REPÈRES

La « pré-science »

L'âge de la Terre

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L’Antiquité
Pour Aristote (384-322 av. J.-C.), la Terre, en perpétuel changement, a toujours existé. Ce penseur majeur de l’Antiquité grecque a laissé une œuvre considérable, allant de la logique formelle à la biologie. Sa physique divisait l’Univers en un monde « sublunaire » (du centre de la Terre jusqu’à la Lune) et un autre, « supralunaire » (au-delà de la Lune). Le premier était « corruptible », c’est-à-dire susceptible de changements et le second immuable et éternel.

Aristote par Raphaël, détail d’une fresque du Vatican : « L’école d’Athènes ». 1510-1511.


Il subsistera très longtemps une rémanence de cette conception comme en témoigne l’impossibilité pour les Académiciens de reconnaître l’existence même des météorites venues d'au-delà de la Lune. Il aura fallu attendre 1803 et le rapport extrêmement élaboré du physicien français Jean-Baptiste Biot (1774-1862) sur la météorite de L’Aigle pour démontrer l’origine extraterrestre de ces « pierres tombées du ciel ».
Le Moyen Âge
La pensée d’Aristote sera réintroduite au XIIIe siècle en Occident chrétien par Averroès (philosophe musulman, 1126-1198) et Maïmonide (philosophe juif, 1135-1204).

Averroès, Grand Commentaire, sur Aristote, De Anima. Deux versions latines et commentaire en petits caractères. Commentarium magnum Averrois in Aristotelis De Anima libros, traduit par Michel Scot vers 1230. Paris, troisième quart du XIIIe siècle. Manuscrit sur parchemin BnF, Manuscrits (Latin 16151 fol. 22).


Cependant, au Moyen Âge, l’âge de la Terre n’est pas une question essentielle : Jean Buridan, philosophe français réputé du XIVe siècle, écrivait : « Je suppose que le monde a perpétuellement existé, comme Aristote semblait l’entendre, bien que ce soit faux au gré de notre foi. »
Cette décontraction donne une image du Moyen Âge beaucoup moins figée que ne l'ont malicieusement décrit les hommes de la Renaissance. C’est en effet au XVIe siècle que l’Église catholique se raidira, avec la contre-Réforme qui visait surtout à ne pas laisser aux protestants le monopole du retour à l’Écriture.
La Renaissance
La Renaissance ouvre de nouveaux horizons. Citons pêle-mêle la découverte de l’Amérique (1492), l’utilisation généralisée de l’arme à feu et de l’imprimerie qui permettront l’hégémonie de l’Occident chrétien. Intellectuellement, elle va remettre en cause certaines notions fondamentales en proposant par exemple l’héliocentrisme de l’astronome polonais Nicolas Copernic (1473-1543), ensuite défendu avec acharnement par l’illustre savant italien Galileo Galilei (1564-1642) qui délogera la Terre – et donc l’Homme – du centre du monde. Non seulement la position de la Terre va être discutée mais aussi son âge (voir les extraits de textes dans la partie « En pratique »).
L’idée « naturelle » était, comme l’enseigne la Bible, que la Terre et la vie sont apparues ensemble (à trois jours près pour les plantes et six pour l’homme – et la femme). Le Livre saint étant alors considéré comme un livre d’histoire, c’est à cette aune que sont fixées les « datations absolues ». Ainsi, les plus grands esprits de cette époque opèrent des calculs savants qui tiennent compte des générations énumérées par la Bible, y ajoutant quelques considérations astronomiques et raccordant ces données à l’histoire écrite, voire aux légendes des Grecs.
– Isaac Newton, physicien et mathématicien (1642-1727), arrive ainsi à la date de formation de la Terre de 3998 ans avant J.-C.
– Johannes Kepler, astronome et physicien (1571-1630), trouve 3993 ans avant J.-C.
– James Usher, archevêque anglican (1581-1656), annonce 4004 ans avant J.-C., précisant même le jour de naissance : le 23 octobre ! Cette dernière estimation restera près de trois cents ans dans les éditions de la « Bible anglaise autorisée ».

Copie d'un portrait perdu de Johannes Kepler, peint en 1610, qui était conservé chez les Bénédictins de Krems.
Portrait de Jacob Usher dans “The story of Ireland”, d’Emily Lawless, 1896.



 
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