
Collège Lycée professionnel
|
 |
|
|
|
Ce compte rendu d'expérience propose un exemple de production d'une classe de terminale BEP carrières sanitaires et sociales, en 1998. Les travaux d'élèves sont accompagnés par la démarche du professeur qui les a menés.
Techniques utilisées
Plusieurs techniques sont ici utilisées. En premier lieu, celle du corpus, simple à mettre en œuvre et riche par ses résultats. Le lancement est fait grâce à la lecture d'un passage des Vies parallèles de Boris Vian, ouvrage de Noël Arnaud citant la pratique d'un tel jeu dans la famille Vian (voir Point Doc). Noël Arnaud livre deux poèmes très différents, inspirés par une même dizaine de mots : l'un est signé Boris, l'autre est l'œuvre de son père.
Élaboration collective du corpus, écriture, échange oral et réécriture vont se succéder. L'enseignant, qui parfois écrit à sa propre table et d'autres fois conseille individuellement les élèves sans se substituer à eux, stimule dans le cadre collectif de la fabrique l'écriture personnelle de chacun.
Après une série de lectures et de jeux poétiques liés à des figures de style, écrire avec comme seule contrainte immédiate l'utilisation de l'acrostiche ou de l'anaphore. C'est une incitation à l'écriture intéressante car elle donne à l'élève un espace de liberté et lui permet de réutiliser ses acquis. On demande aux élèves d'utiliser la forme comme une contrainte et comme un stimulant, sans pour autant oublier qu'un texte a un contenu.
À la suite d'études de textes extraits du Parti pris des choses de Francis Ponge, on se lance dans l'exploration d'un objet : exploration du mot, de son aspect, de sa graphie, de ses sonorités ; exploration de la chose et de ses connotations ; exploration de l'objet dans son rapport à la dénomination.
Les élèves cherchent, pendant quelques minutes, seuls ou à deux, à lister toutes les acceptions d'un mot. Ils notent tout ce qui leur vient à l'esprit, y compris les jeux de mots (« stylo » pouvant, par exemple, donner « style haut »), avant que l'un d'entre eux collecte au tableau, sous la dictée collective, l'ensemble du champ d'investigation. La mise en commun permet généralement de découvrir de nouveaux éléments qui viennent aussitôt grossir la liste.
Riches de cette recherche, les élèves retournent à leur tâche individuelle pour travailler sur le langage et fournir une production poétique qui rende compte de la force d'évocation potentiellement liée à l'objet.
Ainsi « exploré », le mot « chaise », par exemple, va livrer des expansions liées aux diverses fonctions de l'objet qu'il désigne, à sa construction, à son aspect, à ses connotations, aux sonorités du mot : chaise de bureau, de classe, électrique, de bistrot, délabrée, à la brocante, longue, haute, de bébé, de métal, en bois, style Louis XVI, à bascule, rocking-chair, moderne, ancienne, roulante, fauteuil, tabouret, à l'aise, grinçante, bancale, musicale, etc.
Écriture personnelle et réécriture collective suivent.
D'autres objets seront donnés comme matériaux à travailler sur le même principe, par exemple : « plume » et « livre », sans repasser par la phase d'échange en groupe entier.
Publier pour déjouer les blocages
Au cours de l'expérience menée, tous les élèves ont participé aux travaux d'écriture. Une seule n'a pas voulu livrer une production écrite dans le cadre d'un exercice à contraintes, mais elle a écrit un texte inspiré par l'actualité cinématographique (Titanic). L'intégration de son travail dans la publication finale a permis de déjouer son blocage.
Enfin, une élève, qui avait de très bons résultats pour tout ce qui touchait au travail argumentatif, rencontrait des difficultés pour réécrire ou, plus exactement, ne percevait pas l'utilité de la réécriture. Son manque d'assiduité n'ayant pas permis de lui faire franchir ce cap dans le cadre de la fabrique, c'est la brochure, recueil des productions de la classe, qui a rempli ce rôle. Avec l'accord de l'élève, son texte a été publié, accompagné d'une signalisation indiquant comment il pourrait être amélioré.
Ainsi la publication finale donne-t-elle à la fois du sens en amont par la validation qu'elle confère à l'écrit, mais aussi en aval par la trace méthodologique qu'elle laisse entre les mains des producteurs.
Méthodologie
De la lecture à l'écriture
La séquence poésie s'articule autour d'un travail de découverte de textes assez traditionnel mené en classe entière (approche de l'auteur, étude de la langue, éventuellement groupement de textes ou approche d'un mouvement comme le surréalisme). Le temps de travail en groupes est, lui, beaucoup plus axé sur l'écriture, les jeux de création et la réécriture.
Bien entendu, il n'y a pas de rupture entre textes étudiés et textes à produire, au contraire. Pour certains, l'invitation à copier - non à recopier, mais à dégager une technique d'écriture et à s'en saisir pour mettre en œuvre son propre texte - est de rigueur. Pour d'autres, il s'agit d'aborder la question de la nature de la poésie.
Nous étudions en classe entière un extrait d'une lettre de Rimbaud à Paul Demeny (« Le poète devra faire sentir... »), un texte de Pierre Reverdy (« La poésie est une transmutation de valeurs... »), un extrait du Secret professionnel de Cocteau (« On a coutume de représenter la poésie comme une dame voilée... »), un poème de Pierre Lartigue (« La poésie aujourd'hui est une bonne robe... ») (ces deux derniers textes sont reproduits dans Textes en stock).
Les élèves s'approprient les textes en « signalisant » les polycopiés : avec leurs signes graphiques particuliers, ils font ressortir les champs lexicaux, les figures de style, les variations de temps, les jeux de sonorités, etc. Cette mise en valeur visuelle s'accompagne toujours d'un travail de légende afin que la signalisation éclaire l'analyse du texte.
La signalisation permet de caractériser la poésie, et par ce qu'elle est, et par ce qu'elle n'est pas. Émergent le travail sur la langue, la vigueur des images, les jeux de correspondances, la force d'évocation, le travail sur les sonorités, sur les graphismes, etc.
Il apparaît que le texte de poésie est non réductible - impossible de le résumer -, qu'il peut utiliser des contraintes de versification (mais ce n'est pas obligatoire) et aborder des thèmes intimes (l'amour) ou collectifs (la poésie de l'engagement) sans qu'il y ait de domaine réservé !
Un ensemble de textes de poésie complète cette première approche : Ma Bohème, Départ et Roman de Rimbaud, Avis d'Eluard, Cortège de Prévert, Nuit rhénane d'Apollinaire, Jour éclatant de Reverdy, La complainte du progrès de Boris Vian.
Se renforcent ainsi la diversité thématique et la diversité formelle (sonnets, vers libres, etc.), ce qui nous amène à distinguer poésie et versification. Dans le mouvement, on aborde la notion de poème en prose.
Parallèlement, dans le cadre des heures de demi-groupes, se déroulent des exercices de production et de lecture. Une classe de production, c'est avant tout un lieu d'échange où le travail de chacun nourrit le travail collectif et réciproquement.
|
|

|
|
|