Ce reportage à l’école élémentaire Lalande de Toulouse a été réalisé par le département Ville-École-Intégration du CNDP.
L'école Lalande, classée très tôt (dans les années 80) en éducation prioritaire (du fait de l’accueil dans les années 60 des populations nomades), fait partie du réseau ÉCLAIR Nord de Toulouse.
La pauvreté lexicale et le peu d’appétence de certains élèves pour les apprentissages conduisent notre école à mener, de façon régulière, des projets ambitieux qui permettent aux élèves de créer un pont entre les « savoirs de l’école » et leurs représentations du monde.
Ainsi pour 2011-2012 nous avons mis en place le projet « Voyage au pays des contes » qui répond à l’un des axes de notre projet d’école, « l’amélioration des compétences en maîtrise de la langue au travers de la fréquentation de la littérature de jeunesse et l’ouverture culturelle ». En effet, ce projet permet une réelle implication des trois classes de CP dans un projet culturel pluridisciplinaire au service de la lecture. Il participe également à créer une école attractive pour tous : donner envie à ceux pour qui l’école n’est pas une évidence de la fréquenter avec assiduité (donner un sens aux apprentissages) et la valoriser aux yeux des publics favorisés.
Nous nous attachons, par ailleurs, à tisser des liens avec les familles et à les amener vers l’école, sachant que cela conditionnera la fréquentation scolaire et l’implication des élèves. Pour cela, nous les sollicitons régulièrement à travers les actions et projets de l’école et, avec l’appui de nos partenaires, nous allons chaque fois que nécessaire à leur rencontre sur leur lieu d’habitation.
Joëlle Ferro
|
L’école élémentaire Lalande, située à la limite nord de l’agglomération toulousaine dans le quartier du même nom, est localisée sur un axe routier très passant et proche du périphérique.
Historiquement implantée dans une zone maraîchère, elle s’est peu à peu agrandie au fil de l’évolution du quartier. Les petites maisons toulousaines côtoient des immeubles collectifs plus importants dans un contexte d’habitat social ou aidé.
De nombreux petits commerces bordent l'avenue proche de l'école qui mène au centre de Toulouse.
![]() Aux abords de l’école, une avenue passante et commerçante |
![]() La partie ancienne de l’école |
![]() Une vaste cour de récréation |
![]() Une école tournée vers l’extérieur |
L'école dessert un large secteur, les élèves provenant de deux écoles maternelles (Jean Monnet et Jean Dieuzaide). Ceux de l'école maternelle Dieuzaide, issus essentiellement de familles du voyage sédentarisées du quartier de Ginestous (situé de l'autre côté du périphérique), sont obligés d'utiliser le service de bus scolaire.
Dans l'école se côtoient des élèves d'horizons très divers : des gens du voyage (sédentarisés ou non) et des nouveaux arrivants, des familles vivant dans une grande précarité et d'autres de milieux aisés. Cette grande hétérogénéité est encore accentuée par le brassage de populations mouvantes : une récente communauté de Roms (d’un faible effectif) et une arrivée importante d’enfants d’origine maghrébine… Les écarts de réussite au sein d’une même classe sont très marqués et nécessitent une adaptation pédagogique permanente. Ces conditions, très déstabilisantes pour de nouveaux enseignants, sont compensées par la présence d'une équipe stable et motivée dans laquelle les anciens épaulent les plus jeunes.
L'école fonctionne sur 9 demi journées (8h30-11h30 / 13h30-16h05, lundi, mardi, mercredi matin, jeudi, vendredi).
![]() Aviron |
![]() Rugby : l’équipe des filles |
![]() |
![]() |
Les étudiants de l’ISAE expliquent le fonctionnement d’un avion aux CM1 |
|
![]() |
![]() |
2 pages du P’tit Bavard (avril et decembre 2011) |
|
L’accompagnement éducatif, assuré par les enseignants et des partenaires associatifs, propose aide aux devoirs, informatique, théâtre, judo, rugby, aviron et échecs (participation au tournoi des écoles : obtention de 2 coupes en finale départementale).
Ce réseau comprend le collège Lalande, 4 maternelles et 4 écoles élémentaires. Ses axes de développement de la maternelle à la fin de la 3e sont :
Un travail autour de la danse, avec pour sujet « Le Petit Prince », a été réalisé en 2010-2011 en GS et CP. Celui-ci, mené en partenariat avec la compagnie Zim Zam Zoum, a connu un grand succès auprès des parents venus massivement à la représentation finale.
Le projet « Voyage au pays des contes », dédié au CP, prolonge et élargit ce travail, en 2011-2012, en prenant en compte d’autres disciplines artistiques : la musique (avec la création d’une chorale) et le théâtre. Les contes du patrimoine5, mal connus des élèves, en sont le support. Leur connaissance est essentielle pour aborder la littérature enfantine qui y fait souvent référence.
