Ce reportage à l’école maternelle Jean Dieuzaide de Toulouse a été réalisé par le département Ville-École-Intégration du CNDP.
L’école Jean Dieuzaide, inscrite dans le réseau ÉCLAIR Lalande, accueille 93 % d’enfants du voyage dont les familles sont sédentarisées mais pour qui la problématique de l’assiduité scolaire reste présente et correspond à une priorité des actions menées.
Les axes du projet d’école s’inscrivent dans le contrat du réseau : consolidation de la maîtrise de la langue française visée dans le socle commun et renforcement de la continuité maternelle / élémentaire.
Pour instaurer un climat favorable de scolarisation, réduire les écarts et améliorer la fluidité des parcours des élèves, l’équipe pédagogique favorise la liaison avec les familles et les écoles du réseau.
Dans ce contexte, notre projet « Danse contemporaine à l’école » permet de développer l’ouverture culturelle, la motivation nécessaire aux apprentissages et l’implication des familles.
Sandrine Aimard
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Au nord de Toulouse, l’école maternelle Jean Dieuzaide est enclavée dans un secteur à forts contrastes, le quartier Ginestous, zone industrielle avec notamment une station d’épuration, jouxté par un réseau routier. Dépourvu de commerces et de structures culturelles, le quartier est peu accueillant. Pourtant, la création d’un vaste espace de loisirs autour du lac de Sesquières, « le poumon vert » de Toulouse, donne une belle respiration. Ginestous accueille une importante communauté tzigane sédentarisée.
![]() Zone industrielle |
![]() Base de loisirs |
La maternelle, initialement située à l’intérieur de l’aire des gens du voyage, est implantée dans une autre partie du quartier. L’éloignement relatif de l’école oblige les enfants à prendre un bus pour leurs déplacements. Le bâtiment, une construction préfabriquée, a bénéficié récemment d’une rénovation partielle. L’équipe pédagogique motivée a su créer les conditions favorables pour que la fréquentation scolaire soit de plus en plus assidue et ce dès l’âge de 2 ans (TPS). Les élèves, dès lors qu’ils ont une fréquentation régulière, s’adaptent vite à l’école et en acceptent les exigences et les règles. Un climat de confiance s’est installé entre les parents et l’école. L’intervention d’une association (cours d’alphabétisation) et de la municipalité (café des parents) sur le lieu de l’école contribue à familiariser les parents avec l’institution.
![]() Façade de l’école |
![]() Cour de l’école |
L’école fonctionne sur 9 demi-journées (horaires : 9-12h / 14h-16h35, lundi, mardi, mercredi matin, jeudi, vendredi).
Les projets s’inscrivent dans les orientations du réseau ÉCLAIR et bénéficient d’un apport de la politique de la ville par des financements spécifiques associant l’État et les collectivités territoriales.
Il comprend le collège Lalande, 4 écoles maternelles et 4 écoles élémentaires.
Ses axes de développement, de la maternelle à la fin de la 3e, sont :
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Le premier axe du projet d’école intitulé « Améliorer la maîtrise du vocabulaire » vise en particulier à développer un vocabulaire spécifique au corps humain. En 2010-2011 la priorité était donnée à la découverte des cinq sens. En 2011-2012, les enseignants privilégient une approche sensible et poétique du corps par la pratique de la danse contemporaine.
Le projet implique tous les élèves de l’école. Les enseignantes (Sandrine Aimard - TPS/PS, Elisabeth Da Silva - PS/MS, Florence Larroche - GS) ont été sensibilisées à la pratique de la danse contemporaine et à la démarche pédagogique de son enseignement par le biais d’animations pédagogiques, de stages ou de rencontres avec la conseillère pédagogique départementale en danse Cathy Feybesse. Un partenariat avec les danseurs chorégraphes, Florence Martin de la Compagnie Zim Zam Zoum et Christophe Le Goff de Le Goff and Cie/Maygestin permet une transmission d’outils que les enseignants peuvent expérimenter avec leurs élèves. Cette collaboration a été possible grâce à l’octroi de crédits exceptionnels municipaux et à la participation de l’école au Parcours Culturel de la ville de Toulouse.
Le projet de l’école Dieuzaide, de nature pluridisciplinaire, permet aux élèves d’acquérir des connaissances et des compétences du programme de l’école maternelle. Il a pour objectifs spécifiques de :
« Danse à l’école » (dispositif départemental) a pour but de mettre en relation les écoles et les artistes, d’en penser les formations et les formes d’accompagnements, de préparer au travail en partenariat, de mettre en présence des formateurs et des artistes pour aborder la danse à l’école selon deux axes : la pratique et la composition d’un objet chorégraphique.
Une promenade en forêt organisée en novembre, proposée à tous les enfants, sert de support au projet. L’enjeu est de transposer corporellement et dans une démarche artistique les connaissances liées au monde végétal, au monde animal et aux éléments (eau, air).
