EN PRATIQUE

Mathématiques

Le chaos déterministe

Lycée, prépa


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Comportement d’un processus itératif
Fiche professeur (terminales S et ES)
Prérequis
Du point de vue des connaissances formelles, le programme de terminale scientifique ou économique est suffisant : notion de suite numérique convergente, théorème des accroissements finis et si possible également la notation en base 2.
Objectifs
L’idée est de montrer, « expérimentalement » d’abord, comment peut se comporter un processus itératif. On prendra des processus qui aient un minimum de sens commun, où donc l’intuition peut être bonne (ou mauvaise !) conseillère.
On étudie d’abord des suites de point fixe  stable de type, avec  ou  (qui tend vers le nombre d’or) ou (qui permet le calcul de). Dans ce cas , quelque soit. Cette étude est d’abord purement numérique (à la calculette).
Donc, à ce stade, l’étudiant peut croire (à tort !) que limite = point fixe.
Ensuite, on va étudier en détail à la calculette (ou avec un langage de programmation) la suite logistique .
Elle nous servira d’exemple type pour introduire la notion de chaos déterministe.
– Restituer son contexte d’élaboration, à partir de Malthus (en relation, éventuellement avec le professeur d’histoire).
– L’étudier à la calculette suivant les différentes valeurs de pour différentes valeurs de .
– Conclure sur la notion de sensibilité aux conditions initiales (SCI), pour certaines valeurs de. (Voir l’étude des textes de Laplace et Poincaré, ainsi que la notion de déterminisme en philosophie.)
Il faut un énoncé propre du théorème du point fixe. On le donne. L’étude analytique (exceptionnellement possible ici) dans le cas permet de comprendre la sensibilité aux conditions initiales. Ce qui implique l’étude de la suite.
Reprenons plus en détail les exercices.
Expérience
Taper sur la machine : COS, puis COS, n fois. Que voit-on ?
Réponse : quel que soit l’angle de départ, on trouve une convergence 0.739..., mais certains élèves vont trouver 0.99984... Pourquoi 1? Comprendre que l’on a réalisé la suite : et qu’on en a trouvé expérimentalement la limite.
Généralisation
Considérer :
(1)
Exemple a) (2)
Cas exceptionnel où l’on sait calculer explicitement en fonction de et  :
On voit que la limite existe quand, qu’elle vaut 0 et ne dépend pas de, la condition initiale 2.

Exemple b)
(3)

Exemple c)
(4)
Dans les cas b) ou c), essayer d’écrire ou en fonction de. Comprendre la complexité terrible de comme fonction de et. Donc il faut faire autrement pour calculer la limite si elle existe quand. Mais avant de procéder, on va s’aider de la calculette.
Expérimentations numériques
On reprend la suite b). On divise les élèves en deux groupes avec et. Et dans chacun des groupes en sous-groupes avec une condition initiale différente, par exemple et = 10. On fait programmer (ou calculer successivement) l’équation 3 sur les petites machines. On note au tableau en colonne les résultats pour les valeurs successives de pour les différentes valeurs de et. On constate que les suites semblent tendre vers une limite qui dépend de, mais pas de. Et on devine vite qu’il s’agit de.
On peut faire la même chose avec la suite c) pour et constater qu’on converge aussi, vers.
Début d’explication
Si la suite a une limite c’est qu’au bout d’un certain rang et deviennent très voisins 3 de et donc on doit avoir en passant à la limite
(5)
Faire vérifier que et sont bien solution de l’équation 5.
On peut vérifier aussi ce résultat avec la suite

(qui est le nombre d’or).
Problème !
On reprend la suite (c) avec cette fois successivement . On divise les élèves en quatre sous-groupes en prenant par exemple. Le programme en Fortran (par exemple) est très court  :

write(*,*) 'a, xlambda'
read(*,*) xlambda,x
do i=1,14
x=x*xlambda*(1.-x)
print*, i,x
enddo
end

On trouve  :


