’ils ont tout assimilé au point d’être capables d’écrire « à la manière de » Nathalie Sarraute, mais leur aura donné quelques éléments pour écrire le souvenir de leur propre émotion. On leur propose le sujet d’écriture ci-dessous, à faire à la maison.

 Consigne. À ton tour, raconte une peur que tu as eue quand tu étais enfant. N’oublie pas d’évoquer la réaction des adultes qui t’entouraient.

Dans les dictionnaires en ligne

Niveau 3e, 2de ou 1re

Dans cette séance de vocabulaire avec Internet, les élèves suivent à la lettre une « fiche de navigation » qui les guide dans leur découverte des dictionnaires en ligne à travers une série de consignes, petits exercices successifs de vocabulaire auxquels il faut répondre sur traitement de texte, qui peuvent aussi être isolés et servir de point de départ pour d’autres activités.

Ce cours s’adresse à des élèves qui ont déjà une idée de ce qu’est l’autobiographie. Il prend le parti d’entrer par le vocabulaire pour situer cette notion dans l’histoire littéraire. C’est à travers les dictionnaires, en effet, que l’on découvrira quand est apparu le genre, à travers ses définitions successives que se lira son évolution. Le travail sur le lexique servira d’entrée pour la découverte des sous-genres ou genres voisins. L’étymologie, la dérivation, les familles de mots révéleront les thèmes de prédilection de l’autobiographie. L’activité ne se substitue évidemment pas à un cours introductif sur l’autobiographie ; au contraire complémentaire, selon la manière dont elle est menée, elle l’introduit ou le prolonge.
Prérequis
Une connaissance minimale de la navigation sur Internet est nécessaire à cette séance. D’un point de vue disciplinaire, les élèves devront avoir déjà lu différents extraits de textes autobiographiques afin d’être à l’aise dans la recherche sur le terme lui-même. La manipulation des usuels doit être, elle aussi, naturellement, une notion acquise. Ici, elle reste guidée avec précision par l’enseignant car chaque dictionnaire en ligne a ses propres particularités de fonctionnement.
Organisation
Cette séance s’effectuant intégralement sur Internet, il est indispensable de vérifier que les connexions de l’ensemble de la salle multimédia sont fluides.
La fiche de navigation, est distribuée aux élèves et guide leur travail. Volontairement détaillée, elle sécurise les élèves en leur permettant d’avancer à leur rythme. Il est très vivement recommandé, lorsque cela est possible, de mettre à leur disposition une page web (même si celle-ci se trouve sur l’intranet ou sur le site du collège) sur laquelle seront mentionnés et activés tous les liens vers les dictionnaires que les élèves devront visiter. Cela leur évitera la tâche fastidieuse et sans intérêt qui consiste à recopier les adresses web. En cas d’impossibilité de créer une page web, on peut proposer aux élèves de passer par la page consacrée aux dictionnaires du répertoire de sites de WebLettres1.
Grâce à Internet, il est en effet possible de consulter simultanément plusieurs dictionnaires ; en outre, la navigation hypertextuelle à l’intérieur des dictionnaires ainsi que le surlignage des éléments ciblés facilitent la lecture et le travail.
Ce travail convient aux classes de 3e ou de 1re, à condition d’adapter la recherche pour qu’elle se fasse de manière plus ou moins autonome. On comptera une heure en première, et plutôt une heure et demie en troisième selon le niveau de compétence informatique des élèves.

Fiche de navigation

Niveau 3e, 2de ou 1re


Le vocabulaire de l’autobiographie

1. Comprendre le sens d’un mot

A. Le terme « autobiographie »
Consultez les deux sites indiqués ci-dessous, qui donnent accès à des dictionnaires publiés à différentes époques. Pour chaque dictionnaire, notez sa date de parution puis copiez la définition du terme « autobiographie » quand celle-ci est disponible.
À quelle date le mot est-il apparu ? Justifiez votre réponse.
Sites à consulter :
6e édition, 1835 : remplissez le champ « Mot-vedette ».
http://artfl.atilf.fr/
8e édition, 1932-1935 : choisir l’option « le dictionnaire avec menus déroulants » ; une fois sur la page, cliquez sur « Menu principal » puis sur « Rechercher dans le dictionnaire », « Lancer une recherche dans le dictionnaire » ; remplir enfin le premier champ « Vedette ».
http://atilf.atilf.fr/

B. Définition de l’autobiographie
Vous allez vérifier les informations trouvées dans Le Trésor de la langue française informatisé (TLFI). http://atilf.atilf.fr/
Choisissez votre vitesse de connexion et cliquez sur « Entrez ». Dans le champ précédant le bouton « Valider 1 » en haut à droite de l’écran, saisissez « autobiographie », puis validez pour faire apparaître la définition.
Dans la fenêtre de gauche Peindre les objets suivants, utilisez les menus déroulants pour sélectionner les trois éléments suivants : mot-vedettedate d’exemple et synonyme/antonyme.
Quelle confirmation obtenez-vous de votre réponse précédente ? Quel unique synonyme/antonyme apparaît ? Quelle différence de sens a-t-il ? En lisant la troisième citation (point rouge), vous
pouvez trouver deux autres synonymes. Lesquels ?

