L'âge de la Terre
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La foi et la raison

Niveau terminale
Fiche professeur
Objectifs
Il s'agit d'un commentaire explicatif de textes de Galilée, d’Averroès et de Maïmonide qui concernent les rapports entre la foi et la raison. Cette étude est proposée pour des élèves de terminales scientifique, littéraire ou de sciences économiques et sociales.
Dès le début du Moyen Âge, nombreux sont les savants qui cherchent une façon de lire le Livre saint qui ne s’oppose pas aux vérités scientifiques. Citons, entre autres, saint Augustin (IVe siècle), saint Bonaventure (XIIIe siècle), Nicolas Oresme (XIVe siècle). Dans le monde musulman, le Coran, qui reprend la Genèse de la Bible, va susciter les mêmes interrogations. Il faut alors citer Avicenne (XIe siècle) et Averroès (XIIe siècle) pour les plus connus, lesquels influenceront d'ailleurs largement les penseurs de l’Occident chrétien.
Nous citons longuement Galilée, en raison à la fois de son importance et de sa clarté. Ce dernier était nourri de la culture du Moyen Âge à laquelle il ne fait pas explicitement référence mais qui, contrairement à ce que les écrivains de la Renaissance, ont voulu faire croire, n’était pas si « moyenâgeuse » (obscurantiste, figée dans un dogmatisme incontestable). C'est en fait la contre-Réforme imposée par l’église catholique, et mise en place par le Concile de Trente (à partir de 1545), qui va constituer un raidissement de l’institution sur l’interprétation des Écritures (dont elle ne veut pas laisser le monopole aux protestants qui prônent un retour au texte).
Galilée et le poids de la Bible
a. En comparaison avec les savants de son époque – et même d’un ou deux siècles plus tard – Galilée (1564-1642) est très moderne. Pour lui, à chaque fois que la raison et l'expérience semblent contredire le Livre saint, c'est qu'on aura à tort interprété ce dernier littéralement, sans comprendre qu'il avait été écrit pour des gens ignorants, à l'époque. La tâche des savants consiste alors à découvrir le sens caché des Écritures : on dirait aujourd'hui « contextualiser ». Galilée est un excellent avocat : dans la première citation, il prétend même que l'interprétation littérale peut conduire au blasphème et démontre ensuite que partir de la Bible, au vu des contre-vérités apparentes qu'elle contient, peut faire douter de son autorité et donc saper les fondements de la « vraie religion ». Face à des contradictions apparentes, il faut d’abord vérifier les démonstrations et expériences avant de les confronter aux Écritures saintes.
b. En revanche, la parole des Pères de l'Église est historiquement datée. Galilée distingue habilement la parole divine de celle d'hommes comme les Pères de l’Église, certes inspirés par Dieu, mais qui peuvent être victimes des préjugés et de l'ignorance de leur temps. Il y a donc contradiction entre l’argumentation de Galilée et celle des Pères de l’Église mais pas de contradiction interne dans l’argumentation globale de Galilée.
c. En ce qui concerne « le salut de l'âme », comme il est peu probable qu'aucune expérience ne mette jamais en défaut le Livre sacré à ce sujet, Galilée juge plus sage d'en conserver le sens littéral. Prudence ou concession de Galilée vis-à-vis d'une affirmation qui n'engage à rien ?
Bien que ces textes aient été écrits avant son procès, ils sont structurés comme des défenses juridiques. On y trouvera l'argumentation moderne inévitable pour tout croyant d'une religion du Livre (chrétien, juif, musulman) qui ne veut pas ignorer les résultats de la science.
Averroès et le Coran, Maïmonide et la Torah
Averroès (1126-1198) sera pour l’Occident chrétien le grand passeur et commentateur de l’œuvre d’Aristote qu’il vénérait. Le problème s’est donc posé pour lui (de même que pour les chrétiens) de concilier l’enseignement d’Aristote avec le contenu du « livre précieux ».

