Hugo, l’engagement républicain
REPÈRES  > L'homme engagé 
Une société en mutation
Un demi-siècle après la grande Révolution, 1848 sonne l'hallali de la Restauration et annonce le retour en force de la république. Il y aura pourtant, avant que ce régime puisse s'installer de façon durable, vingt ans d'Empire (1852-1870).
À la charnière du siècle, 1848 est aussi le point névralgique où se percutent violemment deux systèmes diamétralement opposés. Après le soubresaut révolutionnaire des Trois Glorieuses (juillet 1830), qui a mis fin à la Restauration, la monarchie de Juillet de Louis-Philippe (1830-1848) est marquée par une forte agitation politique... La société bouge : l'accélération du progrès économique et la révolution industrielle aux mains de la bourgeoisie secouent la société, remettant en question toutes ses valeurs. Une concentration urbaine sans précédent - Paris passe de 500 000 habitants en 1800 à un million en 1846 - accompagne le rassemblement social de nombreux producteurs sur un même lieu de fabrication.

La naissance du mouvement progressiste
En Europe, des intellectuels se saisissent de ces mutations sociologiques et questionnent à leur tour le mouvement social. Certains, de façon directe, par des contributions qui relèvent de l'économie politique ou de l'histoire ; d'autres, de façon plus souterraine, à travers des œuvres romanesques. En 1842, Cabet publie Le Voyage en Icarie. En 1845, Engels signe La Situation de la classe laborieuse en Angleterre. En 1846, Michelet publie Le Peuple, Dostoïevski Les Pauvres Gens et Proudhon La Philosophie de la misère. 1847 voit tout à la fois la publication de l'Histoire des Girondins de Lamartine, du premier tome de l'Histoire de la Révolution française de Louis Blanc, et des deux premiers tomes de l'Histoire de la Révolution française de Michelet.
En novembre 1845, sept mois après avoir été nommé pair de France par Louis-Philippe, Victor Hugo entame l'écriture d'un roman d'abord intitulé Jean Tréjean, puis Les Misères, avant qu'il ne devienne Les Misérables, roman que les ouvriers s'arracheront à la sortie des presses en 1862, dix-sept ans plus tard.
En 1848, Michelet et Hugo, chacun à sa manière, vont s'engager en tant que citoyens.


Le Dernier Jour d'un condamné.
Éd. Hetzel.
L'éducation, vecteur de la République
Michelet se drape dans son rôle d'historien et se ferme aux sollicitations afin de conserver sa liberté de jugement et de parole sur les actes du gouvernement. Il porte un regard critique sur l'histoire qui s'élabore sous ses yeux et livre des conseils d'une modernité remarquable. Pour lui, la tâche la plus urgente du mouvement progressiste est une œuvre d'éducation afin de propager dans les masses populaires les valeurs et les projets de la République. Et il faut porter particulièrement l'effort auprès des vingt-quatre millions de paysans qui constituent alors la grande majorité de la population française. Il juge nécessaire de réaliser l'unité des forces qui travaillent la société et de ne négliger dans cette bataille décisive aucun groupe social d'importance : ni les femmes catholiques, ni les hommes bonapartistes... Hors de cela, point de révolution ! Le journal intime de Michelet traduit ce souci de mener concrètement la lutte idéologique auprès du plus grand nombre. Le 16 juin 1848, il note : « Pour ceux qui savent lire : écoles d'adultes, journaux, bulletins très courts, affichés, vendus à deux liards, bibliothèques circulatoires... Pour ceux qui ne savent pas lire : presse pittoresque affichée, chansons chantées et affichées en dialectes différents, clubs pour lectures publiques ; de plus, pour les villes, concerts monstres. » Et l'historien envisage une librairie républicaine, financée par les mairies et les écoles, véritable « centrale pour le colportage et le chansonnage ». Sur ce thème, Michelet s'adresse dans le même temps au poète et chansonnier Béranger, réputé pour ses facultés de vulgarisation.

L'engagement pour une démocratie libérale et humanitaire

Les funérailles de Victor Hugo.
Le Monde illustré, n°1471, 6 juin 1885.
Cependant, le progressisme de Michelet 1, comme celui de Hugo, va être tétanisé face à « l'illégalité » des émeutes de juin 1848, qui amèneront six mois plus tard l'élection au suffrage universel du président Louis Napoléon Bonaparte. Mais dans la construction du processus historique, leurs attitudes vont alors diverger profondément : on assiste à une mise en retrait de l'engagement chez Michelet, et, au contraire, à un approfondissement de l'engagement chez Hugo. Élu représentant du peuple 2 à Paris en 1848, celui-ci va être de toutes les batailles d'idées. Et, défendant les principes humains et sociaux auxquels il a toujours cru, en particulier les idéaux de liberté et de justice, il s'écarte de ceux avec qui il a été élu. Ainsi, progressivement, son cheminement vers la république se parachève-t-il alors même que la Seconde République s'affaiblit.


 © SCÉRÉN - CNDP
    Avril 2002 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.