2. Un autre type de dictionnaire
Rendez-vous sur le site du Crisco. Dans le champ précédé de « Taper l'unité lexicale recherchée, puis "Entrée" », écrivez le terme « autobiographie ».
Relevez les solutions proposées. Quelles sont les plus fréquentes ? Chacun de ces mots peut-il remplacer le mot « autobiographie » ?
http://elsap1.unicaen.fr/

3. Étudier quelques racines fécondes
À partir de la liste précédente, indiquez le sens de chacun des préfixes ou suffixes ci-dessous, puis trouvez deux autres mots qui les utilisent. Exemple : simul- signifie « en même temps » et a donné les mots « simultané », « simultanément », « simultanéité ».
Ante/anti ; auto- ; bio ; chrono- ; con-/com ; égo- ; gén-/génér- ; mnès-/mnémo- ; nécro- ; post- ; re- ; rétro- ; thanato- ; -graphie; -logie 

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Il est indispensable de guider les élèves dans l’utilisation du Trésor de la langue française informatisé car le contenu particulièrement riche rend la présentation et l’exploitation peu aisées au premier abord.
Correction de la fiche de navigation

Niveau 3e, 2de ou 1re

1 A. Le terme « autobiographie »
Le premier des deux dictionnaires proposés ne donne aucun résultat pour le mot « autobiographie » ; celui-ci n’existait donc pas encore en 1835. C’est à partir de la huitième édition (1932-1935) du Dictionnaire de l’Académie française qu’il est mentionné pour la première fois :

AUTOBIOGRAPHIE n. f. Biographie d'une personne écrite par cette personne même. Les autobiographies sont souvent mensongères.
La définition de la neuvième édition (à partir de 1994) est plus précise :
AUTOBIOGRAPHIE n. f. XIXe siècle. Dérivé de biographie avec l'élément préfixal auto. I. Récit qu'une personne compose de sa propre vie.
http://atilf.atilf.fr/

Le mot est donc apparu très récemment, au cours du XIXe siècle. Il est postérieur aux Lumières, époque à laquelle règne la prose d’idées ; il est contemporain du mouvement romantique, de l’émergence de l’individualité et de la plainte de soi.
1 B. Définition de l’autobiographie
La rubrique « étymologie » du Trésor de la langue française informatisé confirme que le mot « autobiographie » est apparu au XIXe siècle et précise qu’il est attesté en 1838, soit cinquante ans après Les Confessions, mais surtout en plein succès des Mémoires d’outre-tombe, destinés à une publication posthume mais divulgués en fait au fur et à mesure de leur rédaction. A-t-il fallu trouver un mot pour opposer les deux ouvrages ? Probablement, puisque l’unique synonyme/antonyme signalé (le mot est à la fois un synonyme par sa proximité de sens global et un antonyme par rapport au sens précis) est « mémoires », terme qui « met l’accent sur des événements extérieurs ». L’autobiographie relate donc, par opposition, une expérience et des sentiments personnels. En lisant la troisième citation donnée dans la notice, on trouve deux autres synonymes : « confessions » et « confidences ». Les définitions de ces deux noms seront abordées dans un exercice ultérieur.
2. Les synonymes du mot autobiographie
Outre les classiques, les élèves découvrent ici le dictionnaire des synonymes du laboratoire Crisco (Centre de recherches interlangues sur la signification en contexte). Son maniement est très simple et peut être encouragé avec profit ; il permet d’éviter de choisir un synonyme inapproprié et d’emploi trop rare ou recherché, grâce au classement par ordre de fréquence d’usage des premiers synonymes, en dessous du résultat de la requête.
Cette recherche sur le mot « autobiographie » permet à la fois de réfléchir sur la notion de synonymie (aucun des cinq synonymes proposés ne peut se substituer au terme d’origine : « biographie », « confessions », « mémoires », « souvenir », « vie ») et sur les sous-genres autobiographiques (confessions, mémoires).

