Perspectives nouvelles
   
Élisabeth Bing et Jean Ricardou, particulièrement, ont exploré, voici trente ans déjà, les pistes s'ouvrant à ces écritures de création.
Dans la conception de Ricardou, l'enseignant animateur d'un atelier « doit être un scripteur aguerri [...]. L'enseignant de l'écriture doit être un écrivain » capable de guider le débutant vers un texte abouti. Amener l'élève à pratiquer diverses formes d'écriture suppose en effet que l'enseignant s'y soit essayé. Il doit être un sujet-écrivant et donc posséder une expérience d'écriture personnelle. Ce qui ne signifie pas nécessairement être écrivain. Que l'enseignant puisse faire appel à des contributions d'auteurs, comme il est courant de demander l'intervention d'acteurs de théâtre ou de conteurs, est une autre chose. Écrire en classe interroge nos formations et nos pratiques.
Est-ce pour cela qu'Élisabeth Bing formule de si expresses réserves à l'égard de l'écriture en classe ? « Dans le cadre de l'institution, écrit-elle, on peut sans doute enseigner des techniques scientistes forcément normatives, qui risquent peut-être d'enfermer les enfants dans l'idée qu'écrire, ce n'est que cela... Le lieu de l'Éducation nationale ne me paraît propice pour des ateliers d'écriture tels que nous les pratiquons que hors classe, animés par un intervenant extérieur, et accessibles seulement aux enfants qui en ont le désir ! »
Mais, au fond, ne s'agit-il pas, dans un cas comme dans l'autre, de se donner les moyens d'accorder la parole (ou plus exactement l'écriture) à celui qui en était dépourvu ? Élisabeth Bing cite Beckett : « Folie celle d'avoir à parler et de ne le pouvoir, sauf de choses qui ne me regardent pas... dont ils m'ont gavé pour m'empêcher de dire qui je suis, où je suis, de faire ce que j'ai à faire - je suis en mots, je suis fait des mots des autres [...] et je les laisse dire mes mots qui ne sont pas à moi... Voilà la parole que l'on m'a donnée. 1 » Pourquoi, alors, n'accepter l'idée d'ateliers d'écriture dans le cadre scolaire qu'en tant qu'ateliers clandestins ? 2
Après avoir décrit un certain nombre de pratiques qui montrent que « l'on peut introduire des exercices qui modifient sensiblement le rapport des élèves à l'écriture », Jean-Pierre Goldstein, dans un article intitulé De quelques machines à écrire, affirme : « J'essaie d'amener les élèves à prendre l'écriture comme je souhaiterais les aider par d'autres biais à prendre la parole. »
Prendre la parole, posséder l'outil... Encore faut-il maîtriser le contexte de son émission : « Sous peine de se contenter de substituer une nouvelle rhétorique à l'ancienne, précise Goldstein, il m'apparaît indispensable de pratiquer différents types d'écritures et de mener toujours conjointement une réflexion sur les modalités de leur production et de leur réception (statut de l'émetteur, du récepteur, existence de genres codifiés, jeu de la liberté et de la contrainte, norme morpho-syntaxique, etc.) »






© SCÉRÉN - CNDP - Thém@doc / Fabrique de poésie
Juin 2002  - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.