Ce reportage au collège George Sand de Revin a été réalisé par le département Ville-École-Intégration du CNDP, avec l’appui du CAREP de Reims.
Le collège George Sand a ouvert ses portes en septembre 2006. Conçu à l’origine pour 350 élèves, il a été agrandi en 2009 afin d’atteindre la capacité de 500 élèves. La réputation de l’établissement, liée à l’image souvent négative du quartier d’Orzy, a considérablement évolué depuis quatre ans. Labellisé « ambition réussite » depuis la rentrée 2006, ce collège flambant neuf, seul établissement construit par le conseil général des Ardennes, se devait de relever le défi de la réussite des élèves.
Pour cela, un contrat d’objectifs a été mis au point. Il s’articule autour de trois axes : mieux réussir à l’école, mieux associer les familles, développer une culture commune. À partir de ces trois axes, huit actions ont été élaborées par les équipes du premier et du second degré : aide aux élèves à partir du socle commun de connaissances et de compétences, développer les liaisons cycle3/6e et 3e/2nde, améliorer l’usage des TICE, mettre en place une vie scolaire de qualité, développer une politique de santé, renforcer les liens avec les familles, donner une culture commune et améliorer l’accueil des néo-arrivants.
Pour la jeune équipe de professeurs, un seul mot d’ordre : développer une pédagogie innovante au service des progrès scolaires des élèves ! De nombreuses innovations pédagogiques ont vu le jour : classes sans notes en 6e, 5e et 4e, modules d’accompagnement personnalisé en 3e, introduction de tableaux interactifs (TBI) dans la pédagogie quotidienne et mise à disposition d’un ordinateur pour quatre élèves.
L’apport des professeurs référents et des assistants pédagogiques a permis de donner de la cohérence à la prise en charge individualisée des élèves en difficulté. C’est un atout incontournable du fonctionnement pédagogique du réseau ambition réussite.
Patrick Lebourcq
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Le collège George Sand de Revin, petite ville de 9000 habitants proche de la Belgique et située au coeur de la forêt des Ardennes, est issu de la volonté du conseil général et de la municipalité de désenclaver le collège « en perdition » de la cité scolaire du quartier d’Orzy et d’y adjoindre, dans un deuxième temps (2009), les élèves et personnels du collège Aristide Briand du centre ville.
Le quartier d’Orzy, constitué de barres d’immeubles, est séparé du collège, en zone pavillonnaire, et du centre ville par un méandre de la Meuse. Pour se rendre à leur nouvel établissement les élèves doivent traverser une passerelle surplombant la rivière.
Élèves et parents du quartier ont tout d’abord été déstabilisés par cette sortie de « leur territoire » et par le sentiment d’être dépossédés de leur collège. D'autre part, les parents du centre ville on manifesté l’inquiétude d’une mixité nouvelle avec ceux du quartier et ont perçu négativement la fusion de leur collège dans l’établissement « ambition réussite ». Pour ces deux publics, le temps, un travail en réseau avec le collège Aristide Briand et une communication vers les parents ont fait leur œuvre. Les élèves, habitués à se fréquenter au travers des nombreuses associations que compte la ville, ont plutôt bien vécu cette évolution de leur cadre scolaire.
L’équipe du collège George Sand a su en rénover positivement l’image et mettre tous les élèves au travail, avec l’ambition affirmée d’élever le niveau culturel et de faire remonter leurs résultats. Le bilan est encourageant après trois ans de fonctionnement :
![]() Le collège en construction |
![]() Le collège flambant neuf |
![]() Le quartier d’Orzy |
![]() La passerelle sur la Meuse |
Le collège George Sand est situé à Revin au nord de Charleville-Mézières (25 km). Sa proximité avec la Belgique, à peine à 5 km, en fait une ville frontalière à 90 km de Charleroi et à 200 km de Bruxelles. Traversée par les méandres de la Meuse et protégée par les contreforts du vieux massif ardennais, cette ville fit l’émerveillement de George Sand qui intitula l’un de ces romans : « Malgré tout », du nom du mont qui surplombe la ville et le collège.
C’est un petit réseau « ambition réussite » comportant le collège George Sand et l’école primaire Calmette. Les quatre autres écoles du secteur de ce collège ne sont pas labellisées ambition réussite.
Etablissements du RAR![]() Le TBI un nouvel outil au service d’apprentissages innovants |
![]() Échange franco-allemand |
![]() Prêt du fonds régional d'art contemporain |
![]() Œuvre réalisée par des élèves |
Le site de l’établissement
http://xxi.ac-reims.fr/clg-george-sand/
L’idée d’une expérimentation sur l’évaluation par compétences sans note est partie du questionnement de l’équipe pédagogique qui, face à une difficulté scolaire massive, cherchait des pistes pour s’en sortir.
Sa mise en œuvre a été facilitée par les échanges avec le premier degré qui pratiquait déjà l’évaluation par compétences et par l’évolution des instructions officielles2 qui font désormais une large place à cette démarche.
Cette expérimentation bénéficie également :
La mise en place d’une évaluation par compétences a démarré en 2006 sur la base du volontariat des professeurs (60% des enseignants volontaires en 2009-2010). Cette démarche, programmée pour une année scolaire complète, concerne une classe par niveau et toutes les disciplines sont convoquées.