2.00
3.20
3.45
4.00
1
0.319999993
0.512000024
0.551999986
0.639999986
2
0.435200006
0.799539208
0.85317117
0.921599984
3
0.491601914
0.51288408
0.432181865
0.289013773
4
0.499858946
0.799468815
0.846632421
0.82193929
5
0.499999975
0.513018966
0.447968602
0.58542043
6
0.5
0.79945761
0.853159904
0.970813394
7
0.5
0.513040423
0.432209343
0.113338947
8
0.5
0.799455523
0.846645236
0.40197292
9
0.5
0.51304388
0.447937846
0.961562753
10
0.5
0.799455523
0.853148878
0.147839263
11
0.5
0.513044417
0.432236224
0.503931284
12
0.5
0.799455523
0.846657872
0.99993819
13
0.5
0.513044477
0.447907776
0.0002472635
14
0.5
0.799455464
0.853138089
0.0009888094
15
0.5
0.513044536
0.43226257
0.0039513265
16
0.5
0.799455464
0.846670151
0.0157428551
17
0.5
0.513044536
0.447878331
0.0619800687
18
0.5
0.799455464
0.85312748
0.232554153
19
0.5
0.513044536
0.432288378
0.71389091
20
0.5
0.799455464
0.846682191
0.817002773


Il semble que pour il y ait « deux limites » : 0.513044... et 0.799455... suivant la parité de. Ce résultat se maintient quelles que soient les valeurs de !
Pour, on verrait « quatre limites » : 0.4478..., 0.8531..., 0.4322..., 0.8170... ! Enfin pour, on ne voit aucune limite.
Ce résultat indique que la suite ne converge pas (la limite, quand elle existe, est unique). De plus, la limite devrait être donnée par l’équation :

et qui ne correspond à rien pour.
Où est l’erreur ?
C’est le problème de la réciproque : ce qu’on a démontré est que si la suite a une limite, elle doit satisfaire l’équation
(6)
Mais la réciproque est fausse. On appelle point(s) fixe(s) la ou les solutions de l’équation. Toute limite est point fixe, mais il faut examiner dans quel cas un point fixe est limite.
Stabilité du point fixe
Clairement, si l’on part de exactement, la suite est convergente : elle est constante. Mais que se passe-t-il si , ou plus généralement , est voisin de ? Va-t-il s’en approcher (point fixe stable ou limite) quand croît ou s’en éloigner (point fixe instable) ? Comme par définition, on peut écrire :

Au voisinage de , on peut écrire que. Donc, en posant et, on se ramène4 à la suite géométrique dont on sait qu’elle converge seulement et si seulement.
Le point fixe est donc stable si.
Étude de l’équation logistique
C’est le nom 5 de l’équation. Si l’on veut que pour tout, il faut que.
Le point fixe de cette suite est manifestement

Calculons sa stabilité. On a. La condition de stabilité implique soit. Voilà pourquoi la suite convergeait (vers le point fixe) quand et divergeait pour.
L’étude précédente (avec suggère que les suites paire et impaire sont convergentes (vers des limites différentes). On peut montrer que ces deux suites admettent chacune un point fixe stable et trois autres instables.
Pour , faire encore des expériences numériques et constater :
– pour un donné, les  semblent totalement aléatoires, c'est-à-dire sans période finie ;
– pour un n donné, et des valeurs de extrêmement proches, on trouve des qui n’ont rien à voir.


Figure 1. Comparaison des suites avec conditions initiales très voisines  () et (), pour


Ici, on peut, par une astuce, exprimer comme fonction de et et exhiber le chaos. En effet, posons :

l’équation 4 s’écrit :

qui se résout, à cause des limites de en

Soit
Montrer que si l’on écrit en base 2, le passage revient à décaler d’un cran vers la gauche l’écriture en base 2 de. D’où la sensibilité extrême aux conditions initiales : une modification de la n-ième décimale change complètement la n-ième itération. Une autre façon de voir, écrire :
Puis tenter de dessiner la fonction pour grand et constater la dépendance en.
Moralité
Cette situation est caractéristique du chaos. Le système est régit par une loi très simple l’équation 4 mais, comme il est humainement impossible de connaître, dans un problème réel, toutes les décimales de la condition initiale, on ne peut rien prévoir à partir d’un certain rang.



 
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