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L’image
 F. Kollar. Les lumières dans la ville, Paris, 1932.
© Ministère de la Culture - France |
L’image est un hymne à l’électricité, symbole de la modernité des villes. Elle s’inscrit parfaitement dans la conscience collective d’une génération de photographes heureux d’appartenir à un monde nouveau, en rupture avec une société rurale, et qui génère un autre cadre de vie. Ils souhaitent en promouvoir le caractère technique, industriel et fonctionnel dans des approches esthétiques qui traduisent les mutations culturelles, sociales et économiques. La publicité lumineuse est une autre caractéristique de la modernité. Qu’elle fasse la promotion d’Ovomaltine, des actualités cinématographiques ou d’un club privé, elle s’inscrit dans une poétisation du monde réel, déclinée depuis Baudelaire, plus particulièrement par Guillaume Apollinaire et Mac Orlan qui se réfèrent à « une poésie de la publicité ». Blaise Cendrars lui, la revendique comme la « septième merveille du monde 1 ».
La publication
La photographie est publiée dans l’album Aux sources de l’énergie, édité en 1932 par les éditions Horizons de France. Cet album est le septième d’un ensemble de quinze fascicules intitulé La France travaille, préfacé par Paul Valéry et publié entre 1932 et 1934. En 1934, une publication de luxe est éditée en deux volumes. La France travaille constitue la seule commande de cette ampleur, réalisée avant la seconde guerre mondiale, sur le monde du travail dans sa diversité. Chaque couverture d’album ornée d’une photographie pleine page est la prémisse d’une exploration d’un secteur d’activité à travers de nombreuses photographies de François Kollar.

Le photographe
François Kollar est un jeune photographe, presque inconnu lorsque les éditions Horizons de France lui confient la commande de photographier les Français au travail dans toute leur diversité géographique, professionnelle et culturelle.
Né en Slovaquie en 1904, François Kollar quitte en 1924 la Hongrie pour la France. Il travaille aux usines Renault avant de trouver, en 1927, un emploi dans un studio de reproduction d’œuvres d’art. Il opère ensuite au studio photographique de la prestigieuse imprimerie Draeger, puis dans le studio industriel Chevojon. En 1930, il s’installe à son compte. Il publie quelques photographies dans la presse (Vu, Schweizer Spiegel) et se consacre à la publicité.
En 1931, François Kollar signe un contrat qui le lie pour plusieurs années aux éditions Horizons de France. Il effectue des reportages sur la mine, la sidérurgie, l’automobile, l’aviation, la pêche, les ports et les phares, la batellerie, le rail, l’électricité, le bâtiment, le verre, la céramique, la mode, la filature, la presse, la biologie, la vigne, la forêt, les fleurs, les marchés. Pour réaliser ses reportages, François Kollar visite plus de quarante départements français. De ses reportages, La France travaille présentera 1 358 photographies sur les 2 769 remises à l’éditeur.
En 1932, le ministre des Beaux-Arts inaugure l’exposition des premières photographies de La France travaille à la galerie d’Art contemporain, boulevard Raspail.
De 1934 à 1939, François Kollar collabore à de nombreuses revues illustrées et participe à plusieurs expositions collectives. Il travaille pour la mode et la publicité. Durant la seconde guerre mondiale, il interrompt ses activités de photographe et ouvre un magasin d’électricité à Poitiers. En 1945, de retour à Paris, il s’installe dans un nouveau studio et participe à plusieurs expositions (Paris, Bratislava, New York). Il meurt à Créteil en 1979.

Analyse
Quelle est la place de cette photographie dans l’album ?
Aux sources de l’énergie est le dernier reportage du premier volume paru en 1934. La photographie est publiée sur trois quarts de page, accompagnée d’un texte de Lucien Fabre. Plus grande que les photographies documentaires qui n’occupent qu’un tiers ou qu’un quart de page, elle n’a cependant pas droit à la couverture où figure un soudeur à l’arc ni à la pleine page, alors qu’elle sera reproduite dans plusieurs magazines et très souvent exposée. La priorité est donnée à des photographies qui traduisent la spécificité du secteur choisi : outils de travail, machines et nouvelles techniques, portraits d’ouvriers et d’employés. Ce type d’image plus expérimental est rare dans La France travaille, mais est représentatif du travail de François Kollar qui s’est beaucoup intéressé aux superpositions, solarisations…
À quel genre cette photographie appartient-elle ?
La photographie est emblématique de la modernité qu’explore l’École de Paris de la photographie, tant par le thème choisi que par la façon de le traiter. La superposition de négatifs s’inscrit dans les expérimentations amorcées par les dadaïstes et reprises et développées par les surréalistes dans les années 1920-1930 puis exploitées par de nombreux photographes. Parmi celles-ci, on peut rappeler le rayogramme (Man Ray) proche des travaux de Lazlo Moholy-Nagy et de Christian Schad, le photomontage, le photocollage (Raoul Hausmann, John Heartfield, Hannah Höch, Kurt Schwitters), la solarisation (Man Ray, Maurice Tabard, François Kollar), le brûlage de négatif et la fonte d’émulsion encore humide (Raoul Ubac), la distorsion (André Kertész). Entre provocation et exploration des potentialités du médium, les photographes décloisonnent leurs pratiques et imposent de nouvelles images dans le cadre de commandes.
Comment s’organise la photographie ?
La photographie est constituée d’au moins cinq négatifs superposés : un négatif « Cinéac Le Journal », un négatif « Ovomaltine », un négatif « C’est à La Baule », un négatif « Médicale pâtisserie » et un négatif « Club du Brésil ». La photographie a probablement été réalisée en plusieurs fois et photographiée à nouveau, à différents stades de superposition des négatifs. À cette technique il faut ajouter les éléments d’un nouveau lexique photographique : choix de la diagonale (architecturale et lumineuse), de la contre-plongée qui dynamise la structuration complexe de l’image. L’oblique et la fragmentation participent elles aussi des nouveaux procédés propres à traduire de façon plastique la modernité d’une époque et la spécificité de la photographie en marge des autres pratiques artistiques.

Propositions d’activités
Identifier les techniques expérimentales dans l’œuvre de Man Ray et en analyser la spécificité.
Repérer comment la mode et la publicité se sont approprié ces techniques (consulter des magazines illustrés et les ouvrages consacrés à la mode de cette période : Vogue, Harper’s Bazaar).
Créer des photomontages, des photocollages.
Françoise Denoyelle, professeur à l’École nationale supérieure Louis-Lumière, Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis).

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