REPÈRES

L'Histoire dans la fiction 
Hugo, l’engagement républicain

Lycée : 2de, 1re


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REPÈRES
L'homme engagé
L'Histoire dans la fiction
Hugo à contretemps
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L'engagement de l'écrivain va bien au-delà de son engagement de citoyen, car c'est à travers son œuvre qu'il va mettre en mouvement la société. Mais lorsque la littérature se saisit d'un événement historique, elle le restitue sous divers éclairages. Le coup d'État de 1851 a eu un immense retentissement chez Hugo. Qu'en ont fait Flaubert et Zola ?

Un engagement politique porté par un souffle épique

Les représentan[t]s représentés.
Honoré Daumier. Le Chavari n° 201, 20 juillet 1849.
Le coup d'État du 2 décembre 1851 agit directement sur la vie et l'œuvre de Victor Hugo, puisqu'exilé jusqu'en 1870, l'écrivain entreprit un terrible bras de fer contre Napoléon III. Adossé à son île comme Gilliatt à son rocher, Hugo brava les tempêtes d'un régime et, jour après jour, bâtit une œuvre dont chaque texte était destiné à ébranler le Second Empire, et au-delà, tous les régimes anti-républicains.
Mais, si les textes de Victor Hugo sont éminemment politiques, ce ne sont pas juste des textes de circonstance : son talent élève ses personnages au rang du mythe et c'est ce qui explique leur portée universelle. Ainsi, Les Châtiments (1853) ne se réduisent pas à « Napoléon le Petit » ; Les Misérables (1862) ne content pas seulement la vie difficile des Parisiens durant la première moitié du siècle mais deviennent l'écho transfiguré de tous les opprimés... Il est difficile, encore aujourd'hui, de mesurer la fantastique répercussion des Misérables tant cette œuvre de renommée mondiale, sans cesse étudiée, rééditée, adaptée depuis près de cent cinquante ans, a été en phase avec la société de son temps.
Victor Hugo ne se pose pas en expert qui ausculte un régime : il est un observateur doué, un penseur audacieux, un poète qui prendra le parti de la victime et un homme de principe qui dessinera les contours de l'avenir. Cet homme sensible et douloureux sait trouver les mots qui touchent. Son audience est immédiate et exceptionnelle.
Mais pour prendre toute la mesure de Hugo, il est intéressant de porter le regard sur ce que deux autres grands écrivains du XIXe siècle font des espoirs de 1848 brutalement réduits à néant en 1851.

La vérité historique comme cadre de l'œuvre romanesque
Flaubert est de vingt ans le cadet de Hugo. Dans L'Éducation sentimentale (1869), le rapport à la situation historique n'est nullement transposé : l'événement est là. Pourtant, à la veille des journées révolutionnaires de 1848, Frédéric a hâte de quitter Paris pour aller conter fleurette en forêt de Fontainebleau (destination des Parisiens aisés nouvellement mise à la mode par le chemin de fer). On est donc dans le cadre historique, mais en décalage avec cette révolution.
Cela tient sans doute à la cohérence interne du personnage autant qu'au choix fondamental de Flaubert d'escamoter l'Histoire ou, plus exactement, d'opposer à l'Histoire conflictuelle des sociétés une image de la nature éternelle : « L'éternelle splendeur, la virginale sauvagerie de la forêt permettent à Frédéric de considérer de très haut, les tourmentes civiles qui font rage, là-bas à Paris 1. »
L'escapade à Fontainebleau n'est pas une exception dans le déroulement romanesque. Au palais des Tuileries en février, quand le peuple s'empare symboliquement du trône pour le mettre à bas, Frédéric est là, mais en simple curieux, en compagnie de son ami le journaliste Hussonnet. Ce dernier trouve que le peuple sent mauvais tandis que Frédéric estime qu'il y a quelque chose de grand dans l'engagement populaire. Par cette neutralité apparente, Flaubert semble avoir voulu couper court à toute plongée dans l'Histoire. Et en 1851, lors des émeutes qui tentent de résister au coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte, Frédéric sera à Nogent...
Il y a, derrière ces errements géographiques du personnage, un choix d'auteur. Au-delà de ses options politiques, Flaubert n'explicitait-il pas sa démarche, lorsqu'au moment de l'élaboration du roman, il écrivait : « J'ai bien du mal à emboîter mes personnages dans les événements de 48 ! J'ai peur que les fonds ne dévorent les premiers plans. C'est là le défaut du genre historique. Les personnages de l'histoire sont plus intéressants que ceux de la fiction, surtout quand ceux-là ont des passions modérées. On s'intéressera moins à Frédéric qu'à Lamartine 2... » ? Au fond, la véritable collusion entre la destinée individuelle de Frédéric et l'histoire collective n'est-elle pas du domaine de l'absence ? Frédéric manque ses rendez-vous avec les femmes comme il manque les rendez-vous de l'Histoire.

La révolution, élément structurel de la fresque sociale
Si Zola, né en 1840, était forcément absent des événements de 1848 et du coup d'État qui suivit, c'est une tout autre approche de l'Histoire qu'apporte La Fortune des Rougon-Macquart, qui paraît deux ans après L'Éducation sentimentale. Ce roman débute la série « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire » : il s'agit donc, au moment de la chute de l'Empire, de dresser un portrait de la société qui fasse apparaître les liens entre la sphère du privé et celle du collectif, entre l'individu et le social, entre le social et le politique. Loin d'être une stratégie de l'évitement destinée à placer le personnage dans une intemporalité fictive, c'est au contraire le moyen de mesurer tout ce qui le façonne : tout autant sa propre histoire familiale que le régime politique en cours. Ainsi Zola invite-t-il ses contemporains à réfléchir sur un pan d'histoire qu'ils viennent d'élaborer ou de subir mais, en tout cas, de vivre. Nul hasard donc si Zola place en événement initial de la saga des Rougon-Macquart le soulèvement de résistance au coup d'État dans le sud-est. Il y a tout à la fois l'événement historique, le parti pris de l'auteur et l'incidence effective sur les personnages. Ce choix, littéraire et politique, cet engagement, présenté avec clarté et concision dans la préface du roman par Zola lui-même, font de ce texte un document pédagogique de premier choix.

Une œuvre considérable, vivante et multiple

Amnistie !
André Gill.
La Petite Lune, n°34 [juillet 1879].
Les trois écrivains ont donc chacun une manière différente de se saisir du matériau historique et de le restituer. Mais le cheminement politique de Victor Hugo est très particulier, et son engagement d'écrivain lui donne une place à nulle autre pareille. Par l'importance des œuvres et leur foisonnement, par l'alternance des créations poétiques et romanesques, par la vigueur de son style, son verbe fait vivre les personnages et les rues, Paris et l'océan, la misère et le peuple, l'amour et la douleur. Véritable géant des lettres, il jongle avec aisance du théâtre à la poésie et de la poésie au roman afin de mieux toucher son public.
N'en déplaise à certains, il n'hésite pas à l'emphase, qui fait gronder ses pages, et ses personnages quittent le papier pour se faire chair. « Jean Valjean ! », criaient sous ses fenêtres les factieux qui voulaient alors massacrer monsieur Victor Hugo, coupable à leurs yeux d'héberger les proscrits de la Commune de 1871.
Au fond, peut-il y avoir plus bel hommage pour souligner l'engagement de l'écrivain, que celui de ses ennemis eux-mêmes confondant l'homme et l'œuvre ?


 
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