
Collège Lycée professionnel
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Textes
Une fonction de la poésie
Une réflexion de Jean Cocteau qui met en avant la fonction de « révélateur » que joue, selon lui, la poésie.
La poésie est une femme voilée
« On a coutume de représenter la poésie comme une dame voilée, langoureuse, étendue sur un nuage. Cette dame a une voix musicale et ne dit que des mensonges.
Maintenant, connaissez-vous la surprise qui consiste à se trouver soudain en face de son propre nom comme s'il appartenait à un autre, à voir, pour ainsi dire, sa forme et à entendre le bruit de ses syllabes sans l'habitude aveugle et sourde que donne une longue intimité ? Le sentiment qu'un fournisseur, par exemple, ne connaît pas un mot qui nous paraît si connu, nous ouvre les yeux, nous débouche les oreilles. Un coup de baguette fait revivre le lieu commun.
Il arrive que le même phénomène se produise pour un objet, un animal. L'espace d'un éclair, nous voyons un chien, un fiacre, une maison pour la première fois. Tout ce qu'ils présentent de spécial, de fou, de ridicule, de beau nous accable. Immédiatement après, l'habitude frotte cette image puissante avec sa gomme. Nous caressons le chien, nous arrêtons le fiacre, nous habitons la maison. Nous ne les voyons plus.
Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.
Inutile de chercher au loin des objets et des sentiments bizarres pour surprendre le dormeur éveillé. C'est là le système du mauvais poète et ce qui nous vaut l'exotisme.
Il s'agit de lui montrer ce sur quoi son cœur, son œil glissent chaque jour sous un angle et avec une vitesse tels qu'il lui paraît le voir et s'en émouvoir pour la première fois.
Voici bien la seule création permise à la créature.
Car, s'il est vrai que la multitude des regards patine les statues, les lieux communs, chefs-d'œuvre éternels, sont recouverts d'une épaisse patine qui les rend invisibles et cache leur beauté.
Mettez un lieu commun en place, nettoyez-le, frottez-le, éclairez-le de telle sorte qu'il frappe avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu'il avait à sa source, vous ferez œuvre de poète.
Tout le reste est littérature. »
Avec l'aimable autorisation du comité Jean-Cocteau.
La nature de la poésie
Ce poème de Pierre Lartigue, écrit en 1982, permet d'aborder la question de la nature de la poésie avec des lycéens
Robe
« La poésie aujourd'hui est une bonne robe parce qu'elle emprunte et parce qu'elle est douce à enlever. Mais quoi dessous ?
Des oies qui rejoignent la mer au moment où la pluie tombe sur le pays d'Auge.
La poésie est le vêtement analogue.
Haute robe - Ôte robe.
Elle est de l'air dans une cloche et du secret commun.
Elle est la peau. Je bois à plein verre ses baisers, mouillures, coulures de papiers, pleines pages. Et le bruit d'écrire comme du petit ongle sur une robe volée, la trousse d'une chambre ouverte, une pomme de terre cuite à l'eau.
Bonne robe contre le vent velours c'est la robe qu'on salue.
Ventre de son bord de louve c'est le broc !
Trêve de noces,
Rien d'offensant !
La poésie, non !
La poésie c'est la robe sanglante de César percée par trente mains et la brutalité de telle déchirure suscite l'image d'un bûcher où jeter le corps. Que le feu la fumée fassent un rucher de cette chair crépitante et coulent les abeilles graisseuses !
Ô comme elles roulent en criant de la robe du corps !
La poésie c'est ça : mettre le feu dans un lieu riche où l'on renverse tout : longue chemise par excellence fourrée de galons bouillonnés qu'on découpe et qu'on donne comme l'écriture échancrée, fendue, où l'échange est un regard évidé ouvert à l'envers mais qui laisse entrevoir des tiges de guingois. »
Pierre Lartigue, poème paru dans la revue Révolution, 1982.
La reprise
Un texte pour travailler sur le processus de la reprise :
La plus drôle des créatures
« Comme le scorpion, mon frère
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d'épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
Dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule
Enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
Comme la bouche d'un volcan éteint.
Et tu n'es pas un, hélas,
Tu n'es pas cinq,
Tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau
Quand le bourreau lève son bâton
Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
Et tu vas à l'abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
Qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s'il y a tant de misère sur terre
C'est grâce à toi mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu'au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu'à dire que c'est de ta faute, non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère. »
Nazim Hikmet,
C'est un dur métier que l'exil, 1948, traduction de Charles Dobzynski, avec l'aimable autorisation des éditions Le Temps des cerises, 1989.
Écriture à partir d'un corpus sémantique
Dans Les Vies parallèles de Boris Vian, Noël Arnaud publie deux textes écrits à partir d'un même corpus au cours d'un jeu familial : l'un est signé de Boris Vian, et l'autre de son père, Paul Vian.
Corpus retenu : shérif, rétif, tapir, soupir, prunelle, rebelle, machine, échine, roseau, museau.
Production de Boris Vian
Poème arabe
« Nous nous baisions quand je vis l'ombre d'un tapir
Passer, ma bien-aimée, dans ta noire prunelle.
Je me levai. Sans qu'il puisse émettre un soupir
D'un coup de gandoura je tuai le rebelle.
L'aventure arriva sur les monts du Shérif.
Le monstre remuait, trémulante machine.
Ah ! criai-je, animal ! tu te montres rétif,
Et je sautai debout sur sa robuste échine.
Un cri plaintif alors sortit de son museau
Et mort il est tombé tout auprès des roseaux
Allah ! »
Production de Paul Vian
Désirs
« Comme un chat ronronnant je voudrais me tapir
Sur ton sein, cependant qu'au feu de ta prunelle
Mon être s'échauffant parmi les doux soupirs
Viendra peut-être à bout de ta beauté rebelle.
Insinuant, puis enfin raide ainsi qu'un shérif,
Je saurai, conducteur maître de sa machine,
Manier artistement le matériau rétif
Qui devra, devant moi, plier sa noble échine.
Et parfois comme un rat fourrageant du museau
J'écarterai du nez les touffes de roseau. »
Textes cités par Noël Arnaud, Les Vies parallèles de Boris Vian, LGF, 1998 (collection Le Livre de poche).
Vidéo
Les documents référencés ci-dessous sont extraits d'Interview d'écrivains, réalisé par Maryvonne Blais, produit par le CNDP en 2001
Windows Media Player
Extrait concernant le travail poétique de Francis Ponge
Refaire le monde métalogiquement (1,5 Mo - 1 min 21 s)
Un témoignage de Tardieu
Prose et poésie : la malléabilité de la prose, le texte flou et la mise au point, insomnie (2 Mo - 2 min 24 s)
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