EN PRATIQUE

S'initier aux différentes formes de récits de vie 

L'autobiographie ou l'écriture de soi

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Les textes

Niveau 3e, 2de ou 1re

Au début de l’heure, on distribue les six courts extraits suivants puis on laisse le temps de les lire.

Extrait 1
28 octobre 1898
J’ai été heureuse, oui. Maintenant, j’en ai assez. Oh, pas des parties folles avec mon grand ami, pas de la gaîté ni de l’insouciance, non, mais de tous les autres, de ma grand-mère, de cette huître de Leconte de Lisle, de ma mère, surtout, surtout !
Catherine Pozzi, Journal de jeunesse (1893-1906), Verdier, 1995.


Extrait 2
Molière, huile sur toile de Nicolas Mignard vers 1657, Paris, musée Carnavalet.
© Erich Lessing/akg-images.

Le vendredi 17 février, au cours du dernier intermède qui voit Argan intronisé médecin par une Faculté de Médecine en folie, il dissimule dans un rire un hoquet de sang annonciateur de l’hémorragie qui l’emportera quelques heures plus tard.
Il meurt chez lui vers 10 heures du soir, sans avoir pu abjurer la profession de comédien ni recevoir les sacrements, deux prêtres de la paroisse de Saint-Eustache ayant refusé de se déplacer et le troisième étant arrivé trop tard. Le curé de Saint-Eustache peut donc légitimement refuser la sépulture chrétienne. Mais le Roi, aux pieds duquel Armande était venue se jeter, ayant fait recommander « d’éviter l’éclat et le scandale », l’Archevêque de Paris autorise l’inhumation dans le cimetière de la paroisse – « à condition néanmoins que ce sera sans aucune pompe, et avec deux prêtres seulement, et hors des heures du jour ».
Georges Forestier, Molière en toutes lettres, Bordas, 1990.


Extrait 3
L’homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise. Il regarde la jeune fille au feutre d’homme et aux chaussures d’or. Il vient vers elle lentement. C’est visible, il est intimidé. Il ne sourit pas tout d’abord. Tout d’abord il lui offre une cigarette. Sa main tremble. Il y a cette différence de race, il n’est pas blanc, il doit la surmonter, c’est pourquoi il tremble. Elle lui dit qu’elle ne fume pas, non merci. Elle ne dit rien d’autre, elle ne lui dit pas laissez-moi tranquille. Alors il a moins peur. Alors il lui dit qu'il croit rêver. Elle ne répond pas. Ce n'est pas la peine qu'elle réponde, que répondrait-elle. Elle attend. Alors il le lui demande : mais d'où venez-vous ? Elle dit qu'elle est la fille de l'institutrice de l'école de filles de Sadec.
Marguerite Duras, L’Amant, Minuit, 1984.


Extrait 4
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux. Versailles, Château et Trianons.
© Erich Lessing/akg-images.

Parmi les jeunes gens dont j’attirais les regards, il y en eut un que je distinguai moi-même, et sur qui mes yeux tombaient plus volontiers que sur les autres.
J’aimais à le voir, sans me douter du plaisir que j’y trouvais : j’étais coquette pour les autres, je ne l’étais pas pour lui ; j’oubliais à lui plaire, et ne songeais qu’à le regarder.
Marivaux, La Vie de Marianne (1731-1742).


Extrait 5
Joseph Staline (1879-1953). Portrait, 1945.
© akg-images.

Pendant les quinze heures que durèrent, au total, mes entretiens avec Staline, j’aperçus sa politique, grandiose et dissimulée. Communiste habillé en maréchal, dictateur tapi dans sa ruse, conquérant à l’air bonhomme, il s’appliquait à donner le change. Mais si âpre était sa passion qu’elle transparaissait souvent, non sans une sorte de charme ténébreux.
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome III : « Le salut » (1954-1959), Plon, 1959.


Extrait 6
Portrait de Rousseau par Maurice Quentin de La Tour.
© Musée Quentin-de-La-Tour, Saint-Quentin.

Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi, seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions (1765-1770), incipit.

 
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