L'autobiographie
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Le narrateur et l’énonciation

Niveau 3e

La question du narrateur et de l’énonciation est cruciale pour la compréhension des trois textes et particulièrement de leur caractère autobiographique. En effet, la troisième personne employée par Jules Renard et la deuxième personne par Charles Juliet n’engagent pas les élèves à supposer que chacun rapporte une véritable expérience personnelle. Quant au je de Nathalie Sarraute, il est imbriqué dans un réseau énonciatif brouillé entre un elle allégorique et un on indéfini dont on aura parfois un peu de mal à convaincre les élèves qu’ils désignent respectivement la peur et les adultes (probablement les parents). En outre, l’absence de retour à la ligne pour marquer le discours direct rend confus même le tu, qui n’est que le je inversé dans la bouche des parents.
Quels sont donc les choix de chaque texte et pourquoi ? Celui de Jules Renard paraît clair et classique de ce côté : le narrateur écrit à la troisième personne et n’est pas un personnage du récit. Et pourtant… son point de vue, qui transparaît dès les premières lignes, montre qu’il voit les choses non seulement comme s’il était présent dans la maison : « C’est vrai. On peut s’en assurer par la fenêtre », mais encore comme s’il était Poil de Carotte lui-même, puisque Félix est appelé « Grand-frère Félix » et Ernestine « sœur Ernestine ». La découverte et le recensement de ces procédés de focalisation interne avec les élèves sont l’occasion de leur dire que Poil de Carotte est un roman autobiographique, ce qui signifie que l’auteur part de souvenirs véritables mais brode à partir d’eux un roman dont le rapport à la réalité n’est pas garanti.
Chez Sarraute, l’emploi de la première personne, en plus du titre de l’œuvre, met immédiatement les élèves sur la piste de l’autobiographie. Mais le système complexe de pronoms personnels brouille les pistes ; la Peur devient un personnage à part entière : « ... elle est là partout […] elle vacille dans les flammes des grands cierges […] elle s’épand tout autour, emplit ma chambre… ». On découvre à cette occasion l’allégorie comme figure de rhétorique, mais aussi comme topos dans la peinture classique, car le passage est très visuel : on imagine une figure féminine comme on en voit dans certaines grandes œuvres (la Justice, la Mort…). L’idéal est alors de disposer d’images allégoriques pour les montrer aux élèves. L’ensemble se complique lorsque les adultes arrivent. Le pronom elle disparaît (chassé par les adultes protecteurs), le je s’éclipse un moment puisqu’on entre dans le discours direct où l’enfant est désigné par la deuxième personne. Mais les parents sont unanimement désignés par on, que ce soit un on défini qui remplace le nous du discours direct : « – On a oublié de recouvrir le tableau », ou un on indéfini utilisé par le narrateur pour désigner les adultes, qui lui permet de rester dans l’imprécision concernant leur identité et leur nombre : « On prend n’importe quoi, une serviette de toilette, un vêtement, et on l’accroche le long de la partie supérieure du cadre… ».
Enfin, dans Lambeaux, si la deuxième personne ne semble pas la plus appropriée pour l’autobiographie, au moins surprend-elle les élèves, qui peuvent se demander à qui s’adresse le narrateur. On pourra partir du titre de l’œuvre pour attester son appartenance à l’autobiographie, si les élèves font le rapprochement entre les « lambeaux » et les bribes de souvenir d’enfance ici relatés. On en déduira que le tu est la manière qu’a trouvée l’auteur pour marquer la distance entre l’enfant qu’il fut et l’adulte qu’il est (ou l’enfant qu’il n’est plus), manière de dire qu’il n’y a peut-être pas, ou plus tout à fait identité entre le narrateur et le personnage, à cause des années qui les séparent.

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