Ce reportage à l’école maternelle Catherine de Strasbourg a été réalisé par le département Ville-École-Intégration du CNDP, avec le concours et l’appui de l’inspection de Strasbourg 5.
De nombreux parents d’élèves sont installés depuis longtemps dans le quartier de l’école maternelle Catherine mais ne maîtrisent pas encore le français, en particulier les femmes qui n’ont pas accès à un emploi.
Cette barrière de la langue ne leur permet pas de comprendre les informations transmises par l’école et engendre une distance, parfois même une certaine forme de méfiance vis-à-vis des institutions. Par ailleurs, leur connaissance du système scolaire est si infime qu’elles ne perçoivent pas la place qu’elles peuvent jouer, dès la maternelle, dans la scolarité de leurs enfants.
Du côté des élèves, si l’on se réfère aux outils d’évaluation de la langue orale en grande section et en CP, on constate de très grandes lacunes dans la maîtrise de la langue française (malgré une scolarité régulière en maternelle), comme si les enfants ne s’autorisaient pas à entrer dans cet apprentissage. Le fossé entre la culture de l’école et celle de la famille apparaît infranchissable pour un grand nombre d’élèves.
Face à cette situation, l’école maternelle Catherine a toujours eu à cœur de développer des actions pour tenter d’établir des relations de confiance avec les familles et de les associer à la scolarité de leurs enfants. C’est dans ce contexte que s’est mis en place, en octobre 2009, un projet « Ouvrir l’École aux parents » qui a pour objectifs de permettre à des mamans d’élèves d’acquérir les bases de la langue française et de comprendre le fonctionnement de l’institution scolaire pour accompagner les enfants dans leur scolarité et dans leur vie de citoyen.
Benoît Zeller
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L’école maternelle Catherine, établissement du réseau de réussite scolaire (RRS) François Truffaut, est située à Hautepierre, un quartier ouest de Strasbourg d’une superficie de 65 hectares, classé en ZUS et relié au centre ville par le tram. La population (13 476 habitants) se caractérise par une multi culturalité importante (environ 50 nationalités) et par des difficultés sociales et économiques marquées (plus de 60% de la population dispose de moins de 818 euros par mois).
Ce quartier, que l’on doit à l’architecte Pierre Vivien, a été édifié à partir de 1969 selon les préceptes de l’urbanisme moderne : le projet se voulait novateur, en s’efforçant d’apporter des solutions aux défauts des grands ensembles. Il voulait répondre à ce que l’on considérait alors comme « les impératifs de la civilisation moderne ».
Les études de circulation et d’organisation du tissu urbain ont ainsi déterminé le choix d’une structure hexagonale qui divise l’espace en sous-quartiers appelés « mailles ». À l’intérieur étaient maintenues des zones de calme, la circulation automobile s’effectuant en périphérie. Le quartier est structuré en 8 mailles dont 5 sont consacrées à l’habitat (77,4% de HLM), et trois à des activités, notamment à l’accueil d’équipements d’agglomération tels le CHU et un grand centre commercial à vocation régionale.

Le quartier Hautepierre organisé en 8 mailles
Le tissu associatif y est très important et de nombreux projets sont menés pour accompagner les familles dans les difficultés qu’elles rencontrent. Le RRS est partie prenante de ces projets lorsqu’ils visent à construire une cohérence éducative avec les familles.
![]() Des immeubles de la maille Catherine |
![]() Entrée de l’école |
![]() Au tableau ! |
![]() Réalisations plastiques pour |
L’école Catherine, du fait de sa situation centrale au cœur de la maille (environ 900 logements) du même nom, est à proximité de tous. Les habitants y sont très attachés ; ils ont été très affectés par les actes de vandalisme que celle-ci a subis en mai 2008. Aujourd’hui l’école est rénovée, l’ambiance y est sereine et sa fréquentation est régulière et massive.
L’école maternelle Catherine, qui comporte 9 classes (2 TPS, 3 PS, 1 MS, 3 MS/G), scolarise depuis de nombreuses années les enfants de 2 ans. Sa juxtaposition avec l’école élémentaire facilite les relations au sein du groupe scolaire.
Le RRS François Truffaut (voir l’annuaire sur le site de l’éducation prioritaire) est constitué de 4 écoles maternelles, 3 écoles élémentaires et un collège (environ 1900 élèves).
Si on se réfère aux outils d’évaluation, de la maternelle au collège, le constat global pointe des difficultés en compréhension de la part des élèves. Ces difficultés s’expliquent en partie par une pauvreté de la communication verbale et par l’absence de sens de la scolarité liée à l’environnement familial.
Pour faire évoluer cette situation, le réseau de réussite a mis en place des cours de FLE pour les mamans au sein des établissements : au collège avec des enseignants du second degré, dans une école élémentaire avec le GRETA et à l’école maternelle Catherine (voir ci-dessous).