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3. Étudier quelques racines fécondes
Cet exercice permet d’établir le principe de composition des mots par préfixation ou suffixation, de voir lesquels sont les plus productifs en français et d’éclairer par l’étymologie les termes du vocabulaire de l’autobiographie.
Sens des préfixes et suffixes : Ante/anti : avant ; auto- : soi ; bio : vie ; chrono- : temps ; con-/com : avec » ; égo- : moi (seul) ; gén-/génér- : espèce, famille ; mnès-/mnémo- : mémoire ; nécro- : mort ; post- : avant ; re- : à nouveau ; rétro- : en arrière ; thanato- : mort  ; -graphie : écrire ; -logie : étude, discours.
Pour approfondir cette question des préfixes, on pourra se référer aux liens proposés par le serveur de l’académie de Versailles sur la page « Gymnastique linguistique », notamment aux exercices sur les préfixes qui y sont associés (voir notamment l’article concernant le préfixe auto- et ses emplois).
www.ac-versailles.fr/
On trouve également un tableau synthétisant les principales racines grecques sur Orthonet .
www.sdv.fr/
En prolongement
Pour les élèves de lycée, un prolongement de la séance consiste à exiger que les corrections de tout travail écrit exploitent ces dictionnaires en ligne. Il est également possible, à la suite d’un compte rendu d’expression écrite, de revenir sur les fautes communes en une dizaine de minutes et de montrer aux élèves comment utiliser les dictionnaires des synonymes et les dictionnaires « classiques » présentés sur le site de l’ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue française) pour corriger leur devoir soit individuellement, soit par groupes de deux.
www.atilf.fr/
POINT DOC
Le livre
L'autobiographie ou l'écriture de soi, dont ce Thém@doc est tiré, est le premier ouvrage de la collection « WebLettres in Folio », issue des cours et séquences didactiques mutualisés sur le site WebLettres par les enseignants.

La collection « WebLettres in Folio »
Cette nouvelle collection, coéditée avec l’association WebLettres, a pour vocation de faire connaître les meilleurs cours et séquences partagés par les professeurs de français sur le site de WebLettres. Elle met en avant aussi bien des cours de facture classique issus de l'expérience et des réussites du terrain que d'autres, plus innovants, reposant sur des approches originales ou sur l’exploitation des supports numériques. Elle interroge plus particulièrement la littérature contemporaine ou l'impact des nouvelles technologies sur certaines formes d'écriture.



L’Autobiographie ou l’écriture de soi
Collection « WebLettres in Folio », juin 2006
Coédition SCÉRÉN-CNDP | WebLettres
- Sommaire de l’ouvrage (PDF, 26 ko)
- Sur WebLettres
www.weblettres.net/
- Notice cyberlibrairie
Bibliographie
Ouvrages théoriques
BEAUJOUR Michel
Miroirs d’encre, Seuil, collection « Poétique », 1980.
Une étude sur l’autoportrait littéraire.

COLLECTIF
Écritures autobiographiques, CRDP du Nord-Pas-de-Calais, collection « Deux œuvres, un genre », 2002. Cette collection propose des méthodes pour étudier des œuvres intégrales au lycée professionnel. Le volume consacré à la forme autobiographique présente deux études méthodiques : celle du récit autobiographique Petite de Geneviève Brissac et celle des Raisins de la galère, de Tahar Ben Jelloun.
Notice Cyberlibrairie

COLLECTIF
L’Autobiographie en classe, Delagrave – CRDP Midi-Pyrénées, collection « Savoir et faire en français », 2001. L’ouvrage donne la parole à des chercheurs à propos des enjeux de l’écriture autobiographique. Il explore différentes stratégies de lecture et d'écriture de textes à la première personne. Il est complété par une bibliographie de cent titres « en Je » de la littérature de jeunesse, classés par thème.
Notice Cyberlibrairie

GUSDORF, Georges
Lignes de vie, 1. Les Écritures du moi, 2. Auto-bio-graphie, Odile Jacob, 1990, 2 volumes.

LEJEUNE Philippe
Le Pacte autobiographique, Seuil, collection « Poétique », 1975. (Nouvelle édition, « Points », 1996).
Je est un autre. L'autobiographie, de la littérature aux médias, Seuil, collection « Poétique », 1980.
Moi aussi, Seuil, collection « Poétique », 1986.
« Cher cahier… », témoignages sur le journal personnel recueillis et présentés par Philippe Lejeune, Gallimard, collection « Témoins », 1990.
« Cher écran… », Journal personnel, ordinateur, Internet, Seuil, collection « La couleur de la vie », 2000.
Un journal à soi. Histoire d’une pratique, Philippe Lejeune et Catherine Bogaert, Textuel, 2003.
Signes de vie. Le Pacte autobiographique 2, Seuil, 2005.