Un bilan est dressé à la fin de chaque année pour en mesurer les effets positifs et négatifs. Cette évaluation permet de poser la question de la poursuite (ou non) de l’expérimentation. La dynamique et l’évolution de l’expérimentation sont ici favorisées par le travail d’équipe, indispensable pour assurer la cohérence et permettre les échanges de pratique.
La question de l’évaluation par compétences est également traitée au cours du stage annuel « liaison école-collège », avec les professeurs du cycle 3 et de 6e.
Chaque professeur établit pour sa discipline une grille de compétences qu’il fera évoluer d’une année sur l’autre en tenant compte de sa propre expérience, des formations et des échanges avec ses collègues.
Auto-évaluation à l’aide de la grille fournie par le professeur
Quatre compétences transversales, définies collectivement, sont communes à toutes les matières. Il s’agit de : « respect des autres et des règles de vie de la classe », « autonomie », « communication à l’écrit et à l’oral », « investissement en classe ».
Trois couleurs, le vert pour « acquis », l’orange pour « en cours d’acquisition » et le rouge pour « non acquis », permettent à chaque élève de se situer et d’être situé par rapport à chaque compétence. Pour créer l’émulation et pour que les élèves mesurent leurs évolutions, un professeur peut utiliser des couleurs supplémentaires qui permettent d’affiner les évaluations faites en classe avec ses élèves. Par exemple : le bleu pour « en cours d’acquisition+ » et le vert pour « acquis+ ».
Les évaluations sont faites en classe, au fil des activités, avec la participation des élèves qui deviennent acteurs de leur évaluation grâce aux grilles fournies par le professeur. Ce travail leur permet de prendre conscience de leurs points faibles et de leurs points forts. Dans certains cas, l’évaluation peut se faire au tableau sur un mode collectif : elle fournit alors un retour précieux au professeur sur l’impact de son cours et sur les points à reprendre.
Une fiche de compétences synthétique est établie à la fin de chaque trimestre pour le conseil de classe et est remise aux parents. Chaque professeur dispose d’une demi-page où seront inscrites les compétences définies avec une des trois couleurs en regard.
Le bilan trimestriel de l’élève, éclaté sur un ensemble de compétences, est projeté en conseil de classe. Les couleurs (vert, orange et rouge) offrent une visualisation immédiate des zones de force, de fragilité ou de faiblesse.
Les parents sont satisfaits de ce nouveau mode d’évaluation fine qui leur permet de mieux prendre conscience des acquis et des difficultés précises que rencontrent leurs enfants et, pour ceux qui le peuvent, d’apporter une aide mieux ciblée à la maison.
Cependant, pour quelques uns d’entre eux, notamment ceux des élèves les plus en difficulté, le document communiqué peut apparaître complexe. Cela pose la question, non réglée, du niveau de simplification (accord sur un ensemble limité de macro-compétences) à apporter au bilan trimestriel pour qu’il soit compréhensible par le plus grand nombre.
Faut-il ou ne faut-il pas supprimer la note sur les bulletins scolaires ? Cette question fait encore débat dans le cadre de l’expérimentation, bien que tous les enseignants reconnaissent que celle-ci n’est pas centrale.
Il semble que l’utilisation des couleurs ait avant tout un impact psychologique auprès des élèves et des parents. Ce procédé permet de mettre davantage en avant la progression plutôt que l’évaluation à un moment donné. À travers cette démarche, on espère d’une part que les élèves se mesurent par rapport à eux-mêmes et non par rapport aux autres et qu’ils travaillent pour apprendre plutôt que pour « avoir une bonne note ».
Peut-être la note pourrait-elle jouer le même rôle que les couleurs si l’on cassait l’image qu’elle véhicule et la façon dont elle est utilisée ?
Les élèves, après trois ans d’expérimentation, ont en général bien intégré le principe de l’évaluation sans note, sans qu’on puisse éviter cependant que quelques-uns d’entre eux en réclament.
Certains parents ont tout de même un peu de mal en l’absence de cet étalon : « On ne sait pas ce qu’il vaut, même si l’on voit bien que c’est un bon bulletin, et qu’il reste beaucoup de travail à faire ».
Il semble que l’évaluation par compétences fasse « bouger les lignes » par une approche par groupe de besoins. Cette modalité pose la question même des pratiques pédagogiques qu’elle remet parfois en cause.
Les enseignants sont ici amenés à analyser les situations du fonctionnement de la classe et les résultats de chacun. Ils sont aussi amenés à impliquer fortement les élèves dans le dispositif et donc à les placer comme acteurs de leur propre évaluation.
Pour que le système fonctionne, les enseignants doivent penser leur enseignement en tenant compte des compétences à travailler et préparer leurs évaluations très finement, en anticipant sur les grilles d’évaluation, de manière à faire évoluer chacun des élèves selon ses besoins ; les élèves devant savoir a priori sur quelles compétences ils vont être évalués. Il va sans dire que ce travail nécessite un fort investissement de la part des enseignants.
Jean-Pierre Auclaire et Francis Delarue
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