EN PRATIQUE

Compte rendu d'expérience 
Travail du poète 

Collège
Lycée professionnel


PRÉSENTATION

REPÈRES
Introduction
Écrire pour lire
S'approprier l'écrit

POINT DOC
TDC
Images en stock
Doc en stock
Sur le Web
Médiagraphie

EN PRATIQUE
Programmes
Compte rendu d'expérience

Plan

À propos

Tous les Thém@doc

Accueil Sceren
 


Une présentation de La Fabrique du Pré de Francis Ponge permet d'aborder la question du travail du poète - et de l'écrivain en général. On rapporte les dix pages que constituent Le pré aux deux cent soixante-dix pages de La Fabrique du pré (Éditions Skira, 1971). On peut trouver de nombreux exemples de ratures, de variantes et de réécritures dans Les Plus Beaux Manuscrits de la littérature française (Roselyne Alaya et Jean-Pierre Guénaud, Éditions de La Martinière, 2000).
Il s'agit de faire clairement admettre l'idée que, aussi percutant un auteur soit-il, son texte est le fruit d'un travail, ceci pour deux raisons :
d'une part, l'élève doit savoir que le premier jet n'est souvent qu'une ébauche, point de départ d'un travail, et que ce qui est vrai pour l'auteur peut l'être, toutes proportions gardées, pour l'élève ;
d'autre part, comprendre qu'il y a un travail de recherche et un investissement dans la construction précise du message peut amener à saisir l'importance du travail d'analyse pour comprendre le texte.
Par ailleurs, la lecture d'autres textes de Francis Ponge extraits du Parti pris des choses permet d'approcher la matérialité du langage du poète qui déclare : « L'amour des mots est donc en quelque façon nécessaire à la jouissance des choses. Ou plutôt réaliser l'amour physique (l'accouplement à nouveau) des mots et des choses, telle sera notre jouissance, notre réjouissance. Et cela, nous seuls (nous, comme doués de la parole, comme capables de l'écriture) nous seuls en sommes capables. »
Une telle démarche implique donc que les élèves perçoivent que l'essence de la poésie est un travail de la langue, qu'elle n'est pas « domaine à l'eau de rose » mais peut évoquer toute réalité (l'amour comme la guerre, l'éternel comme le quotidien, le précieux comme le trivial). Le travail sur le récit (abordé avant la poésie) permet d'évacuer le cas particulier des fables qui se rattachent précisément plus au récit qu'à la poésie. Enfin, la versification doit apparaître pour ce qu'elle est, un outil à la disposition du poète et non l'essence de la poésie !
Les déclencheurs
Un certain nombre de textes supports servent de déclencheurs pour provoquer la production. Ils doivent offrir des processus d'écriture variés. On veillera à débuter par des jeux d'écriture dont les premiers se dérouleront sur des temps de production brefs, selon des processus faciles à mettre en œuvre. Par exemple, après l'étude de Cortège de Prévert, une séance d'expression écrite et orale permet de faire jouer les élèves sur les compléments de nom et les rapprochements inattendus. Par la suite, le travail d'écriture est organisé sur les séances en demi-groupe.
Précisons qu'il ne s'agit nullement ici de recenser tous les procédés possibles pour provoquer l'écriture (Petite Fabrique de littérature, de Duchesne et Leguay, ou encore L'Atelier d'écriture, d'Andrée Guiguet, Anne Roche et Nicole Voltz, jouent très bien ce rôle), mais de présenter des exercices faits, réalisés en situation, et qui se sont révélés productifs avec les élèves.
Les élèves sont invités à écrire une recette de cuisine puis à la transformer en gardant la structure et en remplaçant les ingrédients par des éléments de la langue (phrases, verbes, ponctuation, etc.). Les élèves échangent leur production, puis on leur donne à lire le texte de Queneau « Pour un art poétique » (extrait du recueil Le Chien à la mandoline) dont voici les premiers vers :

« Prenez un mot, prenez-en deux
Faites cuire comme des œufs
Prenez un petit bout de sens
Puis un grand morceau d'innocence ».