Après un temps laissé pour l’acquisition de ces connaissances, le projet se met en place. Pour les élèves de grande section, c’est un spectacle de danse proposé par la ville de Toulouse qui amorce l’activité. C’est la première rencontre avec Christophe Le Goff, le danseur chorégraphe intervenant dans la classe. L’artiste présente un solo, une création contemporaine pour un jeune public. Après la représentation, les élèves discutent et travaillent autour de dessins et collages en relation avec leur perception du spectacle. Puis, l’artiste se déplace à l’école pour une discussion autour de ce moment chorégraphique, de son métier et pour la mise en place de l’activité (7h d’intervention).
Le projet danse est présenté en TPS/PS et PS/MS. Florence Martin anime les ateliers (10h réparties sur les deux classes).
![]() Les GS en mouvement |
![]() La qualité du geste |
Dans toutes les sections chaque séance débute par une ritualisation, mise en disponibilité corporelle, échauffement qui éveille le corps à une sensibilité poétique. On sollicite la respiration, la concentration du corps, de soi sur son corps et sur le collectif.
Les enfants apprennent à se détendre avec des outils simples et répétés systématiquement, à dessiner avec leur corps dans l’espace, à jouer sur les paramètres du mouvement et leurs variables pour passer d’un geste usuel à un mouvement dansé. Chaque élève ou groupe d’élèves produit une phrase chorégraphique qui sera répétée, échangée et réinvestie lors de la production finale. C’est ce que les enfants ont vécu en commun (la promenade en forêt) qui alimente en permanence ce travail de création. Certains élèves choisissent « d’être » des feuilles qui tournent, tourbillonnent, se déplacent, roulent au sol, d’autres sont des fleurs, ou des arbres… Le moment chorégraphique s’élabore avec des tableaux différents et bien structurés.
![]() Moment collectif en PS/MS |
![]() Recherche individuelle en PS/MS |
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![]() |
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Les TPS/PS en mouvement |
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Chez les petits, l’exigence est adaptée à leur âge et les phrasés dansés (enchaînement d’actions) sont l’aboutissement d’une recherche collective alors que chez les grands la démarche est individuelle. Entre chacune de ces interventions, les enseignantes seules avec leurs élèves continuent le travail initié par l’intervenant. Elles explorent les pistes impulsées par le danseur et peaufinent les gestes en vue de la création finale. Pendant tout le temps de l’animation, l’attitude à la fois bienveillante et exigeante des adultes instaure un climat harmonieux et favorise l’épanouissement des élèves dans l’activité.
Des œuvres chorégraphiques projetées aux élèves les confrontent de manière sensible et émotionnelle à des œuvres différentes.
L’école participe à la manifestation « Les Arts du Nord » qui a pour objectif de valoriser le travail dans les établissements ÉCLAIR des quartiers Nord de la ville. Plusieurs disciplines artistiques y sont associées (Arts visuels, Danse, Musique). C’est la finalisation du projet pour les élèves. La présentation du spectacle dans différents espaces et devant différents publics nécessite, de la part des élèves, des capacités d’adaptation importantes et contribue à leur formation de spectateurs.
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Réalisations en Arts visuels |
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![]() L'enfant qui danse |
![]() La forêt qui danse |
![]() Drôle de danse |
![]() Représentations de postures |
Le spectacle est le reflet de la qualité du travail. C’est la démarche de création qui est importante. L’ambition et l’objectif du chorégraphe est de faire émerger les qualités du mouvement.
Christophe Le Goff pense qu’un accès précoce à la danse aide le jeune enfant à construire sa personnalité : il appréhende très tôt un rapport subtil au corps, apprend à le maîtriser et à l’écouter, tout en vivant l’effet libératoire de la danse. Dans son parcours culturel, Christophe Le Goff accorde une place importante à l’enseignement et à la recherche. Pour lui, enseigner à l’école c’est revenir aux fondamentaux de la danse (fluidité dans le mouvement, dans l’espace et le temps). Voir les enfants entrer dans la danse est une expérience gratifiante, touchante et belle.
![]() Christophe Le Goff |
Les enseignants constatent plus de persévérance dans l’accomplissement des tâches, une meilleure cohésion et coopération dans le groupe. L’attention et l’écoute sont globalement améliorées. L’énergie débordante de certains élèves en début d’année est plus facilement canalisable.
Tous sont désormais capables d’évoluer dans un espace donné. En construisant et en conceptualisant cet espace, ils intègrent les postures de danseur et de spectateur et entrent ainsi dans une véritable dimension artistique.
Pour le chorégraphe, les enfants ont acquis une plus grande mobilité corporelle, ils ont dépassé leurs blocages pour entrer dans la danse. La qualité du mouvement s’améliore à chaque séance en même temps que leur rapport à l’espace.
Annick Mahé