Les 3 classes de CP de l’école se sont engagées, avec pour objectifs :
Le projet, de nature interdisciplinaire, permet de travailler :
Il est mené par les enseignantes des CP (CP1 : Cécile De Vannoise, CP2 : Emmanuelle Rodriguez, CP3 : Anne Malavelle) en partenariat avec la compagnie Zim Zam Zoum pour la danse et la compagnie Figaro & Co pour le théâtre.
La découverte des contes traditionnels se fait lors de séances de lecture offerte au cours desquelles les élèves repèrent les personnages, les lieux et les objets qui jouent un rôle important dans ces histoires.
Leur mise en réseau permet d’en comparer les différentes versions et de construire, au fil des lectures, un abécédaire des contes par CP.
![]() Couverture de l’abécédaire |
![]() F comme forêt |
![]() N comme nains |
![]() V comme ventre |
La classe de CP 3, dans le cadre du dispositif Danse en Haute-Garonne (Conseil général et Inspection académique de la Haute-Garonne), a créé un conte en s’appuyant sur les structures des récits étudiés. Illustré puis enregistré par les enfants, il a fait l’objet d’une projection aux parents et a été présenté au festival de Contes de Montberon.
C’est ce conte qui a servi de base pour la création d’un spectacle commun à tous les CP.
Parallèlement à ce travail d’écriture, les mêmes élèves ont travaillé en danse et imaginé une chorégraphie à partir de l’album Loulou de Grégoire Solotareff.
Pour Noël, la chorale des CP se met en place. Tous les élèves travaillent sur un répertoire de chants de Noël interprétés devant les parents la veille des vacances.
Les trois classes assistent au concert joué à la Halle aux Grains Les Quatre Saisons de Vivaldi, dans le cadre du Parcours Culturel de Toulouse. Cette écoute est préparée en amont, avec l’aide d’une intervenante, par une découverte des instruments et un travail sur les rythmes.
Un module de découverte des différentes disciplines (5 séances) est mis en place afin de sensibiliser les élèves aux trois domaines artistiques et de leur permettre de choisir, en toute connaissance, l’activité artistique dans laquelle ils s'engageront pour le spectacle.
Ils apprennent la chanson des 3 petits cochons qu’ils chanteront tous ensemble lors du spectacle. Mais la chorale c’est aussi : apprendre à chanter ensemble, chanter au même rythme que la musique, faire des nuances, s’écouter les uns les autres, articuler, chanter suffisamment fort, mémoriser.
Ils découvrent et utilisent les percussions qui annonceront dans le spectacle l’arrivée du loup et sa rencontre d’un nouveau personnage de conte. Ce travail de percussion s’appuie sur l’étude en classe de Pierre et le Loup.
Ils cherchent comment traduire corporellement les intentions et les émotions des personnages. Ils doivent trouver les gestes justes et c'est à partir de leurs propositions que la chorégraphie se construit.
Ils travaillent la prise de risque (oser se mettre en scène), la voix, la mise en jeu du corps, le déplacement dans l'espace scénique, la mémorisation (de courtes phrases avec intention).
Ils apprennent la concentration, à respecter des exigences (être sérieux dans l’action, s'investir dans son rôle, accepter d'être spectateur à son tour).
À l’issue de cette période d’essai, chaque élève choisit l’atelier qu’il va poursuivre en vue de la préparation du spectacle.
Le travail sur les contes se poursuit en classe sur un réseau d’albums plus modernes (Le plus féroce des loups, Sylvie Poillevé et Olivier Tallec, Père Castor Flammarion, Le loup est revenu, et Le loup sentimental, Geoffroy de Pennart, École des loisirs). Les élèves disposent désormais des connaissances pour rentrer dans ces œuvres, pour identifier les transpositions, les allusions...
Les élèves poursuivent leur travail dans l’atelier qu’ils ont choisi. Chacun s’inscrit dans un rôle :
Les enseignantes sont aidées par l’intervention des partenaires professionnels du monde du théâtre et de la danse.
![]() La danse |
![]() La chorale |
![]() |
![]() |
Le théâtre |
|
Au mois de juin, le spectacle est présenté sur la scène du théâtre des Mazades à d’autres classes, puis sur la place du Capitole, à un plus large public, dans le cadre de la manifestation ECLAIR dans la ville (19 juin 2012).
Ce projet motive les élèves dans leur découverte du monde de l’écrit. Ils prennent plaisir à la lecture et comprennent l’utilité de l’écrit. On les voit aller spontanément chercher des livres dans la bibliothèque de classe et s’impliquer dans les activités d’écriture.
Des progrès manifestes sont constatés sur la concentration au travail au travers d’activités dans lesquelles ils s’engagent pleinement et ne se laissent pas distraire, même par une présence extérieure.
Une enseignante de CP met l’accent sur la capacité de ses élèves à réinvestir leurs connaissances acquises lors de la première période pour comprendre les nouveaux contes abordés en classe.
La valorisation des productions des élèves, lors des différentes étapes du projet, déclenche un regard positif des parents sur le travail mené au sein des classes.
Jean-Pierre Auclaire