Dernier Jour d'un condamné : le prêtre, le roi et le bourreau
L'édifice social du passé reposait sur trois colonnes, le prêtre, le roi, le bourreau. Il y a longtemps déjà qu'une voix a dit : les dieux s'en vont ! Dernièrement, une autre voix s'est élevée et a crié : Les rois s'en vont ! Il est temps maintenant qu'une troisième voix s'élève et dise : Le bourreau s'en va !
Ainsi, l'ancienne société sera tombée pierre à pierre ; ainsi la providence aura complété l'écroulement du passé.
À ceux qui ont regretté les dieux, on a pu dire : Dieu reste. À ceux qui regrettent les rois, on peut dire : la patrie reste. À ceux qui regretteraient le bourreau, on n'a rien à dire.
Et l'ordre ne disparaîtra pas avec le bourreau ; ne le croyez point. La voûte de la société future ne croulera pas pour n'avoir point cette clef hideuse. La civilisation n'est autre qu'une série de transformations successives. [...]

Victor Hugo, extrait de la deuxième préface du Dernier Jour d'un condamné, 15 mars 1832.


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