SIMONET-TENANT Françoise
Le Journal intime, Tétraèdre, 2004.

TOUZIN Marie-Madeleine
L'Écriture autobiographique, Bertrand-Lacoste, collection « Parcours de lecture », 1993. Condensé technique qui éclaire de nombreuses notions, passant en revue les genres, étudiant paratextes, incipit, avec, à chaque fois, des exercices potentiels auxquels s'ajoute un groupement de 25 textes « classiques » mais pertinents.

Textes autobiographiques pour la classe
Une bibliographie des ouvrages autobiographiques susceptibles d’être lus par les élèves et étudiés en classe est disponible sur le site WebLettres dans la rubrique « L’Autobiographie ou l’écriture de soi ».
www.weblettres.net/wif/
Revues
– Le Français aujourd’hui, « Le Biographique », n° 147, Association française des enseignants de français (AFEF), octobre 2004.
– TDC, « L’Écriture de soi », CNDP, n° 884, 15 novembre 2004. Ce dossier aborde l’expression de soi à travers le roman, la poésie, le théâtre, le cinéma ou la peinture. Autant de modes d’expression pour tenter de se connaître.
– TDC, « L’Autoportrait », CNDP, n° 853, 1er avril 2003. Exercice de virtuosité technique, signe d’une promotion sociale, expression d’une interrogation métaphysique, l’autoportrait est abordé dans ce numéro comme une quête commune à tous les hommes, celle de son identité.
– La Faute à Rousseau, revue trisannuelle de l’APA (Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, fondée par Philippe Lejeune et Chantal Chaveyriat-Dumoulin).
– Le Magazine littéraire, « Les écritures du Moi », n° 409, mai 2002.
– Lire au lycée professionnel, « Histoires de vie », été 2001, n° 35-36. Réflexions et propositions autour de l’engouement des adolescents et des jeunes adultes pour les « histoires de vie ». Les profits et risques des formes autobiographiques, la part de littérature dans ces textes.
Sur le Web
Sites spécialisés
- Autopacte
Animé par Philippe Lejeune, Autopacte regroupe toutes les références de ses travaux, quelques articles ainsi qu’une bibliographie exhaustive sur les questions relatives aux écritures autobiographiques. Philippe Lejeune propose également, à l’intention des enseignants de français au lycée, une anthologie de « préambules autobiographiques », ou de commentaires sur leur pratique faits par des diaristes, de Montaigne à Marie Bashkirtseff, ainsi qu’un canevas où il a classé tous les sujets susceptibles d’être abordés dans le cadre de l’étude de l'expression autobiographique. (Voir notamment l'article «Enseigner à écrire l'autobiographie »).
www.autopacte.org/

- Site de l’Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA)
Fondée en 1991 par Chantal Chaveyriat-Dumoulin et Philippe Lejeune, l'APA collecte, archive et rend compte des textes autobiographiques qui sont déposés auprès d'elle. Son but est de valoriser le patrimoine que constituent les journaux intimes. Elle publie notamment la revue trisannuelle La Faute à Rousseau.
http://sitapa.free.fr/

- Face à face
Une exposition virtuelle de la BnF pour travailler sur le portrait et l'autoportrait.
http://expositions.bnf.fr/

- Le répertoire de sites de WebLettres
Rubrique « Lycée, première, le biographique » : un recensement exhaustif des pages web utiles pour aborder cet objet d’étude. Voir aussi la rubrique « Collège, troisième, expression de soi ».
www.weblettres.net/
Articles en ligne
- Portraits du sujet, fin de XXe siècle. Reprise d'une conférence sur la littérature française contemporaine de Dominique Viart, professeur à Lille-III, sur le site remue.net de François Bon.
www.remue.net/

- Le journal au bac , Philippe Lejeune, à propos de l’objet d’étude « le biographique » au programme de première, paru dans Le Français aujourd’hui (AFEF), n° 147, octobre 2004 et publié sur Autopacte.
www.autopacte.org/

- La poésie, autobiographie d'une soif . Cet article du poète Michel Maulpoix publié sur son site personnel tente de définir le rapport entre la poésie et l’écriture autobiographique.
www.maulpoix.net/

- Un problème littéraire : la figuration de soi. Cours du département de Français moderne de l’Université de Genève, de 2003 à 2005 sur les problématiques et sous-genres de l’écriture autobiographique.
http://www.unige.ch/

