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Le XVIIIe siècle et les sciences expérimentales
Petit à petit, la référence aux Écritures Saintes n’apparaît plus de mise. René Descartes, philosophe, mathématicien et physicien français (1596-1650), en particulier, considère que si Dieu a créé le monde, il faut appliquer les lois de la physique pour en comprendre l’évolution. Initialement même, il s’agissait de vérifier la véracité du Déluge, décrit par la Bible et attesté par les fossiles marins trouvés partout sur la Terre, y compris en montagne. Un précurseur de Buffon, Benoît de Maillet (1656-1738), consul de France en Égypte, partant de l’hypothèse que toute la Terre a émergé de la mer, extrapole les vitesses d’élévation des continents et aboutit à un âge de la planète de 2 milliards d’années. Notons qu'il prendra la précaution d’écrire clandestinement (sous l’anagramme de Telliamed), et ne sera par ailleurs publié que dix ans après sa mort, aux Pays-Bas.
 Portrait de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, par François-Hubert Drouais (1727-1775), portraitiste français. |
Le naturaliste (mais aussi mathématicien et écrivain) Georges Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788), peut être considéré comme le père de la datation scientifique. Son hypothèse est que notre planète est initialement une sphère chauffée au rouge (ce qui définit le temps de la naissance de la Terre) et qui se refroidit pour atteindre sa température actuelle. Ce temps de refroidissement permet alors d’estimer son âge. Des mesures de temps de refroidissement de sphères de rayons différents lui permettent d’extrapoler (hélas linéairement), au rayon de la Terre. Il trouvera, à partir de ces temps de refroidissement expérimentaux, un âge de 77 000 ans pour la Terre, ce qui est, même si cette valeur est infiniment sous-estimée, loin de l’âge officiel issu de la Bible. Sommé en 1751 par les députés et syndics de la Faculté de théologie de se rétracter pour ses « propositions contraires à la croyance de l'Église », il se justifie par la suite en écrivant qu’il « valait mieux être plat que pendu », déclaration qui fait écho au fameux « Eppur si muove » (« et pourtant, elle tourne »), attribué à Galilée, après son abjuration. Buffon fera également d’autres considérations sur le temps de sédimentation : il calcule la vitesse de sédimentation nécessaire pour former une strate (en millimètres par an), puis, par une règle de trois, aboutit à un âge de la Terre de quelques millions d’années (prudemment non publié).
Halley, Newton
Edmund Halley (1656-1743), astronome britannique (de la comète du même nom), va supposer que la salinité de la mer lui a été apportée par l’eau douce des rivières ! Il n'y a pourtant aucun paradoxe : l'eau réputée douce contient en fait un peu de sel, qui alimente continuellement les océans. Ces derniers, à leur tour, perdent en permanence de l'eau vraiment douce par évaporation : le bilan est clair, les océans se salent. Estimant les débits des rivières et leurs teneurs en sel, on peut tirer l'âge des océans de leur salinité. C'est bien sûr un modèle ultrasimplificateur, que l'on sait aujourd’hui faux puisqu’il y existe d’autres sources de gain et de perte de sodium dans l’océan. Mais ce modèle est typique d’une démarche scientifique. Halley ne donne pas d'âge, mais estime que cela prouverait que la Terre est infiniment plus vieille qu’on ne le pense. Cent ans plus tard, cette idée sera exploitée par le géologue irlandais John Joly (1857-1933) qui conclura à un âge de la Terre compris entre 25 et 200 millions d’années (voir le problème dans la partie « En pratique »). Donc, aux XVIIe et XVIIIe siècles vont coexister des âges de la Terre fournis par la Bible et par les sciences naturelles et expérimentales. Ainsi, Newton, bien que né après la mort de Galilée, apparaît, du point de vue de sa référence au texte de la Bible, davantage comme un homme du Moyen Âge que son prédécesseur (voir notamment les extraits de textes dans la partie « En pratique »).
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