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| L'autobiographie ou l'écriture de soi |

Collège/Lycée
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Plusieurs facteurs contribuent au renouvellement du genre autobiographique au XXe siècle, en particulier à son renouvellement formel, notamment à partir d’une mise en cause de l’autobiographie traditionnelle qui peine à s’adapter aux nouvelles problématiques d’identité. La première cause de changement est la révélation par la psychanalyse du caractère illusoire de la connaissance de soi. La psychanalyse met en pleine lumière des aspects jusque-là rejetés comme la sexualité. Face à ces découvertes, l’exigence de sincérité de l’écriture autobiographique a-t-elle encore un sens ? Le respect de la chronologie est-il toujours nécessaire ? Gide soutient que non :
 André Gide, 1948.
© Bianconero/akg-images. |
« Sans doute un besoin de mon esprit m’amène, pour tracer plus purement chaque trait, à simplifier tout à l’excès ; on ne dessine pas sans choisir ; mais le plus gênant c’est de devoir présenter comme successifs des états de simultanéité confuse. Je suis un être de dialogue ; tout en moi combat et se contredit. Les mémoires ne sont jamais qu’à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité : tout est toujours plus compliqué qu’on ne le dit. Peut-être même approche-t-on de plus près la vérité dans le roman1. »
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Cette dernière interrogation de Gide pourrait trouver un écho dans le terme « d’autofiction » inventé par Doubrovsky vingt-cinq ans plus tard. Le recours à la fiction pour se dire est donc envisagé. On peut également mentionner l’influence de la Seconde Guerre mondiale dans la remise en cause de l’autobiographie traditionnelle. Comment dire l'insoutenable comme la déportation ? Pour Jorge Semprun, il s'agit d’exploiter l’aspect littéraire de l’œuvre :
 Jorge Semprun, 2002.
© Doris Poklekowski/akg-images. |
« Pourtant, un doute me vient sur la possibilité de raconter. Non pas que l’expérience vécue soit indicible. Elle a été invivable, ce qui est tout autre chose, on le comprendra aisément. Autre chose qui ne concerne pas la forme d’un récit possible, mais sa substance. Non pas son articulation, mais sa densité. Ne parviendront à cette substance, à cette densité transparente que ceux qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique, un espace de création. Ou de recréation. Seul l’artifice d’un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage2. »
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Enfin, le genre autobiographique peut également finir par entraîner une certaine méfiance, comme l'exprime Nathalie Sarraute dans les premières lignes d’ Enfance, en soulignant le caractère désormais convenu et stéréotypé d’une telle entreprise :
 Nathalie Sarraute, 1999.
© Marion Kalter/akg-images. |
« – Alors, tu vas vraiment faire ça ? "Évoquer tes souvenirs d’enfance"… Comme ces mots te gênent, tu ne les aimes pas. Mais reconnais que ce sont les seuls mots qui conviennent. Tu veux "évoquer tes souvenirs"… il n’y a pas à tortiller, c’est bien ça3. »
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Pour pallier ces nouvelles difficultés, une recherche formelle du langage comme moyen de se dire et de s’inventer se développe. Michel Leiris justifie ainsi l’activité littéraire : « Mettre en lumière certaines choses pour soi en même temps qu’on les rend communicables à autrui [...] l’un des buts les plus hauts qui puissent être assignés à la forme pure, j’entends : la poésie, est de restituer au moyen des mots certains états intenses, concrètement éprouvés et devenus signifiants, d’être ainsi mis en mots4. »
Il faut donc trouver une forme et un langage pour se dire, et c’est ce à quoi il s’emploie dans La Règle du jeu. On en trouve de multiples exemples. Nathalie Sarraute, dans Enfance, choisit d’utiliser la forme dialogique, mimant une discussion entre elle et son double, sa conscience. Georges Perec, quant à lui, a besoin d’une forme pour se construire. Il choisit donc, pour W ou le Souvenir d’enfance, deux récits intercalés : un récit autobiographique constitué du peu de souvenirs qu’il a, souvent faux ou de seconde main, et le récit de la vie sur l’île W, semblable aux pays soumis au fascisme ou au nazisme, métaphore d’un univers concentrationnaire. C’est de l’entremêlement de ces deux récits que Georges Perec essaie de dégager sa vie.
Enfin, à partir du dernier tiers du XXe siècle, apparaissent de nombreuses œuvres manifestement autobiographiques mais qui restent indéterminées, ne posent aucun pacte ou déclarent appartenir à un genre fictionnel. On pense à Annie Ernaux5 qui reste dans l’indétermination énonciative. En effet, le récit est fait à la première personne et les événements racontés sont autobiographiques (l’obtention de son CAPES et la mort de son père dans La Place) ; mais à aucun moment elle n’identifie explicitement le pronom je à l’individu Annie Ernaux en se nommant. Charles Juliet, quant à lui, qualifie son œuvre Lambeaux de « récit6 » en même temps qu’il fait le choix de la deuxième personne du singulier, pour s’adresser à la fois à sa mère (qu’il n’a pas connue) et à lui-même.
Ce ne sont là que quelques exemples de ces expérimentations formelles qui conduisent à un renouvellement du genre autobiographique.
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