- L'autofiction : une réception problématique , par Mounir Laouyen, université Blaise-Pascal. Article publié sur Fabula.org dans le cadre du colloque « Frontières de la fiction » : « quelques éclairages sur une catégorie textuelle qui recouvre des autobiographies rebelles ou transgressives ayant reçu le nom d'autofiction » (rubrique « Réflexions générales »).
www.fabula.org/

- Autofiction en question . Sept articles d’universitaires de Rennes-II interrogeant la notion d’autofiction introduite par Serge Doubrovsky
www.uhb.fr/

- Blogs et wikis, des kits de publication pour tous  (PDF, 629 ko), Les Dossiers de l’ingénierie éducative, CNDP, n° 52, octobre 2005 (Un point d’actu : Outils de publication et de travail collaboratif). Qu’est-ce qu’un wiki ? Qu’est-ce qu’un blog ? Comment les installer ? Comment s’en servir ? Quels usages à l’école ? Quelques remarques sur l’intérêt du blog pour le cours de français.

- Je blogue, tu blogues, nous bloguons. Du carnet individuel à l’écriture collective  (PDF, 108 ko), Évelyne Broudoux, Les Dossiers de l'ingénierie éducative, « Publier en ligne aujourd'hui », CNDP, n° 45, décembre 2003.

- Désir de s’exposer, désir d’écrire (PDF, 150 ko), Janique Laudouar, Les Dossiers de l'ingénierie éducative, « Publier en ligne aujourd'hui », CNDP, n° 45, décembre 2003 (Un point d’actu : Écritures hypertextuelles). Le désir d'exposition, chez les jeunes ou chez les adultes, semble être une composante du paysage médiatique. La publication sur le Web correspond-elle à un désir d'écrire qui aurait changé de support à l'ère numérique ou à un objectif plus proche de la quête d'identité et du désir de s'exposer, « egonet » déclinant Star Academy en ligne ?

- « Soi comme objet biographique », François Dubet, à propos de la démocratisation du discours sur soi. Article paru dans Le Français aujourd’hui (AFEF), n° 147, octobre 2004 et publié dans la rubrique Actu Revues de WebLettres.
www.weblettres.net/
Médiagraphie
Vidéocassettes
- Jean-Bernard Pouy à la recherche de Georges Perec, in Recherche d’auteur 2, CNDP/La Cinquième, collection « Galilée », 2001. Une vidéocassette, 3 x 13 min ; trois livrets. L’auteur de romans policiers rend hommage à Georges Perec pour qui « l’écriture est le souvenir de [la] mort [de ses parents] et l’affirmation de [s]a vie ».
Notice Cyberlibrairie

- Alain Vircondelet à la recherche de Marguerite Duras, in Recherche d’auteur 4, CNDP/La Cinquième, collection « Galilée », 2001. Une vidéocassette, 3 x 13 min ; trois livrets. Alain Vircondelet part en quête du mystère de l’écriture de Duras et nous fait partager sa connaissance d’un auteur dont l’œuvre a toujours opéré la fusion du roman avec la vie.
Notice Cyberlibrairie
Diapositives
L’Autoportrait, collection « Actualité des arts plastiques », 1997. Pack de 24 diapositives. Œuvre destinée au public ou au huis clos de l'atelier, l'autoportrait est le lieu privilégié des expériences picturales les plus hardies. De Rembrandt à Cézanne, de Titien à Van Gogh, de Poussin à Picasso ou Bacon, il révèle l'ambition d'un artiste.
Notice Cyberlibrairie
À propos
Ce dossier de la collection « Thém@doc » a été réalisé en collaboration avec l’association WebLettres pour accompagner les professeurs de français dans la mise en œuvre des programmes. Il apporte un éclairage théorique sur les genres autobiographiques, accompagné d’activités pour aborder ce thème en classe. Il est composé d’une sélection de textes issus d’un ouvrage imprimé, L’Autobiographie ou l’écriture de soi, comportant notamment plusieurs séquences didactiques pour les classes de troisième et de première.

Les conditions d'usage de « Thém@doc » précisent l'exploitation de ces dossiers ainsi que les clauses légales relatives à la collection.

Auteurs
Pour la partie « Repères »  Karine Hurtevent (Caroline d’Atabekian pour le chapitre « Le blog : un journal pas si intime »)
Pour la partie « En pratique » : Caroline d’Atabekian (« Blog different ou "Le Pacte du diariste" »), Véronique Brémond-Bortoli (« Peurs enfantines »), Élise Dalle-Rive (« S’initier aux formes de récits de vie »), Marie-Laure Tres-Guillaume (« L’autobiographie dans les dictionnaires en ligne »).

Remerciements à Alain Pujat, IA-IPR, pour sa relecture critique.

 
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