Texte n° 1 – La méthode de la physique selon Einstein
« Nul doute que l’hostilité de ces chercheurs [Ostwald, Mach] envers la théorie atomique doive être rapportée à leur attitude philosophique positiviste. [...] Cet exemple montre de manière intéressante comment des préjugés philosophiques peuvent entraver l’interprétation des faits, même chez des chercheurs qui ne manquent ni d’audace intellectuelle, ni de finesse instinctive. En l’occurrence, le préjugé – qui est loin d’avoir disparu – consistait à croire que les faits pourraient et devraient apporter à eux seuls les connaissances scientifiques, sans qu’il faille avoir recours à de libres constructions conceptuelles. Si une telle illusion est possible, c’est parce qu’il est difficile de voir que des concepts éprouvés, en usage depuis longtemps et qui donc semblent directement liés au matériel empirique, résultent, en fait, d’un libre choix. »
Autoportrait, 1949,
In Albert Einstein, physique, philosophie politique.
Textes choisis et commentés par Françoise Balibar
Seuil, rééd. 2002 (coll. « Points Sciences »)
|
|
Pour aller à la rencontre de ce texte
1. Cherchez dans un dictionnaire une définition du mot « positivisme ».
2. Traduisez « théorie atomique » : théorie qui …….
3. Traduisez par un mot simple et souvent utilisé en physique l’expression « matériel empirique ».
4. Einstein se déclare-t-il positiviste dans ce texte ? (oui/non)
5. Soulignez les mots antagonistes « préjugés » et « faits ». Qu’est-ce qu’un préjugé ? Donnez des exemples tirés de la vie courante. Que serait un préjugé en physique ?
6. Entourez la proposition correcte, à la lumière de ce texte :
- Einstein estime qu’il valait mieux éviter de faire l’hypothèse de l’existence des atomes tant que celle-ci n’était pas prouvée.
- Einstein estime qu’il était indispensable pour faire avancer la recherche d’oser faire l’hypothèse que les atomes existaient (et de tester les conséquences de cette hypothèse), avant d’être sûr que cette hypothèse était correcte.
- Einstein dit essentiellement autre chose que les deux propositions précédentes.
7. Combien le texte cité comporte-t-il de phrases ? (devinez d’abord sans relire) Marquez d’un trait dans la marge la phrase de ce texte qui exprime l’idée que vous avez retenue à la question précédente.
8. Traduisez la dernière phrase dans un langage plus simple, en utilisant par exemple le mot « habitude ». Connaissez-vous une théorie d’Einstein qui nous a forcé à renoncer à l’idée que ce que nous percevions était directement la réalité ?
9. Pensez-vous qu’Einstein exprime de l’hostilité à l’encontre de la philosophie en général (pour ce qui est de son utilité pour la pratique scientifique) ?
Texte n°2 – Pour bien conduire sa raison
« Ma seconde maxime était d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne pas suivre moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m’y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. Imitant en ceci les voyageurs qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, ni encore moins s’arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu’ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n’ait peut-être été au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir : car, par ce moyen, s’ils ne vont justement où ils désirent, ils arriveront au moins à la fin quelque part, où vraisemblablement ils seront mieux qu’au milieu d’une forêt. […] »
René Descartes,
Discours de la méthode (1637)
|
|
Questions (en vue de mettre ce texte en relation avec celui d’Einstein)
1. Après avoir bien lu le texte, et si possible sans plus le regarder après cela, résumez à votre façon d’une phrase (contenant le mot « parce que ») le sens littéral de ce texte.
2. Réfléchissez concrètement : si vous étiez vous-même perdu en forêt, suivriez vous la méthode de Descartes pour essayer de vous en sortir ? (des arguments pour et contre peuvent être trouvés !)
3. Comment peut-on essayer de transposer le sens littéral de ce texte (le promeneur dans la forêt) au problème de la recherche de la vérité dans les sciences ? Diriez-vous que Descartes exprime ici un point de vue qui aurait été approuvé par les philosophes positivistes (qui lui sont postérieurs) ? Pensez-vous qu’Einstein aurait approuvé ici Descartes ? (une réponse nuancée est possible !)
|
|

|
© SCÉRÉN - CNDP Créé en mars 2005
- Tous droits réservés. Limitation à l'usage
non commercial, privé ou scolaire.
|
|