L’école maternelle Catherine a mis en place, en octobre 2009, dans le cadre de l’opération nationale Ouvrir l’École aux parents pour réussir l’intégration (circulaire du 23-9-2010), une formation bihebdomadaire dédiée aux mères d’élèves pour :
Horaires : le lundi et le jeudi de 14h15 à 16h15 (calé sur les horaires de fermeture de l’école)
Nombre d’heures : 120 réparties en 112 heures de cours (sur 30 semaines) et 8 heures d’activités ponctuelles (rencontres, sorties, visites)
Nombre de personnes concernées : 15
La plupart des mères d’élèves ne sortent pas de leur maille, si ce n’est pour aller à la grande surface voisine distante de 300 m ou pour retourner au pays l’été, et n’ont pas dans leur majorité un travail à l’extérieur. Elles sont, par conséquent, plus concernées que les pères par la non maîtrise du français.
Et nombreuses sont celles qui ne pourraient pas s’inscrire s’il s’agissait de cours mixtes.
Des mamans, interrogées sur leur motivation à suivre cette formation, montrent un réel intérêt à apprendre la langue française, pour plus d’autonomie dans leur quotidien, mais aussi pour communiquer avec l’école et mieux suivre la scolarité de leurs enfants :
La formation s’articule autour des 3 volets, définis dans la circulaire du 23-9-2010, relatifs à la langue, à la connaissance des valeurs de la République et à la parentalité.
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Des mamans en formation à l’école Catherine | |
La formation linguistique est assurée par une formatrice expérimentée de l’association « Contact et Promotion ».
L’enseignement, ancré dans les réalités quotidiennes de la vie à l’école, favorise l’accompagnement de l’enfant dans sa scolarité. Il se présente sous forme d’ateliers construits autour des principales composantes de la vie scolaire (lieux, acteurs, textes, objets …) et des moments clés qui ponctuent une année scolaire (rentrée, évaluations …).
Ces ateliers donnent lieu à des situations de communication pratiques (orales et écrites) et interactives. L’accent est mis sur la diversification des activités et des supports, en particulier des documents relatifs à la scolarité des enfants (contenu du cahier de liaison, règlement intérieur, bulletins scolaires et cahier de vie) et des livres et CD bilingues prêtés par l’école.
L’apprentissage linguistique est enrichi grâce à des sorties pendant les petites vacances scolaires ou les samedis : visite de la bibliothèque de quartier, de la médiathèque, du palais des droits de l’Homme. Il s’agit de faire sortir les parents de leur quartier et de leur faire découvrir des lieux intéressants pour leurs enfants, en lien avec l’école.
Un positionnement linguistique est prévu en début de formation où l’on constate des niveaux très hétérogènes dans les domaines de l’expression, de la lecture et de l’écriture. Une évaluation des compétences linguistiques acquises a lieu en fin d’année scolaire, conformément au cadre européen commun de référence pour les langues. Certains parents sont invités à se présenter aux épreuves du DILF ou du DELF.
Les thèmes relatifs aux principes et aux valeurs de la République portent sur :
Des cours sont réservés à la maîtrise de la manipulation d’un ordinateur et d’Internet. Ils permettent, en particulier, d’accéder à des sites qui favorisent l’autonomie dans l’apprentissage du français et d’effectuer des recherches sur les principes et les valeurs de la République.
Le directeur de l’école intervient ponctuellement le jeudi après-midi pour parler des attentes de l’école vis-à-vis des parents.
En cours d’année, une rencontre a lieu avec les délégués des parents d’élèves pour susciter l’envie d’une implication dans la vie de l’école.
En fin d’année scolaire, la directrice de l’école élémentaire intervient pour préparer l’entrée au CP.
En fonction du questionnement des mamans, des membres de l’équipe de circonscription ou du collège peuvent également apporter ponctuellement leur concours.
La formatrice, quant à elle, favorise les débats sur des difficultés rencontrées par les parents en les aidant à dédramatiser les situations délicates et à trouver des solutions par l’échange.
Le nombre de participantes a augmenté, la fréquentation restant cependant fluctuante.
Une relation de confiance s’est instaurée entre l’école et les familles concernées. Des mamans prennent des initiatives dans la vie de l’école qu’elles n’auraient pas imaginées auparavant. Les enseignants constatent un impact direct, en termes d’investissement, sur l’attitude des élèves dont la mère suit cette formation.
La réussite de ce projet repose sur un équilibre fragile. Elle nécessite un investissement de l’équipe enseignante pour remobiliser régulièrement les parents. Elle est aussi tributaire de la relation de confiance qui se crée entre l’intervenant et les participants ; c’est pourquoi il est préférable que les interventions soient assurées par une seule personne.
Jean-Pierre Auclaire, CNDP
Martin Arlen, IEN Strasbourg 5