À la suite d'une présentation du mouvement surréaliste, le jeu du cadavre exquis est l'objet d'un travail poétique.
Pour bien ancrer le travail de l'imaginaire et les jeux de correspondances, un travail s'organise sur les créations de mots à partir de Michaux, « Je me bloque et me siroute », et de ce que, à la suite de Lewis Carroll, on a appelé les mots-valises : « Slictueux veut dire à la fois souple, onctueux et visqueux. Vous voyez, il y a trois mots en un seul, comme dans une valise ». On peut prendre appui sur le recueil d'Alain Finkielkraut, Petit Fictionnaire illustré.
À la lumière de ces jeux de mots, jeux de sens et jeux de proximités sonores, il est possible d'introduire Bobby Lapointe, ce qui permet d'aborder un autre aspect du travail sur le texte poétique : poésie, musique et chanson.
Et vive le plagiat !
L'observation de techniques utilisées par des écrivains devient un prétexte à écrire « à la manière de... ». Il ne s'agit donc pas de copier mais de s'inspirer ouvertement du procédé, de l'exemple, de l'idée. Nous avons déjà signalé l'exercice mis en place à partir de la lecture de Cortège de Jacques Prévert.
On peut, toujours à partir de Prévert, travailler sur des anaphores (« Ceux qui pieusement, ceux qui copieusement... », etc.), travailler sur la répétition encore avec Liberté d'Eluard ou Bouquet de Desnos (« Trois pensées, trois coquelicots, trois soucis... »). La répétition peut être aussi la reprise d'une structure syntaxique qui est porteuse d'un rythme : Desnos encore avec L'oiseau mécanique (« L'oiseau tête brûlée/Qui chantait la nuit/Qui réveillait l'enfant/Qui perdait ses plumes dans l'encrier... »). L'énumération et l'effet de surprise sont utilisés à partir de La complainte du progrès de Boris Vian.
La contrainte formelle est un stimulus très riche
partir d'un certain nombre de mots mis en commun, chacun doit écrire un poème en vers libres.

Le professeur recueille au tableau des mots d'élèves qui vont fournir le corpus de base. Il se réserve le droit d'écarter des mots ou d'en verser lui-même au « pot commun ». Il est en effet des combinatoires plus riches que d'autres et dont la force d'évocation est plus grande : dans un premier temps, c'est de celles-là qu'il faudra partir.
Il est possible (et parfois souhaitable) de combiner diverses contraintes : utiliser un corpus donné, mettre en œuvre certaines images (contraste, comparaison, métaphore), sous une forme particulière (par exemple, le sonnet). C'est alors l'occasion de travailler quelques éléments de versification : nombre de syllabes, enjambement, rimes plates, croisées ou embrassées.
On peut, bien sûr, envisager que le corpus retenu soit celui des « bouts rimés ». Cependant, beaucoup d'élèves ont tendance à tomber dans le cliché qui confond rime et poésie. La contrainte d'écriture n'est pas alors un bon stimulus. Jouer avec les bouts rimés est tout à fait possible et cela se fait beaucoup dans les petites classes. Mais, avec de grands élèves, il nous a semblé contre-productif de commencer par là.
Du travail pour tous
Dans un cas comme dans l'autre, après un travail de tâtonnement, l'élève fournit un premier jet qu'il choisit de livrer ou non au groupe, qui réagit en évitant les jugements péremptoires. Ce premier état du texte et éventuellement les réactions qu'il suscite deviennent une base qui sera retravaillée par l'élève lui-même ou par un petit groupe dont il fait partie.
Un même texte peut aussi être repris par divers élèves ou divers groupes à condition que « l'élève-auteur » en soit d'accord.
Le but étant d'arriver par tous les moyens à retravailler les textes, à faire saisir de l'intérieur ce que travail sur la langue veut dire.
On veille à ce que tout élève ait pu produire une première ébauche qui sera ensuite source d'amélioration. Il nous paraît important que l'expression de chacun trouve sa voie et que chacun puisse enrichir son expression.
Les textes du Parti pris des choses de Ponge - « Le cageot », « Les mûres », « La cigarette » - sont l'occasion de s'approcher des recherches d'exploration des sens connotés autour d'un objet (« Quel champ lexical développer ? Avec quelle visée ? »).
Les séances d'écriture alternent avec des temps de lecture. Lecture méthodique de textes étudiés en classe entière, on l'a vu, mais aussi lecture au fil des recueils en demi-groupe, lecture libre, individuelle, silencieuse. Puis, quand un texte a particulièrement retenu l'attention d'un élève, celui-ci livre le texte à haute voix à ses camarades. Il s'ensuit un bref échange sur ce qui a plu, sur la manière de dire, etc. Ces lectures alimentent à leur tour les séances d'écriture.

 
© SCÉRÉN - CNDP
Juin 2002 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.