L'accident de Tchernobyl et ses conséquences
L'accident de Tchernobyl du 26 avril 1986 est le seul accident d’une centrale nucléaire ayant entraîné des décès par irradiation. Cet accident a concerné un réacteur de type RBMK instable dès sa construction et équipé de dispositifs automatiques de sécurité insuffisants, en partie remplacés par des consignes (plus économiques). Le non-respect des consignes et l’instabilité ont provoqué un accroissement brutal de la puissance du réacteur et son explosion.

Parmi les personnels intervenant sur le site après l'explosion et les populations, on a pu constater différents degrés d'irradiation ayant conduit à des pathologies graves.
Employés de la centrale et pompiers
Un syndrome d'irradiation aiguë a été confirmé pour 134 personnes. Dans les jours et les semaines qui suivirent, 30 employés de la centrale et pompiers sont décédés des suites de l'irradiation. Entre 1987 et 1998, 11 autres personnes sont décédées, dont 3 ont développé des tumeurs attribuables à l'irradiation ; les 8 autres sont décédées de maladie sans relation avec l'irradiation.
Liquidateurs
Dans les mois et les cinq années après l'accident, 600 000 « liquidateurs1 » sont intervenus auprès du réacteur accidenté. Ils ont subi une irradiation moyenne effective de 100 mSv (millisieverts).
Depuis 1986, l'UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiations) a analysé les nombreuses études faites sur ce groupe de 600 000 personnes et a conclu qu'il n'y avait pas de risque accru de cancer ni de leucémie pour ces personnes. Des cancers à venir ne sont cependant pas exclus pour celles qui ont été exposées à des doses supérieures à 200 mSv. Quant à celles exposées à des doses comprises entre 100 et 200 mSv, la probabilité d’avoir un cancer est très faible.
Irradiation de la thyroïde des enfants
En Biélorussie, en Russie et en Ukraine, du fait de l'absence de distribution d'iode stable lors de l'accident, mais aussi de la carence alimentaire en iode des populations, de nombreux cancers de la thyroïde d’enfants de moins de 15 ans ont été constatés depuis 1990. Le nombre de cas est d'environ 1 800 ; les doses subies sont comprises entre 140 et 2700 mSv et il y a eu dix décès en raison d'un dépistage et d'un traitement tardifs.
En Pologne, les retombées d'iode radioactif ont été également importantes, mais aucune augmentation des cancers de la thyroïde n'a été mise en évidence. Grâce à la distribution rapide de 18 millions de doses d'iode stable, le nombre de cancers a pu ainsi être contenu.
En France, en Champagne-Ardenne, on constate depuis le début des années 1970, bien avant Tchernobyl (1986), une augmentation du nombre des cancers de la thyroïde qui ne touchent pas que les enfants. Cette augmentation porte sur tous les types histologiques de tumeurs et elle est attribuée essentiellement à la mise en œuvre de moyens de diagnostic plus performants, qui détectent des tumeurs de plus en plus petites.
En revanche, en ex-URSS, les cancers liés à l’irradiation ne portent pratiquement que sur des enfants qui ont reçu des doses comprises entre 140 et 2 700 mSv. Ces cancers appartiennent seulement au type histologique papillaire.
Il apparaît peu probable que les cancers apparus en Champagne-Ardenne, où la dose n’a été que de quelques mSv, soient liés à Tchernobyl.

« Compte tenu de données fiables concernant la contamination, l’irradiation thyroïdienne est controversée : 17 000 enfants auraient reçu une dose à la thyroïde de plus de 1 Sv, 6 000 enfants plus de 2 Sv, et 500 enfants plus de 10 Sv.
L’augmentation considérable du nombre de cancers thyroïdiens chez les enfants de moins de 15 ans ou in utero lors de l’accident a été évidente dès 1990.
Actuellement, près de 2 000 cas de cancers ont été dénombrés parmi ces enfants. Ce sont des cancers papillaires, à pronostic favorable et un taux de guérison de 95 % si le traitement est précoce.
Le nombre des cas à venir risque d’être élevé mais impossible à prédire. Il faudrait en outre faire un dépistage systématique chez tous les enfants exposés lors de l’accident, soit 200 000 en Biélorussie et 70 000 en Ukraine.
Enfin, l’incidence du cancer thyroïdien chez les enfants nés après 1987 est revenue aux valeurs qu’elle avait avant l’accident. »

André Aurengo, « Tchernobyl : quelles conséquences sanitaires ? »,
La Jaune et la Rouge, novembre 2001.

Populations de Biélorussie, de Russie et d’Ukraine
Sept millions de personnes vivent, sur 150 000 km2, dans les zones contaminées de Biélorussie, de Russie et d’Ukraine avec des activités de césium 137 comprises entre 40 et 600 kBq/m2. Cette activité « déposée » de 600 kBq/m2 entraîne une irradiation supplémentaire maximale annuelle égale à deux fois l'irradiation naturelle moyenne mondiale qui est de 2,5 mSv.
Rappelons que des millions de personnes, habitant dans des régions à forte irradiation naturelle, subissent des irradiations moyennes très supérieures à cinq fois l'irradiation naturelle moyenne.

Les décès avérés dus à l'irradiation provoquée par l'accident de Tchernobyl sont actuellement de 33 parmi le personnel de la centrale et les pompiers et de 10 parmi les enfants.
Pour les 600 000 liquidateurs et les populations habitant les zones contaminées, il n'a pas été constaté, quatorze années après l'accident, d'augmentation du nombre des leucémies et des cancers (les leucémies apparaissent le plus souvent environ sept années après l'irradiation).
Des cancers à venir ne sont pas exclus parmi les 100 personnes de la centrale et des pompiers qui ont présenté un syndrome d'irradiation aiguë, ni parmi les liquidateurs qui auraient reçu des doses supérieures à la limite de 200 mSv fixée pour les interventions sur le réacteur accidenté. Cependant, les irradiations reçues par les liquidateurs étant réparties sur des durées de plusieurs mois ou de plusieurs années, les effets attendus s'en trouveront très atténués.



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