a. « Obvie » veut dire évident, manifeste, premier degré ; vient du latin « devant le chemin » (à donné obvious, en anglais).
b. « Le résultat de la démonstration », c’est sensiblement l’application de la philosophie et du raisonnement aristotélicien. Le raisonnement aristotélicien est ici essentiellement celui de la logique du syllogisme. Exemple de syllogisme le plus cité : tous les hommes sont mortels (prémisse), Socrate est un homme (prémisse), donc Socrate est mortel (conclusion). En première approximation, Maïmonide, en suivant la tradition aristotélicienne, distingue trois syllogismes : le démonstratif, le dialectique et le rhétorique et ce par ordre décroissant de certitude des prémisses. L'exemple donné est typiquement démonstratif.
c. Le texte d’Averroès est plus vague que celui de Galilée car pour ce dernier, lorsqu’il y a une contradiction apparente, le point de départ de la discussion doit être celui « des arguments rationnels » et non pas les Écritures. En revanche, le texte d’Averroès est plus précis parce qu’il affirme qu’à chaque fois qu’on doit s’éloigner du sens « obvie » d’une proposition, on en trouvera toujours une autre dans ce même « livre précieux » dont le sens « obvie » justifiera l’interprétation.
d. Au sens classique, deux mots sont homonymes s’ils ont même prononciation, voire même orthographe, mais des sens différents. Chez Maïmonide, comme chez à peu près tous les commentateurs des livres saints (Bible, Coran), cela signifie plutôt « ne pas prendre au pied de la lettre ». Il pourrait s’agir d’un sens imagé. Par exemple, les six jours de la création du monde pourraient être six périodes, les deux luminaires allumés (la lune et le soleil) seulement une image…

Moïse Maïmonide (1135-1204), philosophe et médecin juif, a joué un rôle analogue à celui d’Averroès. Il développe pour la Torah (qui comporte la « Genèse » de la Bible judaïque) une vision proche de ce dernier. Comme lui, il insiste sur le fait que l’interprétation non obvie du texte sacré est quelquefois nécessaire mais doit être laissée aux « savants » car la masse des fidèles pourrait être amenée à douter de la véracité de l’Écriture.
Prolongements de réflexion : Newton et le Livre saint
Considéré comme un des plus grands génies scientifiques de tous les temps, Newton (1643-1727) reste, du point de vue de sa philosophie religieuse, davantage un homme du Moyen Âge. Certes, il reconnaîtra la nécessité d’une lecture allégorique de la Bible, mais seulement en cas d’impossibilité stricte de faire autrement. Il écrira de façon étonnante : « La religion et la philosophie doivent être maintenues distinctes, nous ne devons pas introduire de révélations divines en philosophie, ni d’opinions philosophiques en religion. »
N’empêche qu’il considère le Livre saint comme une véritable source de connaissance historique :

« Reconnaître comme le sens véritable de toute partie de l'Écriture celui qui résulte de la manière la plus libre et la plus naturelle de l'usage et des convenances du langage et de la teneur du contexte dans ce passage et dans d'autres passages de l'Écriture visant au même sens. Car, si ce n'est pas là le véritable sens, alors celui-ci est incertain, et nul ne peut atteindre à la moindre certitude dans sa connaissance. Cela revient à dire que les Écritures ne sont pas une règle de foi certaine, ce qui fait tort à l'esprit de Dieu qui les a dictées.
Celui qui, sans meilleur fondement que son opinion privée ou celle de quelque autorité humaine que ce soit, transformera la signification obvie de l'Écriture en Allégorie, ou en tout autre sens moins naturel, déclare par là qu'il place davantage de confiance dans ses propres fantaisies ou dans cette autorité humaine que dans l'Écriture. Et par conséquent l'opinion de tels hommes, si nombreux soient-ils, ne doit pas être considérée. C'est en raison de cela, et non de quelque incertitude réelle propre à l'Écriture, que les Commentateurs ont tellement déformé celle-ci. Et c'est par cette porte que toutes les hérésies se sont glissées et ont chassé la foi antique ».
Isaac Newton, Écrits sur la religion, Gallimard, 1996.

Il faut savoir qu’il consacrera autant de temps à étudier la religion et l’alchimie (pratiquement passée aux oubliettes de l’histoire) que la physique et les mathématiques.

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